Archives du mot-clé Les Inrocks – Actualité

Une séance 3D à Pékin avec Bi Gan

Un film peut-il nous faire changer d’époque ? Est-il capable, le temps d’une projection, de modifier en profondeur la vision du monde, et donc les attentes cinématographiques de son public ? A-t-il le pouvoir de faire basculer ses spectateurs dans un temps nouveau, de créer du futur ? Ces questions sont au cœur du cinéma de Bi Gan, le terme “cinéma” regroupant…

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Les rendez-vous culturels à ne pas manquer cette semaine

Cinéma : Les années 80 à l’honneur au Forum des images
Jusqu’au 28 février, le cinéma français des années 1980 est à l’honneur au Forum des images. De Leos Carax et ses deux premiers films fiévreux, Boy Meets Girl et Mauvais sang, jusqu’à Luc Besson (Subway), de Rendez-vous d’André Téchiné à Mortelle randonnée de Claude Miller, la programmation tente de cerner comment l’ensemble du cinéma français, de ses marges à son centre, a résonné avec les régimes d’images émergents comme le vidéoclip et la publicité.
France années 80 Jusqu’au 28 février, Forum des images, Paris Ier

Arts : Débat sur la scène alternative marseillaise
Quels sont les visages de la contre-culture, des tiers-lieux et de l’avant-garde à Marseille ? Alors que la cité phocéenne se prépare à accueillir Manifesta en 2020, Les Inrocks vous invitent à discuter de la scène culturelle émergente à Marseille avec la rappeuse Moesha 13, l’artiste vidéaste Sara Sadik, ou encore la plasticienne Cécile Di Giovanni.
Les Inrocks Talk à Marseille Le 23 janvier, de 19 h 30 à 23 h 30, Montévidéo, Marseille

Musique : le nouveau rendez-vous pop prometteur
Imaginé par Etienne Blanchot, programmateur musique et résident du lieu, le festival Closer Music accueillera entre autres Tirzah, Robert Görl, Easter ou encore Stine Janvin. Un programme hybride et audacieux, tourné vers une pop music réfléchie.
Festival Closer Music Du 25 au 27 janvier, Lafayette Anticipations, Paris IVe

Danse : un festival sous le signe de la terre
La 22e édition du festival Vivat la danse ! a pour sous-titre “Terre” et voit donc la vie en vert. Des chorégraphes et des performeurs internationaux s’y entremêleront pour “faire le lien entre le végétal et le corporel”, et réaliser “une écologie des corps et de la vie”. On y retrouvera la danseuse Latifa Laâbissi, la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin, ou encore un solo agricole de Madeleine Fournier. Un programme prometteur.
Vivat la danse ! Jusqu’au 2 février, Armentières

Arts : une performance collective entre art total et téléréalité
En 2009, le réalisateur russe Ilya Khrzhanovsky propose à 400 personnes de rejoindre un institut de recherche à Kharkov, en Ukraine. Trois ans durant, les volontaires se prêtent à une reconstitution filmée de la vie du physicien théoricien soviétique Lev Landau. A Paris, DAU, le nom de ce projet à la croisée de l’art total et de la téléréalité, invite à revivre l’expérience à travers trois sites transformés en zones d’exploration immersive.
DAU Du 24 janvier au 19 février, théâtre du Châtelet, Paris Ier ; théâtre de la Ville, Paris XVIIIe ; centre Pompidou, Paris IVe

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Monique Pinçon-Charlot : “Macron est monté d’un cran dans la violence de classe”

Sociologues spécialistes de la grande bourgeoisie, Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon publient à la fin du mois Le Président des ultra-riches – Chronique du mépris de classe dans la politique d’Emmanuel Macron (La Découverte). Une enquête efficace, tirée à 40 000 exemplaires, dont la sortie a été avancée afin d’être disponible au moment du grand débat national lancé mi-janvier par le Président, en plein mouvement des “gilets jaunes”. L’objectif : que cet ouvrage, fruit d’un travail à quatre mains, se mue en “arme de connaissance” à leur intention. Monique Pinçon-Charlot, un peu fatiguée par la parution anticipée mais très enthousiaste, nous en éclaire les enjeux.

L’un de vos ouvrages précédents, Le Président des riches, portait sur Nicolas Sarkozy. Votre nouvelle enquête, consacrée à Emmanuel Macron, évoque cette fois-ci “le président des ultra-riches”. Pourquoi avoir ajouté ce qualificatif ?

Monique Pinçon-Charlot — Car il est, selon nous, monté d’un cran dans la violence de classe. Emmanuel Macron a en premier lieu renforcé les cadeaux aux plus riches – des dizaines de milliards d’euros – tout en lésant les familles modestes, voire démunies. Ses provocations, qui ont débuté quand il travaillait aux côtés de François Hollande, sont aussi bien financières – diminution des APL, attaques contre le logement social ou les services publics… – qu’idéologiques et linguistiques : les chômeurs “fainéants”, les ouvrières des abattoirs de Gad “illettrées”… D’autant qu’au même moment, il supprime l’ISF et fait l’éloge permanent des “premiers de cordée”, sans qu’il n’y ait de contrôle fait sur ces cadeaux. D’où le titre du premier chapitre du livre : “Le méprisant de la République”.

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Pourquoi la Chine investit-elle militairement l’Afrique ?

Le 1er août 2017, la Chine a inauguré sa première base militaire outre-mer à Djibouti. Ce pays de la Corne de l’Afrique, sur le rivage occidental du détroit de Bad-el-Mandeb face au Yémen est devenu le lieu d’implantations militaires de puissances européennes, du Japon et des États-Unis depuis la fin du régime colonial français en 1977. La France reste toutefois militairement présente à Djibouti.

Au croisement des routes du commerce mondial entre l’Océan indien, le Golfe persique et le Canal de Suez, ce petit état de 810 000 habitants voit une part toujours plus importante de sa dette détenue par la Chine tandis que les principaux projets d’infrastructures du pays sont confiés à des sociétés publiques chinoises. En 2013, sous la présidence de Xi Jinping, secrétaire général du parti communiste chinois et président de la République populaire de Chine, l’Empire du milieu lance une nouvelle politique commerciale à échelle internationale : la « Nouvelle route de la soie ». En mars 2018, la « pensée » du président a été inscrite dans la constitution. L’Afrique, après l’Asie du sud-est, est la deuxième région du monde où les projets d’investissements chinois fleurissent.

Les organismes internationaux tirent la sonnette d’alarme. Si certains médias francophones ont perçu le refroidissement des rapports entre les gouvernements chinois et djiboutien, d’autres anglo-saxons analysent la rivalité entre la Chine et les États-Unis à travers le cas, sans équivalent, de Djibouti. La menace d’une guerre commerciale pèse encore entre les deux puissances dont les relations sont au plus bas. Djibouti est le seul endroit au monde où leurs forces armées cohabitent. Entretien avec le professeur Benjamin Robin Barton, spécialiste des relations entre la Chine et l’Europe en Afrique et de la politique étrangère chinoise. Il mène ses recherches depuis l’antenne malésienne de l’université de Nottingham.

Pour quelle raison la Chine a-t-elle choisi Djibouti pour s’implanter, pour la première fois, politiquement et militairement en Afrique ?

Benjamin Robin Barton – Il s’agit avant tout d’un positionnement stratégique. Djibouti souhaite devenir un port international compétitif à l’instar de Dubaï. Pour les autorités chinoises, la perspective est différente. Dans le cadre des « Nouvelles routes de la soie » Djibouti intéresse à la fois par sa dette et en tant que point d’accès vers l’Afrique orientale. L’Éthiopie voisine détient le plus grand taux de croissance du PIB du continent et a adopté le modèle de développement économique chinois d’un État central guidant l’industrialisation.

La Chine a financé les nouveaux parcs industriels en délocalisant certaines entreprises textiles de sa côte est vers l’Éthiopie où les coûts de production sont moindres. Djibouti, et dans une moindre mesure Mombasa (port du Kenya, principal bénéficiaire des investissements des « Nouvelles routes de la soie » en Afrique), sont les seuls points d’accès maritime vers l’Éthiopie. Par l’installation de son premier « centre logistique d’outre-mer », en réalité une base militaire, la Chine n’a fait qu’imiter les Américains, les Italiens, les Japonais, les Allemands et les Français, déjà présents.

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Portrait de Gilles Perret, l’homme qui filme les gilets jaunes avec François Ruffin

A un rond-point en pleine nuit, quelque part dans la campagne ardéchoise, une jeune femme d’une trentaine d’années se protège de l’hiver de décembre sous un foulard turquoise, un pull beige et une veste noire. Par-dessus, un gilet jaune réfléchissant. Cheveux châtains foncés mi-longs et raides, yeux bleus et larges lunettes noires, elle lâche : « Vous savez, je vais me marier l’été prochain. Eh bien j’ai des proches, des membres de ma famille, ils m’ont dit qu’ils ne viendraient pas. Ils me disent que je suis une fasciste. »

« S’il n’y a pas d’humour, de larmes, d’émotions, il n’y pas de film. »

Cette séquence fait partie des vingt-quatre heures d’images que Gilles Perret a ramenées d’un voyage de six jours d’Amiens à Montpellier. Avec François Ruffin, ils ont sillonné les routes de la France des ronds-points dans la vieille Citroën Berlingo du député de la Somme. Ils se sont décidés au début du mois de décembre, en trois jours, après un déjeuner à la cantine de l’Assemblée nationale. Le Picard Ruffin avait le projet de partir sur les routes pour écrire un livre sur le mouvement des gilets jaunes qui agite la société et la politique française depuis maintenant plus de deux mois. Le Savoyard Perret lui propose de l’accompagner.

>> A lire aussi : François Ruffin : “Je suis le porte-parole du peuple”

« On ne savait pas si on allait s’entendre, ce qu’on allait trouver, ni si on allait revenir avec de quoi faire un film », confie Gilles Perret. Les deux copains – ils se sont rencontrés en 2005 alors que Ruffin était en reportage en Savoie pour l’émission iconique de France Inter, Là-bas si j’y suis – se lancent dans un road-trip. De cette « opération commando, à deux, sans équipe de tournage », selon les dires du réalisateur, ils sont bel et bien en train de monter un documentaire, J’veux du soleil. Sa sortie est prévue le 3 avril prochain en salles. « On voulait raconter l’histoire de deux mecs qui se questionnent sur ce mouvement et qui ont envie de savoir qui sont ces gens sur les ronds-points. Ce n’est pas un film sur le mouvement, mais bien sur des gens. »

Gilles Perret pendant le montage de son documentaire J’veux du soleil sur le mouvement des gilets jaunes. (Crédit Maurice Midéna)

« Filmer l’humain », est le credo de l’homme de cinquante ans : « S’il n’y a pas d’humour, de larmes, d’émotions, il n’y pas de film. » Partant de ce principe, il propose en 2017 à Jean-Luc Mélenchon de réaliser un documentaire sur sa campagne. « Il aimait mon travail, il était venu voir un de mes films. Tout de suite on s’est très bien entendu, on a laissé beaucoup de place à l’intime dans notre conversation », raconte Perret. L’Insoumis sort en salles en février 2018, mais de nombreux distributeurs refusent de le diffuser. « On a été trop naïf sur le fait que certaines personnes allaient se servir du film pour régler des comptes politiques », analyse aujourd’hui le réalisateur. Sur sa proximité avec la France insoumise qui peut faire jaser voire mettre l’honnêteté de son travail en doute, Perret entend mais reste assuré : « Je suis ouvert au débat. Mais je ne veux être jugé que par des gens qui ont vu mes films. »

Proximité et Résistance

De toutes façons, Perret, la politique politicienne parisienne, le béton et le métro, c’est pas son truc. Cet amoureux de la montagne, passionnée de randonnées alpestres, né à Mieussy en Haute-Savoie, défend l’idée « qu’il n’y a pas besoin d’aller à l’autre bout du monde pour raconter des choses formidables ».  Au début de sa carrière en 1999, Gilles Perret s’est d’abord évertué à donner à voir « les gens de la montagne », dans plusieurs documentaires pour France 3. Rester près de chez lui n’est pas un caprice de sédentaire, mais bien un principe de création : « Quand on filme les gens de chez soi, on ne peut pas mentir. Parce que sinon tu vas te le prendre dans la gueule. » En vingt ans Perret a tourné vingt documentaires. J’veux du soleil, sera le vingt-et-unième, et le neuvième à sortir en salles.

>> A lire aussi : Dans les coulisses de la campagne de Jean-Luc Mélenchon : “J’avais l’impression de filmer un monde à part”

A force d’obsessions pour ses voisins, Gilles Perret s’intéresse en 2007 à un homme dont lui parlait souvent son père, un certain Walter Bassan, ancien résistant qui avait survécu à sa déportation à Dachau. « L’idée était de voir ce qu’on avait fait des idéaux d’un mec pareil », précise Perret. Au passé de Walter, se mêle l’actualité, avec la venue en grande pompe de Nicolas Sarkozy sur le plateau des Glières, pour rendre hommage à la Résistance, lors de l’entre-deux tours de la présidentielle. « C’était lui qui avait le programme le moins en rapport avec l’héritage de la Résistance, s’indigne calmement Perret. Derrière la gloriole des faits d’armes, il y avait aussi et surtout des idéaux politiques. »  Un autre personnage clé de Walter fait de la résistance est Stéphane Hessel. C’est grâce à ce film que Sylvie Crossman, fondatrice d’Indigène éditions découvre l’ancien résistant et la force de son discours. De leur rencontre naîtra l’essai Indignez-vous, vendu à quatre millions d’exemplaires dans le monde. Perret se penche ensuite en 2013, dans Les Jours heureux, sur la genèse du programme du Comité national de la Résistance. En 2016, il raconte, dans La Sociale, l’histoire d’Ambroise Croizat, un des fondateurs de la Sécurité sociale.

« Ça m’arrange que ce soit Ruffin qui prenne la lumière. »

Evidemment, Gilles Perret ne s’est pas découvert une proximité avec la gauche du jour au lendemain. Chez lui, c’est venu du père, un ouvrier « frustré de ne pas avoir fait d’études ». Il en parle avec l’admiration des fils aimés en deuil – il l’a perdu deux mois avant notre rencontre. « Il était très intéressé par la politique, il avait sa carte à la CGT. Après le décès de ma mère quand j’avais neuf ans, c’est lui qui nous a élevés seul avec ma soeur. Tout ça, c’était pas commun dans un coin comme le nôtre. » Après une école d’ingénieur à Clermont-Ferrand, où il côtoie des enfants d’une bourgeoisie dont il se sent en décalage, Gilles Perret refuse de faire son service militaire. Il se déclare « objecteur de conscience », et plutôt que de « perdre une année » à jouer au bidasse, il en passe deux dans une association d’utilité publique : va pour une chaîne de télé locale, où il découvre le reportage vidéo sur le tas. L’insoumission qui créé une vocation.

Calme et serein comme un bloc de granite, habillé d’un jean gris et d’un pull bleu dont la couleur rappelle celle de ses yeux pleins de malice, sa sagesse placide rompt avec l’effervescence qui accompagne son compagnon Ruffin. « C’est une affaire de caractère. Moi je suis plus discret. Et ça m’arrange que ce soit François qui prenne la lumière. » Perret est un homme de décalage. Réalisateur de profession, il est peu à l’aise dans les mondanités du septième art. Sa culture dans le domaine est loin d’être encyclopédique. La première fois qu’il a mis les pieds dans une salle obscure, il avait 11 ans, et c’était pour le Gendarme et les extraterrestres. « Parler cinéma, je ne suis pas très bon, confie-t-il. Par contre, je sais changer des plaquettes de frein et fabriquer des meubles en bois. » Et cette condition, il ne la changerait pour rien au monde : « Quand je regarde où je vis, et les milieux dans lesquels je filme, je me dis que je ne me trompe pas. »

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Le 31 janvier, participez à la première Usine à podcasts !

Dans le cadre de la quatrième Nuit des Idées coordonnée par l’Institut français, qui a pour thème cette année « Face au présent », Les Inrocks, Radio Nova et Cheek Magazine organisent la toute première Usine à podcasts. Le temps d’une nuit, fans invétérés de création sonore, curieux, passants, journalistes en herbe, et autres passionnés de radio seront les bienvenus dans le 18e arrondissement de Paris pour enregistrer le podcast natif dont ils ont toujours rêvé.

Un parcours inédit décliné en trois étapes:

Au Stade Bauer (mythique stade du Red Star), à Saint Ouen, le public est invité à assister et participer à des interviews-marathon, en doudoune, le temps d’un tour de stade, d’un pas chassé ou d’une marche rapide. Se croiseront également sur la pelouse : le philosophe Matthieu Potte-Bonneville, l’humoriste Marina Rollman, la journaliste engagée Rokhaya Diallo, la philosophe et leadeuse de La Féline Agnès Gayraud, le comédien Tristan Lopin, le groupe Grand Blanc, ainsi que l’improbable et magique duo Arielle Dombasle-Nicolas Ker qui viennent de sortir un film commun Alien Crystal Palace. 

– Dans nos bureaux, rebaptisés pour l’occasion Chez Maurice, le public est invité à se délester de son passé pour mieux affronter le présent. Au programme :
♠ Déposez vos plus grandes peurs dans la mythique caravane de la Grande tournée de Radio Nova, spécialement ouverte pour l’occasion.
♣ Replongez vous dans vos rêves les plus fous et décrivez-les au micro.
♠ Questionnez votre passé et ses empreintes dessinées sur vos mains. Luc vous accueille pour une séance de chiromancie enregistrée.

A la Recyclerie, lancement du Supplément d’Âme Podcast dans lequel Laura Jane Gautier reçoit un.e invité.e qui « dédie sa vie à la résolution de nos problèmes de société ». Suivi d’un débat autour des Nouveaux médias de l’agriculture et de l’écologie.

L’ensemble des podcasts sera mis en ligne dès le 1er février, constituant la plus grande bibliothèque de podcasts collaboratifs. 

Pour y participer, c’est gratuit et sur inscription ici. 

Pour plus d’informations, rendez-vous ici. 

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Pourquoi la « zone de sécurité » en Syrie profiterait à la Turquie

Donald Trump et Recep Tayyip Erdoğan ont convenu de la nécessité de créer une « zone de sécurité » dans le nord de la Syrie, quel serait exactement son objectif ?

Dorothée Schmid – On ne connaît pas très bien les contours du projet, on ne sait pas vraiment s’ils ont convenu de le faire ou pas. Mais on peut imaginer plusieurs vocations pour cette zone de sécurité.

Pour les Turcs, c’est une manière de prendre la main en Syrie. C’est en fait un véritable bras de fer qui se joue avec les États-Unis depuis plus d’un an. Washington, qui s’est allié avec une partie des Kurdes pour combattre Daesh en Syrie, voyait se profiler une victoire complète sur le terrain. Du coup, il y a environ un an, les Américains avaient annoncé leur volonté d’installer une force d’interposition frontalière composée de 30 000 hommes au nord-est de la Syrie. Ils disaient vouloir armer les FDS [Forces démocratiques syriennes, ndlr] pour stabiliser le terrain. Mais cela avait alarmé les Turcs, qui considèrent les combattants kurdes des YPG [Unités de protection du peuple, ndlr], qui sont la colonne vertébrale des FDS, comme une extension du PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan, ndlr]. Or, les membres du PKK mènent un combat contre les forces armées turques depuis les années 1980 en Turquie. En janvier 2018, les Turcs avaient donc lancé une opération militaire à Afrin, au nord-ouest de la Syrie, en réponse aux Américains. Ce projet de zone tampon renverse donc complètement la logique du projet américain. Il permet aux Turcs de montrer qu’ils ont quelque chose à faire en Syrie et, finalement, justifier leur présence là-bas pour des raisons de sécurité. Ça leur permet de se substituer aux YPG, leur ennemi juré, et de montrer qu’ils sont l’acteur pertinent sur le terrain.

Ensuite, cette zone de sécurité pourrait permettre à la Turquie de reloger des réfugiés syriens. Parce qu’il y a un très grand nombre de Syriens qui sont présents en Turquie et on a toujours une crainte sur l’acceptation sociale de ces réfugiés. On ne sait pas si les Turcs souhaitent réellement qu’ils restent en Turquie. Et à chaque fois que les Turcs occupent une partie de territoire syrien, ils y ré-installent des réfugiés. En réalité, les Turcs essayent depuis très longtemps, au moins depuis 2013, de convaincre leurs alliés de l’OTAN de mettre en place une zone tampon. Ce qu’on voit aujourd’hui, c’est qu’ils arrivent peut-être davantage à imposer ce projet, dans un moment où eux-mêmes se sont engagés militairement en Syrie, alors que d’autres se désengagent. Il devient beaucoup plus difficile de leur refuser des nouvelles solutions sur le plan militaire. Lire la suite Pourquoi la « zone de sécurité » en Syrie profiterait à la Turquie