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Un photographe rend hommage au travail des éboueurs de Paris

Un éboueur du IXe arrondissement de Paris, devant l’indifférence des piétons. (©Florent Quint)

Ibrahima balaie une rue du IXe arrondissement de Paris. Il est 6 h 15, il fait nuit noire. L’agent de propreté est seulement éclairé par les écrans géants du magasin d’en face. Un SDF dort derrière lui. Il n’y a personne d’autre. Ibrahima est seul, au milieu des déchets. C’est un invisible, un quasi fantôme, en pleine rue parisienne. Florent Quint déclenche son appareil : cette photo raconte toute l’histoire derrière In(di)visibles, le premier reportage photo de ce photographe, qui expose en ce moment à la mairie du IXe arrondissement de Paris.

Pendant plusieurs mois, le jeune homme de 28 ans a suivi les éboueurs de cet arrondissement, où il a longtemps vécu. Pour découvrir qui sont vraiment ces travailleurs de l’ombre, qui suscitent parfois l’indifférence générale des piétons. Il a partagé des moments d’intimité, chez eux, ou dans les coulisses des ateliers de déchets. Car derrière les uniformes et la casquette verte, il y a Farid, Christophe, le jeune Sakho ou ce couple, fraîchement propriétaires d’une maison. Et puis il y a tous les autres, les “indivisibles”, selon le titre de l’exposition. Surprise : ici, l’ambiance n’est pas aux larmoiements et à la tristesse. Au contraire : “C’est comme dans les vestiaires d’une équipe de foot” : ça se tacle, ça s’amuse, ça s’entraide.

On le retrouve devant ses clichés, à lui, placardés sur les murs de la mairie du IXe, pour dénoncer ceux qui collent encore trop à la peau des éboueurs.

Ibrahima, dans une rue du IXe arrondissement. (©Florent Quint)

Pourquoi t’es-tu intéressé aux éboueurs ?

Florent Quint – Je me balade souvent en scooter dans les rues de Paris. Un jour, j’étais derrière un camion-poubelle qui s’est arrêté près d’une voiture en panne. Les éboueurs sont sortis aider le conducteur. Je ne m’y attendais pas, c’était juste après les attentats du 13 novembre, à Paris, et on était plongés dans des discours négatifs contre la communauté musulmane, qui était toujours ciblée. Et là, devant moi, j’avais une belle métaphore du vivre-ensemble et de la solidarité. On en manquait cruellement à l’époque… Il y avait une vraie bonne humeur chez eux, ça m’a donné envie d’en découvrir plus, sur qui ils sont et sur la mixité sociale chez les éboueurs.

En les rencontrant, as-tu trouvé qu’il y avait de la mixité ?

J’ai commencé à les suivre en septembre 2016, à différentes périodes, parfois pendant une semaine. Je couvrais surtout les équipes du matin, qui font du 6 h – 13 h. Ce qu’on ignore tous, c’est qu’il y a une grande solidarité entre eux : ils ont beau être de communautés différentes, Picards, Normands, Camerounais ou Comoriens, il n’y a aucune discrimination. C’est comme une grande famille, ou l’ambiance qu’il y a dans les vestiaires d’une équipe de foot. Ils sont tous au même niveau, ils ont tous les mains dans les mêmes poubelles. Ils sont indivisibles, ils travaillent dans la même équipe.

Quelle est l’ambiance dans les vestiaires, en dehors des tournées ?

Dans les vestiaires de l’atelier de déchets, ils rigolent et papotent. Ils adorent déconner, par exemple Farid avait trouvé une perche à selfie près d’une poubelle, ils s’amusaient à se prendre en photo. Les amitiés sont très fortes dans ce milieu : sur cette autre photo, c’est Mohamed qui m’a demandé de le photographier avec son vieil ami, avant qu’il ne parte à la retraite.

(©Florent Quint)

Quelle a été ta rencontre la plus forte ?

Ibrahima m’a beaucoup touché, c’est un Franco-comorien, il est éboueur depuis des dizaines d’années. Il n’est plus tout jeune, il doit partir à la retraite dans un an. Je l’ai vu plusieurs fois, on a vite sympathisé et il m’a accordé sa confiance. Il m’a ouvert son monde, j’ai pu le suivre dans son intimité en dehors du travail. Sur cette photo, on était à un mariage de sa communauté. Il organise aussi des fêtes avec des levées de fonds pour financer des hôpitaux aux Commodores. Mais tout ça, personne ne le sait. Je voulais que leur personnalité soit au centre de mon travail.

Ibrahima, au mariage franco-commorien(©Florent Quint)

Était-il important pour toi de les suivre dans leur vie privée ?

On les réduit trop souvent à leur étiquette d’”éboueurs”, mais il y a des gens derrière les uniformes. Quand ils l’enlèvent, ils redeviennent n’importe qui, comme nous. C’est pour ça que j’ai fait des photos avant/après où ils sont en civil. J’ai pu suivre Christophe, un éboueur depuis quelques années, tu ne te doutes pas une seconde qu’il est bénévole à la Croix-Rouge tous les dimanche à Bondy. Et puis j’ai aussi rencontré Maciré et Sakho, deux amis Franco-malien et Franco-mauritanien, qui se retrouvent dans un foyer social près de Saint-Lazare.

Ta série est-elle un manifeste contre les clichés sur les éboueurs ?

Je voulais lutter contre tous les préjugés et les stigmates autour de ce métier. Être éboueur, ce n’est pas un sous-métier. Ils se font parfois insulter, ils sont méprisés, alors qu’ils nous aident plus qu’on ne l’imagine. J’ai vu un agent aider un SDF à Pigalle, à 9 h du matin. Il était tout tremblant et il l’a aidé à traverser la route. C’était un moment très fort. J’ai rencontré des gens qui ont des vies très différentes et qui viennent de milieux très divers. Certains font ça comme premier boulot, d’autres sont là depuis longtemps. La plupart ont choisi ce travail car ils en ont marre d’être virés parce que leur tête ne revient pas au patron, ou qu’ils en ont assez d’enchaîner les missions d’intérims. Ici, ils ont une vraie stabilité, ils gagnent un peu plus que le smic. J’ai rencontré un couple, par exemple, qui venait d’acheter une grande maison dans la campagne. Ils sont tous les deux éboueurs, et propriétaires à 25 ans.

(©Florent Quint)

(©Florent Quint)

Les éboueurs souffrent-ils encore de cette mauvaise image ?

Certains sont gênés de dire qu’ils sont éboueurs, ils ont un peu honte. Je pense que c’est pour ça que j’ai eu quelques refus, ils ne veulent pas être photographiés de peur de “s’afficher”. Mais j’ai été assez surpris, la plupart assument complètement, au contraire, ils sont fiers de leur boulot, pour eux c’est vraiment la routine. Ils n’aiment pas forcément les tâches, mais elles sont assez simples donc ils ont une grande autonomie. Ils ramassent les déchets et ils rentrent chez eux. Ils peuvent avoir une vie de famille. Mais ils sont encore sous-estimés.

Tu as été témoin d’actes violents envers les éboueurs ?

C’est un métier difficile à cause des horaires et ils doivent porter des sacs lourds. Mais c’est surtout les incivilités des gens qui m’a marqué. C’était assez fréquent. J’ai vu un homme jeter un papier par terre devant un agent qui balayait. Il était à 20 mètres de la poubelle… Certains m’ont dit qu’ils se faisaient engueuler par les commerçants, qui trouvent que leur travail est mal fait. Les violences sont assez marginales, mais ils savent qu’à Pigalle, par exemple, il ne faut pas y aller avant 9 h du matin, sinon ils croisent des fêtards qui sortent de soirée et ça peut mal tourner. Mais la plupart du temps c’était très bon enfant.

Comment ont-ils réagi en découvrant les photos ?

Je les ai invités au vernissage, ils étaient vraiment contents. Pour une fois, quelqu’un les mettait à l’honneur, ils n’étaient plus dans la rue.

IN(DI)VISIBLES. Jusqu’au 17 juin. Mairie du 9e arrondissement, 6, rue Drouot, 75009 Paris.

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L’affaire Ioukos : le sujet de discorde franco-russe qui pèse 50 milliards de dollars

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine à Versailles le 29 mai 2017 (AFP / Christophe Archambault)

Versailles, son château, ses ors et son sublime jardin. Le cadre choisi par Emmanuel Macron pour accueillir la visite officielle de Vladimir Poutine lundi 29 mai est idyllique. Opportuniste, l’Elysée a mis en avant l’ouverture d’une exposition consacrée au Tsar Pierre Le Grand pour justifier de ce carton d’invitation polémique envoyé au président russe. Ce dernier n’était plus vraiment le bienvenu sous le quinquennat Hollande, depuis l’éclatement de la crise syrienne en 2013. Pour preuve, il n’avait pas été invité à l’inauguration de la cathédrale orthodoxe russe de la Sainte-Trinité, en 2016.

Si cette rencontre entre le président français et son homologue russe s’inscrit dans un calendrier qui voit M. Macron rencontrer les dirigeants les plus puissants du monde – il ne manque à l’appel que le président chinois – leur entretien ne sera pas qu’une visite de courtoisie. La Syrie, l’Ukraine, les soupçons d’attaques informatiques durant la campagne… Les points d’achoppement sont nombreux. Et dans ce menu déjà copieux, un plat pas facile à digérer pourrait bien se glisser : celui de l’affaire Ioukos et de sa facture à 50 milliards de dollars (44,7 milliards d’euros au cours actuel).

Plutôt méconnue du grand public, elle ne trouve écho qu’à l’évocation du nom de l’un de ses acteurs principaux : l’oligarque Mikhaïl Khodorkovski. L’affaire éclate en 2003. Khodorkovski, le PDG de Ioukos est emprisonné en Sibérie pour “escroquerie à grande échelle” et “évasion fiscale”. Le pouvoir russe soupçonnait les actionnaires de cette compagnie pétrolière privée – l’une des plus importantes au monde à l’époque – de malversations et avait décidé de mettre l’entreprise en faillite, quasiment du jour au lendemain.

Dix ans plus tard, si Khodorkovski, finalement gracié par Vladimir Poutine reste discret, d’autres actionnaires, regroupés au sein de GML, une société basée à Gibraltar, reprennent le combat. Ils portent l’affaire devant le tribunal arbitral de La Haye  et obtiennent, en juillet 2014 une compensation historique d’un Etat envers des particuliers : 50 milliards de dollars. Vladimir Poutine fulmine ; les arbitres ont estimé que la mise en faillite de Ioukos avait été artificielle et qu’il s’agissait d’une décision politique. Une sortie de reprise en main de l’Etat après la grande vague de privatisation menée par l’ancien président Boris Eltsine au cours des années 1990.

Aussitôt la décision annoncée, la justice française signe une ordonnance de reconnaissance de cet arbitrage. Une liste de biens matériels et immatériels de la Fédération de Russie est établie. Depuis trois ans, GML a effectués des saisies d’actifs et de gels de comptes en banque de l’état russe pour des montants dépassant le milliard d’euros. Parmi ceux-là, figure la célèbre cathédrale orthodoxe russe de la Sainte-Trinité à Paris. La Fédération de Russie a toutefois réussi à sauver ce bâtiment en le fansait passer, en vitesse, comme une antenne diplomatique russe.

Coup de théâtre deux ans plus tard. En avril 2016, le tribunal de La Haye invalide l’arbitrage, se basant sur le fait que le complexe traité sur la charte de l’énergie sur lequel se basait l’arbitrage, n’était pas valable dans le cas de Ioukos. Pas de quoi refroidir les actionnaires regroupés au sein de GML, notamment en France. Notre pays comporte une législation particulière en matière d’exequatur. Concrètement, la décision d’annulation du tribunal de La Haye en 2016 ne peut venir interférer la procédure de remboursement engagée dès 2014, sur le sol français. La Fédération de Russie a fait appel de cette décision et le procès s’est ouvert devant la cour d’appel de Paris le 12 mai.

Pourtant, avant même d’attendre le verdict prévu pour la fin du mois de juin 2017, le Kremlin n’a eu de cesse de faire pression sur l’Etat français. Une note du ministère des Affaires étrangères de la fédération de Russie à l’ambassade de la République française datée du 6 mars 2015 explique que :

“Toute tentative d’application de mesures conservatoires ou exécutoires à l’égard de biens russes sis sur le territoire de la République française sera considéré par la Fédération de Russie comme donnant droit à l’adoption de mesures appropriées et proportionnées à l’égard de la République française, de ses citoyens et de ses entités (…) Le ministère serait reconnaissant à l’ambassadeur de bien vouloir porter à la connaissance du tribunal français compétent le contenu de cette note.”

Les pressions s’accumulent depuis. Libération narre par exemple le casus belli opéré par Vladimir Poutine autour de 300 millions d’euros dus par Arianespace à son homologue Roscomos. Le président russe semble avoir fait du dossier Ioukos une affaire personnelle, quitte à mettre en péril les relations aérospatiales entre les deux pays – l’un des rares secteurs où l’entente est entière.

Ou bien encore l’élaboration de la loi Sapin II, votée à l’automne 2016. Ce projet de loi portant sur l’économie française comporte des amendements qui rendront – sans effet rétroactif – les saisies de biens d’Etats étrangers, en demandent notamment un accord préalable de la justice, ce qui n’est pas le cas actuellement, raconte Le Monde. “Ça rend la tâche de la saisie extrêmement difficile”, explique le porte-parole de GML, Jonathan Hill.

Le camp des actionnaires prépare lui aussi sa riposte. Parallèlement au procès en appel qui se tient actuellement à Paris,  ils ont soumis un appel eux aussi, le 13 mars, devant le tribunal de La Haye qui avait annulé la procédure d’arbitrage dans de nombreux autres pays où se trouvent des actifs russes. Les représentants de la Fédération de Russie ont désormais jusqu’au 5 mars pour y répondre en attendant une audience publique prévue pour le printemps 2018 et un verdict attendu lors du second semestre de la même année.

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Que veut Mwasi, le collectif afro-féministe dont le festival énerve la fachosphère ?

Les membres du collectif afro-féministe Mwasi lors de la marche de la journée de la Femme du 8 mars 2015 (©Mwasi)

Dimanche 28 mai, Anne Hildalgo a indiqué sur Twitter, qu’elle demandait l’annulation d’un festival présenté par ses détracteurs comme “interdit aux Blancs” et qu’elle allait “saisir le préfet de police en ce sens”. “Je me réserve également la possibilité de poursuivre les initiateurs de ce festival pour discrimination”, a-t-elle également déclaré, tout en s’appuyant sur un tweet de la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l’anti-sémitisme) publié vendredi après-midi.

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La maire de Paris vise ici le Nyansapo, un festival “afroféministe militant à l’échelle européenne”, dont la première édition doit se tenir du 28 au 30 juillet. Depuis le début, l’événement assume très clairement comporté une partie non-mixte. Quatre espaces seront organisés, dont trois seront respectivement accessibles aux femmes noires, aux personnes noires, et aux femmes “racisées”, soit “une communauté d’expériences de la domination racistes, quelles que soient les formes qu’elle prend selon notre appartenance de genre ou de classe” (selon la définition de la militante Mélusine).

Une polémique déclenchée par l’extrême-droite

Le quatrième sera ouvert à tous, et se tiendra dans les locaux de la Générale Nord-Est, une “coopérative artistique, politique et sociale” du XI arrondissement, qui loue ses locaux à la mairie de Paris. Et c’est ça qui pose visiblement problème à Anne Hildago. “Elle est attachée à la possibilité pour tous les Parisiens d’avoir accès à tous les événements culturels”, explique la communication de la mairie de Paris à Libération. Seulement voilà, en réalité, les réunions non-mixtes se dérouleront dans un lieu privé, assurent pourtant les organisateurs du Nyansapo.

Une polémique, à l’origine lancée par l’extrême-droite et notamment le site Fdesouche. C’est pourquoi, l’animateur Pierre Sautarel, s’est réjoui sur Twitter de l’annonce d’Anne Hildalgo. Vendredi matin, le trésorier du Front national, Wallerand de Saint Just, a fustigé un “festival interdit aux ‘Blancs’”.

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Très vite après l’annonce de la maire de Paris, le hastag #JeSoutiensMwasi s’est hissé en tête des sujets les plus tweetés. Le Mwasi est le collectif afroféministe à l’origine du festival Nyansapo. Sur son site, il se définit comme tel :

“Au sein de nos communautés et dans une société occidentale capitaliste et patriarcale, nous voulons lutter contre toutes les oppressions liées à nos positions de femmes noires. Mwasi, c’est aussi faire entendre les voix des Noires africaines et afodescendantes dans leur diversité, car notre afroféminisme n’est pas un ensemble monolithique. Enfin, c’est se réapproprier nos identités et notre image en tant que femmes (et personnes assignées femmes) noires.”

En 2015, nous avions rencontré l’une de ses membres, Benédicte, qui nous expliquait la démarche du Mwasi : “Notre but c’est l’émancipation des femmes noires”. Fondé en 2014, le Mwasi se présente comme “non-mixte” :

“Ce collectif est non mixte car nous pensons être le mieux placées pour saisir les armes de notre émancipation. Mwasi n’est ni contre les hommes, ni contre les autres groupes ethno-raciaux. En effet, iels pourront se joindre à nos actions en tant qu’Allié.e.s après concertation des membres du collectif”, peut-on lire sur le site.

>> A lire aussi : Qu’est-ce que l’afro-féminisme ? <<

A propos des accusations de racisme “anti-blancs”, la représentante du Mwasi justifiait :

“Ces personnes-là ne se rendent pas compte qu’elles sont dans des situations de dominants. Elles ne peuvent pas comprendre le racisme que nous subissons au quotidien. Nous ne pouvons pas être racistes anti-blancs car on n’établit pas de hiérarchie entre les races et le système discriminatoires que l’on nous accuse de mettre en place ne nous profite pas directement. On demande simplement la liberté d’avoir un espace pour échanger et préparer notre émancipation”.

A l’intersection entre le racisme et le sexisme, ces femmes ne se retrouvent pas dans le féminisme relayé par les médias, et expliquent avoir “besoin d’un espace où l’on peut se retrouver et lutter pour la spécificité qui est la notre en tant que femme noire”, indiquait la jeune militante. Pour Bénédicte du Mwasi, le “féminisme mainstream” est très “souvent représenté en majorité par des femmes non racisées, des femmes blanches en majorité. Pour elles, la priorité c’est la lutte contre le sexisme, elles ne prennent pas en compte nos spécificités.”

Un militantisme qui ne date pas d’hier

La non-mixité, est une forme de militantisme qui ne date en réalité pas d’hier. Le mouvement noir pour les droits civiques aux Etats-unis le pratiquait déjà dans les années 1960, de même pour les féministes françaises des années 1970. “Le mouvement féministe a lui aussi, été confronté à cette rhétorique critique : quand il organisait des réunions non mixtes, les hommes le taxaient de sexisme à l’envers”, raconte au Monde, Elsa Dorlin, professeure de philosophie politique et sociale au département de sciences politiques de l’Université paris-VII, et qui a coordonné Black Feminism : anthologie du féminisme africain-américain, 1975-2000 (L’Harmattan, 2008). “A l’époque, il y avait une même inversion du lexique, comme si les dominants pleuraient parce qu’ils étaient accusés de domination”, ajoute-t-elle.

Comme l’a d’ailleurs rappelé ce week end l’association féministe et LGBT Les Effronté-e-s, plusieurs lieux réservés aux femmes sont financés par les pouvoirs publics, comme la Maison des femmes, dans le XIe arrondissement de Paris, ou à Montreuil, qui tient des groupes de paroles sur les violences faites aux femmes. Libération rappelle aussi que la mairie de Paris est également partenaire d’un festival du film lesbien et féministe, dont l’accès est réservé aux femmes.

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“C’est une absence de prise en compte de problématiques spécifiques, qui justifie l’existence de l’afroféminisme aujourd’hui”, insistait dans les Inrocks, Rokhaya Diallo, auteure de Afro ! (les Arènes, 2015) où elle dresse le portrait de cent Afropéens. Historiquement, les femmes noires n’ont pas toujours été incluses dans les mouvements en faveur des droits des femmes. Et “la contribution des femmes noires au féminisme a été totalement effacée, simplement à cause de leur couleur de peau”, nous expliquait Rokhaya Diallo,

Aux Etats-unis, les origines de l’afroféminisme remontent au XIXe siècle, lorsque les femmes américaines blanches se mobilisent en faveur de l’abolition de l’esclavage.

“Cette prise de position publique va les amener à réfléchir sur leur propre condition de femme. Mais de femme blanche… Dès le départ se créé une forme de hiatus, une mise en concurrence des luttes. Le féminisme qui se ‘blanchit’ et la lutte pour l’abolition”, nous expliquait Elsa Dorlin.

<< A lire aussi : En France comme aux USA, les afro-descendantes mènent un double combat <<

Dès 1851, Sojourner Truth, ancienne esclave abolitionniste noire, prononce un discours puissant et précurseur (“Ain’t I a Woman”, soit “Ne suis-je pas une femme ?”) dans lequel elle interpelle les féministes sur les différentes oppressions subies par les femmes noires.

Il faudra finalement attendre les années 1950 pour que le black feminism commence à se façonner. Angela Davis, militante pour le droit des femmes et ancienne membre du Black Panther Parti, en devient la figure emblématique. Elle sera l’une des premières à mettre en lumière les enjeux de l’intersectionnalité. Théorisée en 1989 par Kimberlé Crenshaw, l’expression désigne la situation de personnes victimes de plusieurs discriminations à la fois, que ce soit à cause de leur sexe, leur couleur de peu, leur origine ou encore leur orientation sexuelle.

En France, l’afro-féminisme a toujours existé, mais son nom n’est apparu que récemment dans les médias. Il prend forme surtout au milieu des années 70, avec la Coordination des femmes noires, ou Mouvement des femmes noires.

“Plus on aura un mouvement antiraciste autonome fort, plus il y aura de place comme il y en a aux Etats-unis pour les queer, les trans et les femmes de couleur”,  insistait alors Fania Noël, qui dirige Les AssiégéEs, une revue militante sur l’intersectionnalité, “par et pour les raciséEs”, et membre du Mwasi.

Ce lundi 29 mai, une tribune a été publiée sur Médiapart en soutien au collectif afro-féministe. “Nous remarquons que le rassemblement annuel du Front National depuis près de quarante ans en place publique ne suscite pas les mêmes angoisses chez la LICRA et Anne Hidalgo”, déplore les signataires parmi lesquelles on retrouve l’auteure Rokhaya Diallo et la blogueuse Kiyémis.

Sur Twitter, le Mwasi a annoncé avoir contacté la préfecture de police et la cabinet de la Mairie de Paris, qui leur ont indiqué que le festival “ne peut être interdit ni être annulé”. Le collectif afro-féministe attend désormais des excuses publiques de la part d’Anne Hidalgo. De son côté, la maire de Paris s’est curieusement félicitée que “suite à [son] intervention ferme hier auprès des organisateurs, une solution claire a été établie.” Quelle solution a bien pu avoir été trouvée ? “Le festival organisé dans un lieu public sera ouvert à tous. Des ateliers non-mixtes se tiendront ailleurs, dans un cadre strictement privé.” Ce qui, en résumé, était ce qu’avait prévu depuis le départ le festival Nyansapo…

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Qui est vraiment Mike Pence, l’homme qui pourrait remplacer Trump s’il était destitué ?

Donald Trump et Mike Pence, le 15 mai 2017 au Capitole de Washington Win McNamee / Getty Images North America / AFP

Mike Pence, 57 ans, vice-président de Donald Trump et donc des Etats-Unis, n’est pas un nouveau venu en politique. Ancien gouverneur de l’Indiana (de 2013 à 2017) et avant ça député du même Etat (de 2001 à 2013), il a émergé publiquement pour la première fois en 1999. Après deux tentatives ratées pour se faire élire à la Chambre des Représentants (l’équivalent yankee de l’Assemblée nationale), ce fils de démocrates comprend comment faire parler de lui. Au cours d’une émission de radio locale qu’il anime lui-même, il évoque la place des femmes au sein de l’armée américaine. Pour ce “chrétien, conservateur et républicain” – il tient à ce qu’on le présente “dans cet ordre” -, c’est bien évidemment une hérésie :

“Vous voyez, beaucoup d’hommes trouvent les femmes sexuellement attirantes, beaucoup de femmes trouvent elles aussi les hommes attractifs sexuellement. Mettez-les ensemble dans des quartiers fermés, pendant une longue période , et vous verrez que les choses commenceront à devenir intéressantes… C’est ce qui est arrivée à la jeune Mulan. Morale de l’histoire : les femmes dans l’armée, c’est une mauvaise idée.”

L’anecdote pourrait faire rire si cet homme au sourire discret et aux cheveux de talc, “heureux soldat” de l’église évangélique, membre du Tea Party “avant que ça ne soit cool”, n’était pas pressentie pour prendre la relève de Donald Trump. Le président américain est de plus en plus menacé d’une destitution à mesure que les scandales éclatent sur ses supposées relations avec la Russie.

Misogyne, homophobe et climato-sceptique

Le profil de son éventuel remplaçant n’est guère reluisant. Car Mike Pence ne se borne pas à la misogynie la plus primaire. Anti-avortement, climato-sceptique – “la réchauffement est un mythe” et le protocole de Kyoto “un désastre” -, pro-tabac – “malgré l’hystérie de la classe politique et des médias, le tabagisme ne tue pas” -, il semble aussi avoir fait de la communauté homosexuelle son némésis :

“Les hommes homosexuels ne peuvent pas intégrer l’armée parce que leur présence affaiblit les troupes.”

Quant aux communautés LGBT, dans leur ensemble, elles sont selon lui responsables de “l’effondrement de la société”

Born and raised dans l’Indiana en plein Midwest américain, Mike Pence présente un parcours plutôt classique en politique. “Il est connu pour être un idéologue conservateur qui a grimpé les échelons du Parti républicain et non pas comme un stratège de la politique extérieure”, raconte le journaliste Shane Harris. Issu d’une famille catholique irlandaise, il se tourne très vite vers l’évangélisme et adhère durant ses études au courant Born Again – une sorte de renaissance christique avant la célèbre cérémonie du baptème d’eau :

“Pour moi, tout commence par la foi, c’est ce qui compte le plus, et je tente de mettre en avant la vérité moral à chaque fois en première position. Puis vient ma philosophie de gouvernement et ma politique en troisième position”, expliquait-il en 2010 sur une chaîne catholique.

La place des femmes est au foyer

Depuis son élection en 2001 à la Chambre des Représentants, le parcours de Pence se prolonge au gré de ses déclarations choc et outrancières. Pour ce père de trois enfants, la place des femmes est au foyer car une mère qui voudrait poursuivre sa carrière professionnelle induit forcément un “retard de croissance et de développement” pour l’enfant.

Allant plus loin que le militantisme anti-avortement primaire, Mike Pence voudrait que les familles et hôpitaux américains enterrent les fœtus avortés : “Je signe cette loi en priant Dieu de continuer de bénir ces précieux enfants, ces mères et ces familles”, expliquait-il lorsqu’il était encore gouverneur. Le planning familial est son pire ennemi : “je pense que les Américains seront surpris d’apprendre que les infrastructures qui profitent le plus de ces fonds sont aussi celles qui procèdent le plus largement à l’avortement”, déclare-t-il en 2011. Et ne lui parlez pas de préservatif, cette “faible protection” contre les MST. En 2015, il a aussi défendu une loi sur la “liberté religieuse” dans l’Indiana, considérée comme une discrimination envers les communautés LGBT.

S’il a hésité un temps à se présenter à la l’élection de présidentielle américaine, Mike Pence fut un soutien de Ted Cruz avant d’être désigné par le camp républicain, le 15 juillet 2016 comme vice-président probable des Etats-Unis.

L’un de ces derniers faits d’arme comme gouverneur de l’Indiana est d’avoir voulu, en 2016, s’opposer à l’installation de réfugiés syrien dans son Etat au nom de la sécurité et de la probabilité, selon lui, que des terroristes se cachent parmi eux.

Il rejette la théorie de l’évolution

Au niveau international, Mike Pence est favorable au maintien des Etats-Unis dans l’Organisation mondiale du commerce, a approuvé l’invasion irakienne de 2003 et s’est opposé à la fermeture de Guantanamo.

Cerise sur ce triste gâteau, Mike Pence rejette la théorie de l’évolution comme il l’expliquait à MSNBC en 2009 :

“Est-ce que je crois à l’évolution ? J’embrasse l’idée selon laquelle Dieu a créé les cieux et ma Terre, les mers et tout ce qu’il y a dedans. La manière dont il l’a fait, je ne peux rien en dire, mais je crois en cette vérité fondamentale”.

Reste à savoir laquelle.

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Comment Far Cry 5 a mis l’extrême droite américaine à cran

L’illustration de “Far Cry 5”

Le Montana : ses vastes plaines verdoyantes, ses hautes montagnes et ses forêts denses. Un lieu touristique de rêve, mais aussi le prochain terrain de jeu de la licence Far Cry, le FPS en open-world du studio Ubisoft qui sortira le 27 février prochain.

Depuis ses débuts, les développeurs de la licence Far Cry ont l’habitude d’amener les joueurs dans des lieux exotiques. Des îles paradisiaques, l’Afrique, la région de l’Himalaya ou même la préhistoire dans l’épisode Primal, chaque nouveau jeu est l’occasion d’y découvrir un environnement nouveau et dépaysant.  Si ces lieux sont à chaque fois fictifs, les régions sont elles directement ancrées dans la réalité.

Appelez les Rednecks

Après avoir teasé le jeu durant quelques jours avec d’énigmatiques trailers environnementaux, Ubisoft a levé le voile sur la réelle teneur de ce nouvel épisode. L’intrigue prendra place dans la ville fictive d’Hope County, où l’Eden’s Gate, un culte de fanatiques religieux a pris le dessus sur la région, et ne rêve que d’une chose : faire un coup d’État.

Le joueur devra encore une fois, prendre la tête de la résistance locale et vaincre l’oppresseur à l’aide d’un arsenal et de multiples véhicules à sa disposition.

Le premier visuel du jeu (qui sera aussi sa jaquette) présente sous fond de remake de la Cène, le leader charismatique de cette joyeuse bande Joseph Seed, accompagné de ses apôtres et de sa famille trônant au milieu de dizaines de signes de la chrétienté et de l’Amérique. Le décor est planté.

Il n’en fallait pas plus pour déchaîner les passions. Pick-up, second amendement, chemises à carreaux et barbes hirsutes. Pas de doute, cette fois-ci les principaux ennemis de ce nouvel opus seront bien des suprématistes blancs aussi communément appelés “rednecks”.

A la base utilisé pour désigner les campagnards, ce terme souvent péjoratif  désigne aujourd’hui ces habitants de l’Amérique profonde, ignares, pro-NRA et conservateurs, à l’image des protagonistes du reality show Duck Dynasty  du mème Almost Politically Correct Redneck ou, pour rester dans la thématique, du personnage de Trevor Phillips dans GTA V.

“Jeu anti-Blanc”, “anti-chrétien”, “Contre l’Américain moyen”. Les réactions ne se sont pas fait attendre que ce soit sur Reddit, Twitter et même en France sur les forums JVC.

Le tweet le plus emblématique de ce mécontentement est bien celui de Paul Ray Ramsey, un youtuber et figure de l’alt-right américain qui condamne fermement ce choix.

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“Devinez qui sont les méchants du prochain jeu Far Cry ? Des terroristes musulmans qui font exploser des bombes ? Daech qui brûle des gens vivants ? Nope. Les chrétiens.”

Comme le montrent certains , il est vrai qu’il est difficile de ne pas voir une certaine extériorisation cathartique de la part des anti-Trump face à ce choix d’antagonistes.

Ce qui n’est pas du goût de tous, comme Will Hicks qui fustige sur le blog d’opinion Heat Street , ceux qui se réjouissent d’affronter “de potentiels électeurs de Trump” dans ce “plus flagrant simulateur de génocide de blancs depuis Battlefield 1”.

Un scénario basé sur la peur

Pourtant comme l’explique Emmanuel Carré  le porte-parole d’Ubisoft en France, contacté par Pixels-Le Monde.

“Far Cry 5, ce n’est pas l’histoire d’une personne en particulier, d’une religion ou d’un événement, mais il se dégage pourtant l’impression que l’univers de Far Cry est inspiré par le monde réel passé et présent – tout comme les livres, les documentaires, ou les films. FC5, c’est un travail de fiction qui est pensé pour immerger les joueurs dans un scénario plausible.”

Des paroles qui rejoignent celles partagées par Dan Hay, producteur du jeu sur le blog officiel d’Ubisoft.

L’histoire de ce Far Cry serait inspirée par l’atmosphère de peur ressentie par les Américains dans le début des années 80 alors en pleine guerre froide. Une atmosphère de fin du monde imminente qui a accompagné l’enfance de Dan Hay, dopé à des films comme Terminator ou War Games. Cette peur depuis disparue aurait selon lui ressurgi dans ces campagnes après la crise des subprimes de 2008.

“Je pense à ce que les gens ressentaient pendant ces moments. Que fait le gouvernement ? Où se trouvent celles et ceux qui protègent nos ressources, qui surveillent ce qui se passe ? Où se trouvent ceux qui tiennent les rênes et nous protègent ?”

Cette volonté d’assurer cette protection par soi-même, pour sa famille et ses proches se retrouve donc dans la vision du culte de l’Eden’s Gate.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un jeu d’Ubisoft provoque un certain remous. Récemment, ce fut le cas de Ghost Recon Wildlands mettant en scène une Bolivie fictive corrompue a fortement déplu au gouvernement bolivien.

Loin d’être négatif, cette récurrence de polémiques atteste en réalité d’une des qualités indéniables d’Ubisoft qui n’hésite pas à prendre certains risques et même à anticiper des phénomènes qu’ils soient sociaux ou culturels (comme dans Watch Dogs 2 où se mêle la dictature d’une surveillance globale et les hacktivistes de DedSec).

Il est d’autant plus intéressant de voir que le speech de Far Cry 5  fait déjà écho dans l’actualité récente avec l’affaire de l’occupation par une milice armée d’un refuge national à Malheur dans l’Oregon en 2016 (). Le chef de ces miliciens anti-gouvernement Ammon Bundy avait alors déclaré fait cela après avoir reçu “un message divin”.

ce choix de faire affronter aux joueurs des fanatiques religieux blancs, déjà pris comme ennemis dans Bioshock Infinite, relance encore une fois le débat et l’éternelle question de l’identité des protagonistes du jeu vidéo, un combat d’ailleurs cher aux extrémistes du gamergate. Pourtant il est ironique, comme le soulignent certains, de voir que le choix d’Ubisoft peut motiver ces nihilistes à demander plus de diversité dans les ennemis vidéoludiques.

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John Severson: disparition d’une légende du surf

John Severson. Capture d’écran Youtube.

Un jour, béni, John Severson vint m'ouvrir la porte et me dit, avec son sourire de publicité américaine des années 60 : “Bonjour, je suis John”. Je me gardais bien, tant le colosse maniait la modestie, de lui dire que je connaissais par cœur ses photos et récits, comme tant de gens ayant trop fréquenté la côte Basque et ayant construit autour de la mythologie Severson leur imaginaire et fantasmes.

Lui qui, jusqu’à récemmment, surfait encore à Hawaii vient de s’éteindre à l’âge de 83 ans. Photographe, artiste, réalisateur, sujet de films et documentaires en plus d’être un surfer de gros, John Severson avait lancé, avec triomphe, le magazine américain Surfer en 1959. Depuis 1972, cet écologiste convaincu avait quitté le continent américain pour s’installer à Maui, où il est décédé.

Il a largement contribué à faire passer le surf d’un sport confidentiel à un art de vivre, avec son esthétique, ses codes, son éthique et sa coolitude.

Dans son beau livre Surf (Editions Damiani), Severson ne photographiait pas un sport, techniquement, depuis l’eau : il shootait un vent de liberté. Ces images définissaient une génération qui refusa le gris et la rigueur de ses parents, qui découvrait qu’on peut dire non, qu’on est plusieurs, qu’il faut résister le plus longtemps possible à la dictature de la soumission, de la résignation. L’été sans fin, ce mythe sublime des surfers, c’est ça : repousser le plus loin possible l’automne, la vie d’adulte. Quelques mois de plus, quelques vagues de plus.

On ne veut ni lois, ni gouvernement. Dans l’eau, il reste que le surf, la liberté…” Et c’est exactement ce qu’il photographiait : ce moment où l’homme s’arrache à la terre, s’abandonne à ses rêves, échappe à la pesanteur.

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Mais oui, malgré les apparences, le monde va mieux

(Capture d’écran Youtube)

Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez !, avec ce titre qui ressemble à une odieuse provocation, Jacques Lecomte tente de nous ramener à une perception plus sereine de la réalité. Ce spécialiste de psychologie positive, une discipline qu’il s’emploie à mieux diffuser, affirme que les prophètes de malheur se trompent et que le monde et que l’humanité bénéficie de progrès constants et évidents, dont il présente les preuves chiffrées.

On peut trouver cet optimisme déplacé, au lendemain de l’atroce attentat de Manchester, après bien d’autres. Mais Jacques Lecomte refuse de passer pour un bisounours. Son petit livre n’est pas l’évangile d’un illuminé new age mais un exposé de courts chapitres, illustrés de graphiques et de chiffres tirés d’analyses scientifiques, qui démontrent que le sort de notre petite planète, si malmenée, est pourtant en voie constante d’amélioration, que ce soit en termes d’éradication de la misère, de développement de la démocratie, de la diminution de la violence et des guerres, et même – incroyable ! – d’un point de vue écologique.

La fin de la faim en 2030 ?

Ainsi l’extrême pauvreté a radicalement chuté depuis 1990, et plus d’un milliard de personnes y ont échappé. Rappelons que l’ONU en 2000 avait fixé l’ambitieux objectif de réduire de moitié la pauvreté dans le monde en 2015, ce but a été atteint cinq ans avant la date prévue. La faim a régressé, 19 % de la population mondiale souffrait de la sous-alimentation en 1190-1992 contre en 11 % en 2014-2016. Le directeur de la FAO , José Graziano de Souza estime  que “nous sommes tout à fait en mesure d’éliminer la faim de notre vivant” L’ONU fixe le cap de cette éradication à 2030.

L’éducation fait des progrès constants, la démocratie s’installe dans de plus en plus de pays et les nations vivant sous une forme plus ou moins démocratique dépassent maintenant le nombre de régimes autoritaires. La santé globale s’améliore et la mortalité infantile diminue de façon constante et rapide.

Diminution de la violence

En ce qui concerne la violence, Jacques Lecomte rappelle que les guerres ont diminué non seulement en fréquence mais aussi et surtout en nombre de victimes, après les grandes hécatombes des guerres mondiales. L’analyste évoque une tendance  séculaire vers une pacification des rapports entre les Etats, liée là aussi à l’extension des processus démocratiques (les démocraties rechignent à se faire la guerre). Il met en relation cette diminution des conflits avec ce que le sociologue Norbert Elias appelait la “civilisation des mœurs”, en lien avec l’auto-répression chez les individus des pulsions violentes.

Une tendance qui se manifeste dans la baisse des taux d’homicides, qui sont passés en France 20,2 pour 100 000 habitants au XVIe siècle à 0,7 % en 2000. Il rappelle qu’en région parisienne, les homicides ont baissé de 65 % en vingt ans.

Des succès dans la préservation de l’environnement

Venons-en à l’environnement, source des hypothèses les plus apocalyptiques. Jacques Lecomte affirme que, là aussi des éléments positifs peuvent servir d’exemples. Il cite la couche d’ozone qui retrouve peu à peu son niveau initial, grâce à l’abandon des produits qui la menaçaient, à la suite du protocole de Montréal en 1987. Un succès dans lequel Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, voit la préfiguration de ce que pourrait permettre la lutte contre le réchauffement climatique.

La déforestation diminue peu à peu, et dans certains cas emblématiques comme la forêt amazonienne, on constate même de réels progrès dus, en particulier, à l’action efficace des ONG.

L’essayiste relativise, tentative audacieuse, l’extinction des espèces et la diminution de la biodiversité. il remet en question les statistiques les plus médiatiques, toujours en s’appuyant sur les données les plus récentes, pour mettre en lumière les progrès permis par la prise de conscience de la gravité réelle de la situation. Ainsi les espaces protégés n’ont jamais été aussi étendus.

Pour conclure, Jacques Lecomte ne nie pas la gravité des crises et des troubles qui nous menacent, en particulier le terrorisme auquel il consacre un chapitre éclairant en comparant le nombre de victimes, absolument minime, à celui des accidents de la route et du tabac. Il s’attaque surtout à la sinistrose entretenue par les médias – on sait bien que les trains qui arrivent à l’heure ne font pas vendre les journaux – pour attirer les lecteurs et les clics.

Il souligne que le bombardement continu d’annonces de catastrophes inéluctables au final à une angoisse démobilisatrice et rappelle que ”l’excès d’information sur les problèmes sans montrer les solutions peut avoir un effet contraire à celui prévu.”

Frédéric Taddéi recevait en mars dernier Jacques Lecomte, dans son émission Hier, aujourd’hui, demain

 

Le Monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez, Jacques Lecomte (Les Arènes) 211 pages

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