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Le gouvernement doit-il avoir peur des “gilets jaunes” ?

Les “gilets jaunes” peuvent-ils vraiment gêner le gouvernement ? Depuis un mois, ce mouvement né sur les réseaux sociaux, et qui se dit “apolitique”, appelle au blocage des routes et des autoroutes ce 17 novembre, pour protester contre la hausse des prix du carburant. Face à l’ampleur de la mobilisation numérique, Edouard Philippe s’est expliqué sur cette politique sur France Inter, en précisant que le chèque énergie serait élargi pour compenser le déficit de pouvoir d’achat. Mais Emmanuel Macron a répété mercredi 14 novembre qu’il ne “changerait pas de cap”. Pour décrypter cette protestation inédite, hermétique aux syndicats comme aux partis politiques, nous avons interrogé le sociologue Daniel Mouchard, spécialiste des nouveaux mouvements sociaux. Pour lui, même si le mouvement prend des formes inédites, il “reproduit des fractures territoriales et politiques préexistantes”.

Sur la forme d’abord, ce mouvement né sur les réseaux sociaux de manière spontanée pour protester contre la hausse des prix du carburant est-il novateur ?

Daniel Mouchard – Oui au sens où les réseaux sociaux donnent des possibilités nouvelles aux mobilisations collectives depuis quelques années. La marche pour le climat de septembre dernier à Paris a une genèse comparable : elle est née de façon apparemment spontanée, et a été amplifiée par les réseaux sociaux, comme le mouvement dit des “gilets jaunes”. Cette nouveauté technologique pèse sur les dynamiques des mobilisations. Mais il ne faut jamais oublier qu’adhérer à un groupe Facebook, y participer, n’équivaut pas forcément à une mobilisation physique. Entre la mobilisation numérique et la mobilisation physique – qui reste in fine déterminante dans le rapport de force – il y a une différence. Il faudra donc voir le niveau de participation effective des “gilets jaunes” ce 17 novembre pour tirer des conclusions.

Il ne faut pas non plus oublier que ce mouvement n’est pas complètement “spontané”. En l’occurrence, les initiateurs du groupe Facebook à l’origine de l’appel au blocage n’ont pas de profil politique partisan marqué, mais ils ont des affinités préalables autour de la question de l’automobile [selon le Renseignement territorial, ils ont une passion commune pour les rassemblements automobiles, ndlr]. Ce n’est pas un effet du hasard. Pour le coup, c’est classique.

On compare souvent ce mouvement à celui des “bonnets rouges”, qui avait faire reculer François Hollande en 2013. Est-ce justifié ?

Oui, au sens où ces deux mouvements profitent beaucoup de l’effet démultiplicateur des réseaux sociaux. Mais les bonnets rouges avaient un profil politique plus marqué, avec un territoire spécifique – la Bretagne. On trouvait de façon encore plus nette un réseau d’affinités préalables qui a permis à la mobilisation de se développer très vite. Pour les “gilets jaunes”, apparemment ce n’est pas le cas. En tout cas pas à ce point là. Il y a seulement une affinité autour de la question de la mobilité, et ce n’est pas une question anodine, elle a des effets politiques majeurs.

Est-ce un hasard si cette mobilisation a trouvé un écho particulier à l’extrême droite ? Une vidéo de Frank Buhler, militant d’extrême droite, postée le 23 octobre a notamment recueilli 4,5 millions de vues… 

L’extrême droite a une stratégie populiste, qui vise à agréger un maximum de mécontentements, parfois au mépris de toute cohérence politique. Ce n’est donc pas du tout étonnant qu’elle profite de cela. D’autant plus que l’antifiscalisme est un répertoire historique de l’extrême droite – le mouvement poujadiste en est l’exemple parfait. L’extrême droite a cette capacité, qui fait sa force, à agréger des mécontentements très variés.

Cependant le mouvement met un point d’honneur à se dire “apolitique” et “citoyen”. Est-ce une force ou une faiblesse ?

Du point de vue des organisateurs, c’est une force, car l’image des partis politiques est très dégradée dans la population, y compris celle des partis qui remportent des succès électoraux, comme l’extrême droite. C’est l’objet même de parti politique qui est très délégitimé dans la société française. Il y a donc une volonté très forte du mouvement de ne pas être “récupéré”, car cela porterait un coup à sa légitimité et à sa popularité.

Le système politique est très impopulaire, y compris les forces qui se disent “antisystèmes”, c’est tout le paradoxe. Ne pas y être associé est un atout dans le contexte actuel. Les leaders politiques sont d’ailleurs dans l’embarras : certains – notamment des responsables du Rassemblement national (RN) – disent qu’ils iront protester, mais “en tant que simples citoyens”. C’est dû à cette difficulté.

Ce mouvement est donc quelque part l’émanation du discrédit de la classe politique ?

Pour moi, le mouvement des “gilets jaunes” reproduit des clivages et des fractures territoriales et politiques préexistantes. Il faudra bien regarder les cartes des blocages du 17 novembre, pour voir à quoi correspond la mobilisation concrète, physique, des citoyens. Il y a fort à parier qu’elles recouperont des territoires éloignés des grands centres métropolitains, des grandes infrastructures de transports publics, et des grands flux de la globalisation. Des territoires qui se sentent donc délaissés, déclassés. Cela produit des effets politiques : d’abstention, de vote pour les partis populistes, et donc, pourquoi pas, de mobilisation. Je ne suis pas sûr qu’à Paris ou dans les grandes métropoles la mobilisation soit très forte.

>> A lire aussi : “Insécurité culturelle”, “France périphérique” : de quoi le succès des thèses de Christophe Guilluy est-il le nom ?

Ce serait donc un mouvement de la “France périphérique” ?

Oui, à condition de bien s’entendre sur ce terme, car les thèses du géographe Christophe Guilluy [à l’origine de ce concept, ndlr] prêtent beaucoup à discussion. Pourquoi la question de la mobilité est-elle devenue aussi centrale ? C’est parce que dans un monde globalisé, elle est devenue stratégique, y compris politiquement. Ce n’est pas forcément lié à des identités territoriales comme le dit Guilluy : c’est une question d’infrastructures. En ce sens, il y a effectivement une question de périphérie.

A votre avis, le gouvernement a-t-il plus à craindre d’un mouvement citoyen comme celui-ci, que des mouvements précédents, plus classiques, contre la loi travail ou la réforme de la SNCF ?

C’est effectivement très différent. Lors des mobilisations précédentes, les syndicats étaient en première ligne. Il y avait une prévisibilité plus forte pour le pouvoir public. On pouvait anticiper un schéma de négociation assez classique, avec des phases de compromis – même si ce qui a caractérisé la méthode de gouvernement, c’était la volonté de faire passer ces réformes vite, voire en force, et de cantonner les organisations syndicales à un rôle mineur dans la négociation. Les “gilets jaunes” vont être plus compliqués à gérer pour le pouvoir politique.

C’est d’ailleurs pour ça que le Premier ministre fait des annonces sur les ondes radiophoniques pour annoncer des mesures compensatoires. On a l’impression que les médias deviennent son seul canal de communication, car il n’y a pas d’interlocuteur ou de table autour de laquelle s’asseoir. Cela représente clairement des risques pour le pouvoir politique, car le degré d’imprévisibilité est beaucoup plus élevé. Les syndicats, comme les organisations politiques, participent à une forme d’encadrement des manifestations. Ce ne sera pas le cas ce 17 novembre. Mais pour devenir véritablement gênant, il faudra aussi que ce mouvement tienne sur la durée.

Propos recueillis par Mathieu Dejean

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Brexit : “Il y a un chaos institutionnel effrayant au Royaume-Uni” 

Take back control” : le slogan des “Brexiters” semble aujourd’hui bien éloigné de la réalité du divorce du Royaume-Uni avec Bruxelles. L’accord obtenu cette semaine par la Première ministre Theresa May pour en fixer les conditions et termes précis a entraîné des démissions en pagaille et des divisions de grande ampleur au sein du gouvernement, puis du Parlement britannique. Retour sur les étapes d’un Brexit inextricable.

Le 23 juin 2016, le Royaume-Uni devenait à l’issue d’un référendum populaire le premier pays à sortir de l’Union Européenne (UE) depuis sa création. Les défendeurs du Brexit, conservateurs et nationalistes britanniques se félicitaient d’un retour à l’autonomie et à la souveraineté territoriale. Le pays allait enfin pouvoir être délié des devoirs, taxes, règles auxquels il était contraint par Bruxelles. Le 29 mars 2017, il devenait le premier pays à invoquer l’article 50 du Traité sur l’Union Européenne, qui pose les conditions juridiques de sortie des accords européens.

Le 14 novembre 2018, après plus d’un an de tractations et de débats mouvementés, Theresa May semblait être parvenue à un accord en externe, et en interne sur les termes du divorce. Le texte prévoyait plusieurs concessions du Royaume-Uni, pour conserver un accès temporaire au marché douanier européen. Le fait de rester groupé avec l’UE devait pouvoir permettre notamment d’empêcher l’apparition d’une frontière physique entre l’Irlande du nord et la République d’Irlande. La contradiction de ce texte avec une sortie intégrale du territoire britannique de l’UE est au cœur des débats sur l’accord de retrait. Celui-ci prévoyait aussi une extension de la période de transition avant la sortie de l’UE jusqu’à fin 2020 : un compromis, difficilement obtenu, pour accompagner le Royaume-Uni vers la sortie.

Le 15 novembre au matin après avoir eu connaissance du texte, cinq ministres et secrétaires d’Etat démissionnaient coup sur coup de leurs fonctions. Parmi eux, les ministres chargés du Brexit et de l’Irlande du Nord, Dominic Raab et Shailesh Vara, ont expliqué notamment ne pas « pouvoir [en] soutenir » les termes. Au terme de débats houleux avec le Parlement pour faire adopter l’accord, Theresa May a donné une conférence de presse le même jour à 18h et a défendu mordicus l’accord en question, soulignant que “négocier le retrait du Royaume-Uni de l’UE après quarante ans et construire à partir de rien une nouvelle relation durable pour le bien de nos enfants et de nos petits-enfants sont des questions aux énormes conséquences”.

Loïc Azoulai, chercheur à Sciences-Po Paris spécialiste en droit européen, revient sur l’application impossible d’un Brexit net, qui oblige la Première ministre Theresa May à de multiples compromis. La complexité d’une sortie concrète de l’Union Européenne amène aujourd’hui le Royaume-Uni dans une situation d’instabilité politique inédite, dont l’issue est incertaine.

Le 14 novembre, Theresa May semblait avoir obtenu la validation d’un accord de retrait avec Bruxelles par le gouvernement britannique. Le lendemain, cinq ministres et secrétaires d’Etat annonçaient leur démission. Que s’est-il passé pour déclencher cette crise politique ?

Loïc Azoulai – Au Parlement britannique à Westminster, il y a eu deux heures de questions posées à Theresa May. C’est alors qu’ils se sont aperçus qu’il n’y aurait pas de majorité à la House of Commons pour approuver l’accord. Ce n’est donc pas simplement le gouvernement qui est divisé, mais aussi le Parlement. L’accord dont s’est félicité Theresa May le 14 novembre au soir est apparemment enterré avant même d’avoir été discuté.

Ce qui était tacite au Royaume-Uni éclate aujourd’hui sous nos yeux. L’accord entre ceux qui étaient favorables au Brexit reposait sur des bases extrêmement fragiles. Ils étaient d’accord sur ses résultats, mais dès lors que ses termes se précisent, la contradiction des conservateurs éclate au grand jour. Il y a ceux qui comprennent le Brexit comme l’indépendance et l’autonomie retrouvées vis à vis de l’Union Européenne, le “take back control” : on reprend le contrôle de notre territoire, de nos lois, de nos ressources financières. De l’autre côté, il y a ceux qui négocient et qui comprennent que le Brexit est au fond une chose impossible à réaliser : en pratique, il restera toujours des liens avec l’Union Européenne si l’on ne veut pas assister à un suicide économique de ce pays.

Comment se fait-il que l’épineuse question du retour d’une frontière physique entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande n’ait pas été posée lors de la campagne référendaire du Brexit ?

La campagne qui a eu lieu en juin 2016 était entièrement hystérique et hystérisée. Aucune des questions qui se trouvent dans l’accord que l’on a sous les yeux depuis hier – les droits des citoyens, l’Irlande du nord, le marché intérieur – n’ont été discutées. La seule chose qui a été soulevée relevait de la situation sociale du Royaume-Uni : le National Health Service (le système de santé national), ce que le Royaume Uni paie à l’Union Européenne en termes de budget, et ce qui a dominé tout le reste, l’immigration. Le débat avait trait aux citoyens de l’Union Européenne originaires d’Europe centrale qui se trouvent sur le territoire britannique. Aucune des difficultés que posait réellement le Brexit n’a été évoquée, et par conséquent, pas cette question technique relative à l’Irlande du nord.

Les sujets qui posent problème à la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne ont l’air d’être essentiellement liés au commerce et au marché intérieur. Est-ce le cas ?

Le slogan au nom duquel les conservateurs contestent aujourd’hui l’accord avec l’Union Européenne est celui du “take back control”, l’argument de la souveraineté et du contrôle du territoire britannique. Or, les règles de l’Union Européenne continuent de s’y appliquer, par exemple en ce qui concerne la compétence de la Cour de justice de l’Union. Il y a une contradiction majeure entre le projet et le fait de l’interdépendance du Royaume-Uni vis à vis de l’Union Européenne que l’on ne peut pas défaire si facilement. Les relations de commerce font partie de cette interdépendance. Si le Royaume-Uni ne veut pas voir son économie s’effondrer – le cours de la livre a plongé en quelques minutes à la suite de la démission des ministres -, il faut qu’il garde un lien avec le marché intérieur européen, ce qui explique toutes sortes de dispositions qui permettent de maintenir des liens. L’accord est un texte de compromis car les relations d’interdépendance économique sont telles qu’un Brexit pur et dur serait suicidaire pour le Royaume Uni. Par nécessité, il restera toujours un peu de l’Union Européenne, de son droit, de ses institutions sur le territoire britannique.

Le Brexit “dur” semble appartenir au passé. L’accord acté consiste-t-il essentiellement à gagner du temps ou entérine-t-il des conséquences concrètes et définitives pour le Royaume-Uni ?

Ce qui est discuté dans l’accord est la première étape de matérialisation du Brexit. Au départ, deux accords étaient prévus : celui qui vient d’être signé, avec ses 526 pages, puis un accord concernant les relations futures du Royaume Uni avec Bruxelles après la sortie de l’Union Européenne. Tout cela devait être fait avant le 31 mars 2019, les divisions internes en ont sans cesse repoussé l’arrivée. Si l’accord de retrait obtenu prévoie bien une sortie de l’Union Européenne à cette date, il a ajouté une période de transition jusqu’au 31 décembre 2020 dans l’intérêt des deux parties. Pendant cette période là, le Royaume-Uni va essayer de négocier le second accord sur les relations futures tout en étant sorti de l’Union Européenne.

Pensez-vous que la possibilité d’un retour en arrière ou d’un second référendum est inenvisageable ?

Au terme des traités, il était prévu selon les termes de l’article 50 du Traité sur l’Union Européenne que le retrait devait avoir lieu dans les deux ans qui suivent la notification. Les deux ans arrivent à échéance le 31 mars 2019. Mais l’obligation juridique donne sujet à interprétation, surtout dans des matières hautement politiques comme celle-ci.

Or, il y a un chaos institutionnel effrayant actuellement au Royaume-Uni, qui est tout à fait spectaculaire. C’est une chose à laquelle on n’a jamais assistée si cela a déjà été le cas dans le pays. La classe politique apparaît peut-être plus divisée encore que la société britannique.  On peut imaginer que si le gouvernement de Theresa May tombe après avoir décidé de convoquer des élections et que le Labor Party l’emporte, il pourrait renégocier pour étendre la période avant le retrait effectif, voire envisager de rester dans l’Union Européenne. Pour l’instant, on est dans une situation hautement chaotique : un accord de retrait mis en avant par le gouvernement britannique, qui se désagrège sous nos yeux, et un Parlement britannique qui n’est pas près apparemment à valider cet accord avec l’Union Européenne. Quelqu’en soit l’issue, ce qui se passe est tout à fait intéressant.

Propos recueillis par Eugénie Bourlet 

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Les Japonais prêts à rejeter les eaux contaminées de Fukushima dans le Pacifique ?

Vers un désastre écologique de plus ? Sept années après la catastrophe nucléaire de Fukushima, plus grave crise nucléaire du XXIe siècle, le gouvernement japonais entrepose toujours un million de tonnes d’eau contaminée. Équivalant à 500 piscines olympiques, le liquide a été utilisé pour refroidir le réacteur de la centrale après le tremblement de terre. Et pour le moment l’Etat nippon ne sait pas vraiment quoi en faire. Alors, il songe à le libérer dans l’océan Pacifique, rapporte franceinfo.

>> A lire aussi : Fukushima, quand la créature échappa à ses maîtres

A l’origine de cette réflexion, une demande de l’Agence internationale de l’énergie atomique (lAIEA) d’enfin trouver une solution pour se débarrasser de cette eau. « Une décision sur la voie à suivre est rapidement nécessaire pour assurer un démantèlement sûr et durable », ont ainsi estimé les experts de l’agence. Ces derniers craignent, en effet, qu’en cas de nouvel événement sismique, les nombreuses citernes qui contiennent le liquide contaminé puissent céder et ainsi entraîner des fuites incontrôlées.

Des effets délétères sur la faune et la flore marine ?

Le gouvernement japonais estime ainsi que l’option la moins coûteuse serait tout simplement de vider l’ensemble du liquide dans l’océan. Les autorités assurent que l’eau a été purgée de la plupart de ses radio-éléments à l’exception du tritium. Reste que début octobre, Tepco, l’organisme en charge de la centrale, reconnaissait que le liquide contenait toujours des niveaux non négligeables d’éléments radioactifs, rappelle Reuters.

La solution préconisée par le gouvernement effraie donc les pécheurs et habitants de la région tout comme les militants écologistes. Ils craignent les possibles effets de ces rejets sur la faune et la flore marine.

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Lors du procès de Georges Tron, Me Dupond-Moretti s’en prend aux féministes et aux plaignantes

Me Dupont-Moretti officie dans de nombreux procès sensibles. Jouissant d’une réputation de grande capacité à faire acquitter ses clients (il est surnommé « Acquittator »), son art oratoire repose, aussi, sur sa propension à caler des déclarations chocs. Le procès de Georges Tron, ancien secrétaire d’État et maire de Draveil et de son ancienne élue à la culture, Brigitte Gruel, n’a pas fait exception.

Les deux élus ont été acquittés jeudi 15 novembre des accusations de viols qui pesaient sur eux. Deux anciennes employées municipales, Virginie Ettel et Éva Louvrieu avaient porté plainte et amené l’affaire devant les tribunaux, accusant les élus de les avoir contraintes à des pénétrations digitales entre 2007 et 2010. Georges Tron avait dû démissionner le 29 mai 2011.

« La victoire de la justice »

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« La justice n’est pas la justice médiatique, où Georges Tron a été condamné dans des conditions inadmissibles durant 7 ans », a dénoncé l’avocat de la défense à l’issue de la séance du jeudi 15 novembre. Ce n’est pas la première fois qu’il s’insurge contre les procès fait à ses clients sur les réseaux sociaux, dans les médias ou la place public, appelant à différencier les opinions, libres, de chacun et le travail de la justice.

L’avocat de 57 ans a, au cours de sa carrière, participé à la défense dans l’affaire d’Outreau, obtenu l’acquittement de Jean Castela dans l’affaire de l’assassinat du préfet Claude Érignac, assuré la défense de Jérôme Kerviel, de Bernard Tapie, de Karim Benzema (à plusieurs reprises) et plus récemment de Jérôme Cahuzac, Abdelkader Merah, le frère du terroriste, et Théo.

Du féminisme aux plaignantes…

Au cours du procès, il s’en est pris au féminisme en général ainsi qu’aux plaignantes. L’avocat a notamment interpellé l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT) :

« C’est bien beau que la parole des femmes se libère, mais vous préparez un curieux mode de vie aux générations futures. »

Il a interrogé les jurés composant le tribunal d’assises de Seine-Saint-Denis chargé de juger l’affaire :

« Mesdames et messieurs les jurés, si votre fils touche le genou d’une copine dans sa voiture, c’est une agression sexuelle, ça? »

Un discours critique à l’égard du féminisme de ces dernières années a soutenu, en partie, ses plaidoyers. Si en effet, « il y a des hommes prédateurs », il y a aussi « des femmes qui sont attirées par le pouvoir, qui aiment ça », selon l’avocat qui donne un exemple : « une starlette par exemple qui veut réussir et se dit : je vais coucher, ‘c’est de la promotion canapé’« . Une référence claire non seulement au mouvement #MeToo et à l’affaire Weinstein, mais aussi, dans un contexte spécifiquement français, à l’accusation pour l’instant sans lendemain, faite à la fin du mois d’août contre Gérard Depardieu.

Alors que Me Dupont-Moretti a reconnu la « patience remarquable », de son client – tandis que « [lui, il leur sauterait] à la gorge », a-t-il ajouté à l’attention des jurés – il a qualifié les plaignantes de personnes « incohérentes » et « manipulatrices ». Lorsque l’une d’entre elle explique avoir parlé de réflexologie lors de son premier rendez-vous avec Georges Tron, l’avocat en déduit que, clairement, « elle y va pour le pécho ».

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Le ministre de la cybersécurité japonais avoue n’avoir jamais touché un ordinateur

Ce 14 novembre, Yoshitaka Sakurada, ministre de la cyber-sécurité japonais, a provoqué des rires qui ont vite laissé place à la stupeur, en avouant n’avoir jamais touché un ordinateur de sa vie professionnelle, comme le rapporte Le Monde. C’est au cours d’une session en commission parlementaire que cet homme de 68 ans, chef adjoint de l’unité de stratégie de sécurité informatique du gouvernement, a déclaré le plus sérieusement du monde : “Depuis l’âge de 25 ans, j’ai toujours eu recours à mes employés ou secrétaires, donc je n’ai jamais utilisé d’ordinateur”.

“Je ne connais pas les détails précis”

Sa méconnaissance pratique et théorique du sujet est apparue au grand jour quand, interrogé sur l’utilisation ou non de clés USB par les employés dans les centrales nucléaires, il a semblé très décontenancé. “Je ne connais pas les détails précis” et “pourquoi ne pas demander qu’un expert vous réponde, non ?”, a-t-il déclaré. L’opposition s’est saisie de l’occasion pour rallier la majorité. “C’est incroyable qu’une personne qui n’a jamais touché un ordinateur soit responsable de la politique de sécurité informatique”, s’est ainsi ému l’élu d’opposition Masato Imai. Les internautes y sont aussi allés de leurs commentaires ironiques.

“Si un hacker vise ce ministre Sakurada, il ne pourra lui voler aucune information”

“Si un hacker vise ce ministre Sakurada, il ne pourra lui voler aucune information. Ça pourrait bien être la meilleure des sécurités”, remarque avec perspicacité l’un d’entre eux.

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Ce proche du Premier ministre Shinzo Abe fait partie du courant le plus conservateur du LDP, le parti au pouvoir. Il est chargé de l’organisation des Jeux Olympiques de Tokyo en 2020, mais a été incapable de donner une estimation du coût total de l’événement.

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[Vidéo] “Bougez votre cul !” : quand l’ancien SDF Christian Page secoue le porte-parole du gouvernement

Mauvaise semaine pour Benjamin Griveaux. Après avoir été épinglé pour avoir cité Charles Maurras sur France Inter, en pensant faire référence à l’historien Marc Bloch, le porte-parole du gouvernement a été confronté à un contradicteur tenace, dans C à vous, ce 15 novembre. Il s’agit de Christian Page, ancien SDF, venu présenter son livre Belleville au cœur, dans lequel il raconte comment il a survécu pendant trois ans à la rue. Depuis le 6 août, il est logé à Clichy-la-Garenne, dans les Hauts-de-Seine. Mais il n’a rien perdu de sa verve. Alors qu’Anne-Elisabeth Lemoine lui demande s’il a quelque chose à dire au représentant du gouvernement, il lance : « Bougez votre cul ». 

“Ceux qui meurent dans la rue ne sont pas des criminels”

S’il détend tout de suite l’atmosphère, en précisant que “c’est amical”, il ajoute toutefois : “Il y a plein de façons de mourir, mais ceux qui meurent dans la rue ont été expulsés, ce ne sont pas des criminels, c’est juste qu’au bout d’un moment quand t’as tapé dix ou quinze ans de rue, eh ben tu meures”, assène-t-il. Et Benjamin Griveaux de réagir, en estimant que sa parole “dit que la rue tue, quelles que soient les époques de l’années”, mais qu’elle montre aussi “qu’il y a des solidarités”. En l’occurrence, Christian Page s’est fait connaître par son compte Twitter (@Pagechris75), sur lequel il narre son quotidien, et appelle à la solidarité.

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Ce qu’il faut retenir du premier meeting de « Place publique », le mouvement fondé par Raphaël Glucksmann

Les plus téméraires sont arrivés dès 18 heures pour faire la queue devant l’espace culturel de la Marbrerie à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Soit une heure avant l’horaire fixé par les membres de Place publique. Le « mouvement politique assumé, mû par l’urgence d’agir et la nécessité de changements structurels pour répondre aux périls écologiques et démocratiques », porté dans les médias depuis une semaine par ses cinq têtes d’affiches (Diana Filippova, Jo Spiegel, Claire Noumian, Thomas Porcher et Raphaël Glucksmann) y donne, jeudi 15 novembre, son meeting inaugural.

Beaucoup d’acquis et quelques curieux

Dans la salle, parmi les 500 personnes présentes, beaucoup d’acquis à la cause, rappelée d’emblée à l’estrade : « Entre les libéraux et les nationalistes, investissons la place publique ». Sur les murs, les hashtags se multiplient comme des post-it pour rappelant les mantras du mouvement : #intérêtgénéral, #action, #terrain, #citoyens, #justicesociale. Le badge est en vente à l’accueil au prix que l’on souhaite, le tote-bag coûte en revanche huit euros.

En attendant le début des festivités, on croise quelques célébrités (Samuel Le Bihan, Emmanuel Béart, Michel Hazanavicius et sa compagne Bérénice Béjo) et des curieux, comme Caroline et Steve, 24 et 25 ans, de Paris. L’une a voté Hamon à la présidentielle, l’autre Mélenchon. Tous deux revendiquent « ne plus être attirés par les partis », auxquels ils reprochent « rigidité » et « compétition pour atteindre la plus haut place ». « J’attends beaucoup de ce que pourrons apporter les personnalités issues de la société civile », développe notamment Caroline. Qu’ils nous exposent des idées, car ils en ont souvent bien plus pertinentes que les professionnels de la politique ».

Des idées « loin d’être éblouissantes ont le mérite de la cohérence »

Même son de cloche chez Fabienne et Patrick, quinquas révolus, venus en voisin du XIe arrondissement parisien. Eux ont voté Hamon en 2017 et continuent d’être encartés chez Génération.s. Mais Patrick a lu Les enfants du vide, l’essai politique de Raphaël Glucksmann qui cartonne en librairie, en a fait un résumé à Fabienne et se sont dits que les idées évoquées, « loin d’être éblouissantes ont le mérite de la cohérence » et, surtout, compatible à leurs yeux avec celle du candidat socialiste malheureux de la dernière présidentielle.

Mais le temps des alliances est encore loin et à 21 heures, la meeting démarre par une introduction de l’entrepreneuse Diana Filippova, avec des trémolos dans la voix. « Nous ne sommes pas des professionnels de la politique, nous ne savons pas imiter l’émotion ». Le public adhère. Elle lâche les premières salves contre l’un des ennemis du mouvement, Macron : « La démocratie, ce n’est pas être managé ! » Une première prise de parole courte mais qui affiche la couleur lorsqu’elle conclut, sans ombrages : « On accomplira tous les combats et s’il le faut, tous les mandats. »

« Humilité, radicalité et exigence »

Lui succède Jo Spiegel, chantre de la démocratie participative qu’il met en pratique à Kingersheim, la commune qu’il administre depuis 1989. Après la première salve, charge lui incombe de poser les bases du rassemblement. Dans un discours aussi concis que celui de Filippova, il égrène les noms : Hannah Arendt, Edgar Morin. Maria Montessori, Chantal Mouffe ou Pierre Mendès-France ou Jaurès. Liste non-exhaustive. Il évoque le « chemin subversif » de la démocratie et rappelle ses préceptes : « humilité, radicalité et exigence ». Il conclut, avant de lâcher le micro : « La démocratie est participative où elle ne l’est pas. »

Si certains élus comme David Cormand chez les écolos ont émis des réticences dans la naissance d’un nouveau mouvement à gauche, dans la salle on a pu croiser pêle-mêle : le député Jean-Michel Clément (ex-LREM), le député européen Guillaume Balas (Générations), l’ancien ministre de l’Écologie Philippe Martin (Générations), le conseiller régional Julien Bayou (EELV), ou encore le président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel (PS). Le frondeur Christian Paul (PS) a lui lancé un tweet de soutien.

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Des acteurs de la société civiles volontaires et convaincants

Vient le tour des tables rondes de la soirée abordant chaque urgence posée par Place publique. Avant d’évoquer l’urgence européennes, démocratique et écologique, place à la justice sociale. L’occasion de découvrir deux personnalités de la société civile, des « porteurs de causes » comme il faut les nommer ce soir : Judith Aquien, cofondatrice de Thot, l’école de français diplômante pour les réfugiés et demandeurs d’asile de Paris et Île-de-France. Elle dit : « Les femmes et hommes qui sont exilés, se sentent esseulés. Il faut leur donner accès à un toit, à la langue française et aux codes de la société française. Une politique fraternelle est nécessaire. Solidarité et fraternité sont fondamentales pour la démocratie ». Les applaudissements résonnent dans cette ancienne marbrerie du 93 et ne désemplissent pas quand Nayla Ajaltouni, coordinatrice du collectif Éthique sur l’étiquette, clame : « Il faut encourager les actions sur les questions de la solidarité internationale. Il faut combattre le discours selon lequel ça n’intéresse que des élites car cela concerne tout le monde ».

Devant un public réceptif, l’économiste Thomas Porcher fait son entrée. Offensif, il évoque cette « boule au ventre et ce poids dans la poitrine » qu’il ressent lorsque des êtres humains sont réduits à état de statistique. Rassembleur il appelle à ce que Place publique devienne rapidement « le lieu de ceux qui luttent déjà et de ceux qui veulent lutter… » Si 10 000 personnes suivent déjà le mouvement sur Facebook, ses fondateurs espèrent rapidement y ajouter un zéro, au terme d’une grande tournée à travers la France durant un mois et demi, pour faire connaître le mouvement.

Raphaël Glucksmann se dit « totalement flippé »

Après une table ronde sur l’urgence écologique, c’est l’une des révélations de la soirée qui prend le micro : Claire Nouvian, personnalité probablement la plus à l’aise sur scène ce soir-là. Elle cible d’emblée « cette consanguinité distante et inquiétante entre les lobbys et le pouvoir. » « Et face à Macron, y a quoi, Le Pen » ?, agite-t-elle comme un épouvantail. La fondatrice de l’ONG Bloom, qui milite pour la protection des fonds marins, tente alors de montrer le chemin devant une foule en ébullition : « Quel est notre risque à essayer ? Au pire, on passe pour des imbéciles ! Le seul risque, c’est de nous retrouver dans 30 ans, face à nos enfants, face au désastre écologique qui s’annonce et de nous dire qu’on a rien fait. »

C’est à Raphaël Glucksmann, la tête d’affiche, de clore ce meeting inaugural. A l’aise sur les plateaux de télévision, le fils du philosophe apparaît (et il le reconnaît lui-même) « totalement flippé ». Il le sait, son mouvement intrigue et beaucoup se demandent leur degré d’investissement en vue des échéances électorales de 2019 (européennes) et 2020 (municipales) et 2022 (présidentielle). S’il ne nie pas, il fixe une autre date : 2030, « l’année du moment de la bascule énergétique où l’on ne pourra plus rien faire. On a douze ans pour tout transformer. » S’il ouvre la porte à la gauche, il a aussi semblé se démarquer de Jean-Luc Mélenchon, en affirmant vouloir « plus de démocratie, plus de participation des citoyens » face aux « tentations autoritaires », et en affirmant que « face à la xénophobie », Place publique ne regarderait « pas les sondages. »

« Nous ne penserons jamais à ce qui serait électoralement payant »

Le stress s’effaçant, il reprend une à une les thématiques de Place publique ; alerte sur le risque démocratique et européen en citant « Trump, Poutine, Salvini, Erdogan, Orban, Bolsonaro et le Brexit » ; emprunte l’anaphore, chère à François Hollande : « On ne peut pas faire une République quand 1% capte l’ensemble des richesses. On ne peut pas faire de République quand les services publics se délitent et disparaissent. On ne peut pas faire de République lorsque les lobbies prennent et sont au pouvoir ». Après le constat, place à l’action. Il dit : « On va construire quelque chose sans gardien à l’entrée qui vérifie les votes passés (…) On va redonner du crédit à la parole politique. On va créer un mouvement, des réseaux dans toute la France et au-delà. » Il promet : « Nous ne penserons jamais à ce qui serait électoralement payant ».

Moins de deux heures après son début, le meeting se clôt. Enfin pas tout à fait : ni Marseillaise ni Internationale mais une originale invitation à venir partager dans la salle idées et remarques, comme on pourrait le faire sur une place publique. Les plus optimistes y verront la naissance d’une nouvelle forme de démocratie participative quand les plus pessimistes ne trouveront rien de neuf sinon quelques ressemblances avec la naissance du mouvement En Marche!, il y a un an et demi.

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