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Coupe de 25% dans le budget des droits des femmes : quelles conséquences pour les associations ?

Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre hommes et femmes, le 5 juillet 2017 à l’Assemblée nationale (BUREAU / AFP)

Parmi les coupes budgétaires annoncées au Journal Officiel le 21 juillet, le secrétariat d’Etat en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes se retrouve particulièrement visé. Il se retrouve en effet amputé de 7,5 millions d’euros, soit environ 25% de son budget. Une mesure dramatique pour les associations féministes, aux moyens déjà limités.

Ces dernières avaient pourtant tiré la sonnette d’alarme, et un article du JDD avait amorcé la polémique en relayant leurs inquiétudes. Auditionnée à l’Assemblée nationale, Marlène Schiappa les avait alors accusées de diffuser des “fake news” en suggérant une baisse de leurs subventions. A ce stade, on peut parler de “fake fake news” ou de “fake news au carré”, ironisent certains utilisateurs sur Twitter. La crédibilité de la secrétaire d’Etat pourrait en avoir pris un coup.

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Moins de moyens, moins de personnel, disparition d’associations

Alors que les associations dénoncent déjà le manque de subventions, les coupes budgétaires auront des conséquences directes. Le champs d’action des associations qui garantissent l’accès à la contraception ou l’IVG, ou encore qui s’investissent dans l’accueil des victimes de violences sexuelles et sexistes, pourrait être considérablement réduit. L’ancienne ministre des Droit des femmes, Laurence Rossignol, s’est adressée dans une lettre ouverte au Premier ministre pour lui demander d”épargner” le budget du secrétariat, dont 2/3 concernerait ces associations.

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Interrogée par Les Inrocks, la militante féministe et ex-conseillère au ministère des Droits de la femme Caroline de Haas explique que diminuer les subventions accordées aux associations signifierait “un licenciement du personnel, la fermeture de permanences, et la disparition d’associations“. “À long terme, on peut imaginer que des départements entiers seront dépourvus de dispositif d’accueil“, s’inquiète-t-elle. Faute de moyens, certaines associations ont déjà mis la clé sous la porte. C’était par exemple le cas de Regain en novembre 2016, foyer d’hébergement pour les femmes victimes de violence à Strasbourg, dont le sort menace aujourd’hui la grande majorité des associations d’accueil. Aujourd’hui, les associations sont de “véritables prestataires des politiques publiques“, affirme Laurence Rossignol. “Elles font du service public, alors que normalement ça devrait être à l’Etat de s’en charger“, renchérit Caroline de Haas.

Incertitudes au secrétariat d’Etat

Au secrétariat d’Etat, les montants exactes des réductions budgétaires demeurent encore flous. “J’ai décidé de ne pas baisser les subventions émanant de mon Secrétariat d’Etat en direction des associations qui luttent contre les violences sexistes et sexuelles, l’une des priorités de ma feuille de route”, a annoncé Marlène Schiappa dans une lettre à Gérald Darmanin. En revanche, “pour limiter les abus”, le secrétariat compte désormais examiner méticuleusement chaque demande de subventions et mettre fin à leurs reconductions automatiques. Les associations devront également rendre compte de chacune de leurs actions.

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Selon la secrétaire d’Etat, la baisse de budget ne concernera donc que les “frais structurels“. Ces coupes devraient s’appliquer aux frais de fonctionnement du ministère, aux notes de frais et aux recours aux prestataires. Une promesse difficile à tenir car c’est “l’immense majorité du budget ministériel qui y est consacré“, s’inquiète Caroline de Haas, ancienne conseillère au sein du cabinet de Najat Vallaud-Belkacem entre 2012 et 2013.

En réaction à cette annonce et dans le but d’obtenir plus d’informations, plusieurs associations se mobilisent sous le hashtag #DDF. Parallèlement à l’organisation de manifestations, Caroline de Haas explique avoir mis en place hier une permanence dévouée à 3 tâches jusqu’à la fin de l’été : interpeller les députés sur leur boîte mail et publier leurs réponses, appeler les standards de l’Elysée, de Matignon et du secrétariat d’Etat chargé de l’égalité, et sensibiliser sur les réseaux sociaux. En un jour, 92 volontaires se sont déjà inscrits.

“Un signal politique très grave”

Promesse de campagne, l’égalité entre les femmes et les hommes devait être “la cause nationale du quinquennat” selon Emmanuel Macron. Pourtant, ces coupes budgétaires atteignent directement la légitimité du combat pour les droits des femmes.

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“C’est un signal politique très grave, souligne Caroline de Haas, on n’a jamais vu de sujet évoluer dans la société sans qu’on ne lui en donne les moyens”. À titre de comparaison, la militante rappelle la sensibilisation sur la sécurité routière. En 40 ans, on est passé de plus de 18 000 morts à moins de 4 000 grâce à une “impulsion politique massive“, comprenant “des campagnes de communication de 12 millions d’euros par an pendant 10 ans”. Pour changer les comportements, le combat pour l’égalité requiert des moyens tout aussi importants. Dans leurs emails aux députés, les associations mobilisées dénoncent un recul important de la lutte pour les droits des femmes :

“Alors qu’en France, en 2017, les femmes touchent encore des salaires inférieurs de 24%, assument une immense partie des tâches domestiques, sont insuffisamment représentée dans la plupart des espaces de pouvoir, sont des centaines de milliers à être victimes de viol, d’agressions sexuelles ou de harcèlement chaque année, cette baisse de budget est incompréhensible. Nous avons besoin de plus de moyens, pas de moins !”

Où est passée la priorité ?

En attribuant à la question des droits des femmes un secrétariat d’Etat plutôt qu’un véritable ministère, beaucoup reprochent au quinquennat d’avancer à reculons. Ce à quoi Marlène Schiappa répond en insistant sur “l’efficacité” d’un secrétariat rattaché à Matignon qui servirait “d’inter-ministérialité“.

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En termes de budget, la question de l’égalité ne se hisse clairement pas au rang des priorités. En 2016 déjà, le programme “Egalité entre les femmes et les hommes” au ministère des Droits des femmes ne percevait que 27 millions d’euros, soit 0.0066% du budget général selon un rapport du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE). Aujourd’hui, le budget alloué au secrétariat d’Etat figure toujours parmi les plus faibles.

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C’est le plus petit budget de l’Etat. Couper dedans, ça veut dire le faire quasiment disparaître“, estime Joanna Kocimska, présidente de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT). Par ailleurs, elle affirme n’avoir toujours pas perçu les subventions de l’Etat pour 2017. L’AVFT vit à crédit depuis maintenant 7 mois.

En attendant une réaction d’Emmanuel Macron, la newsletter féministe Les Glorieuses a demandé à Rihanna de glisser un mot sur les droits des femmes lors de sa prochaine entrevue avec le président (26 juillet). On ne sait jamais.

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Coupe de 25% dans le budget des droits des femmes : quelles conséquences pour les associations ?

Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre hommes et femmes, le 5 juillet 2017 à l’Assemblée nationale (BUREAU / AFP)

Parmi les coupes budgétaires annoncées au Journal Officiel le 21 juillet, le secrétariat d’Etat en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes se retrouve particulièrement visé. Il se retrouve en effet amputé de 7,5 millions d’euros, soit environ 25% de son budget. Une mesure dramatique pour les associations féministes, aux moyens déjà limités.

Ces dernières avaient pourtant tiré la sonnette d’alarme, et un article du JDD avait amorcé la polémique en relayant leurs inquiétudes. Auditionnée à l’Assemblée nationale, Marlène Schiappa les avait alors accusées de diffuser des “fake news” en suggérant une baisse de leurs subventions. A ce stade, on peut parler de “fake fake news” ou de “fake news au carré”, ironisent certains utilisateurs sur Twitter. La crédibilité de la secrétaire d’Etat pourrait en avoir pris un coup.

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Alors que les associations dénoncent déjà le manque de subventions, les coupes budgétaires auront des conséquences directes. Le champs d’action des associations qui garantissent l’accès à la contraception ou l’IVG, ou encore qui s’investissent dans l’accueil des victimes de violences sexuelles et sexistes, pourrait être considérablement réduit. L’ancienne ministre des Droit des femmes, Laurence Rossignol, s’est adressée dans une lettre ouverte au Premier ministre pour lui demander d”épargner” le budget du secrétariat, dont 2/3 concernerait ces associations.

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Interrogée par Les Inrocks, la militante féministe et ex-conseillère au ministère des Droits de la femme Caroline de Haas explique que diminuer les subventions accordées aux associations signifierait “un licenciement du personnel, la fermeture de permanences, et la disparition d’associations“. “À long terme, on peut imaginer que des départements entiers seront dépourvus de dispositif d’accueil“, s’inquiète-t-elle. Faute de moyens, certaines associations ont déjà mis la clé sous la porte. C’était par exemple le cas de Regain en novembre 2016, foyer d’hébergement pour les femmes victimes de violence à Strasbourg, dont le sort menace aujourd’hui la grande majorité des associations d’accueil. Aujourd’hui, les associations sont de “véritables prestataires des politiques publiques“, affirme Laurence Rossignol. “Elles font du service public, alors que normalement ça devrait être à l’Etat de s’en charger“, renchérit Caroline de Haas.

Incertitudes au secrétariat d’Etat

Au secrétariat d’Etat, les montants exactes des réductions budgétaires demeurent encore flous. “J’ai décidé de ne pas baisser les subventions émanant de mon Secrétariat d’Etat en direction des associations qui luttent contre les violences sexistes et sexuelles, l’une des priorités de ma feuille de route”, a annoncé Marlène Schiappa dans une lettre à Gérald Darmanin. En revanche, “pour limiter les abus”, le secrétariat compte désormais examiner méticuleusement chaque demande de subventions et mettre fin à leurs reconductions automatiques. Les associations devront également rendre compte de chacune de leurs actions.

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En réaction à cette annonce et dans le but d’obtenir plus d’informations, plusieurs associations se mobilisent sous le hashtag #DDF. Parallèlement à l’organisation de manifestations, Caroline de Haas explique avoir mis en place hier une permanence dévouée à 3 tâches jusqu’à la fin de l’été : interpeller les députés sur leur boîte mail et publier leurs réponses, appeler les standards de l’Elysée, de Matignon et du secrétariat d’Etat chargé de l’égalité, et sensibiliser sur les réseaux sociaux. En un jour, 92 volontaires se sont déjà inscrits.

“Un signal politique très grave”

Promesse de campagne, l’égalité entre les femmes et les hommes devait être “la cause nationale du quinquennat” selon Emmanuel Macron. Pourtant, ces coupes budgétaires atteignent directement la légitimité du combat pour les droits des femmes.

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“C’est un signal politique très grave, souligne Caroline de Haas, on n’a jamais vu de sujet évoluer dans la société sans qu’on ne lui en donne les moyens”. À titre de comparaison, la militante rappelle la sensibilisation sur la sécurité routière. En 40 ans, on est passé de plus de 18 000 morts à moins de 4 000 grâce à une “impulsion politique massive“, comprenant “des campagnes de communication de 12 millions d’euros par an pendant 10 ans”. Pour changer les comportements, le combat pour l’égalité requiert des moyens tout aussi importants. Dans leurs emails aux députés, les associations mobilisées dénoncent un recul important de la lutte pour les droits des femmes :

“Alors qu’en France, en 2017, les femmes touchent encore des salaires inférieurs de 24%, assument une immense partie des tâches domestiques, sont insuffisamment représentée dans la plupart des espaces de pouvoir, sont des centaines de milliers à être victimes de viol, d’agressions sexuelles ou de harcèlement chaque année, cette baisse de budget est incompréhensible. Nous avons besoin de plus de moyens, pas de moins !”

Où est passée la priorité ?

En attribuant à la question des droits des femmes un secrétariat d’Etat plutôt qu’un véritable ministère, beaucoup reprochent au quinquennat d’avancer à reculons. Ce à quoi Marlène Schiappa répond en insistant sur “l’efficacité” d’un secrétariat rattaché à Matignon qui servirait “d’inter-ministérialité“.

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En termes de budget, la question de l’égalité ne se hisse clairement pas au rang des priorités. En 2016 déjà, le programme “Egalité entre les femmes et les hommes” au ministère des Droits des femmes ne percevait que 27 millions d’euros, soit 0.0066% du budget général selon un rapport du Conseil Economique Social et Environnemental (CESE). Aujourd’hui, le budget alloué au secrétariat d’Etat figure toujours parmi les plus faibles.

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C’est le plus petit budget de l’Etat. Couper dedans, ça veut dire le faire quasiment disparaître“, estime Joanna Kocimska, présidente de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT). Par ailleurs, elle affirme n’avoir toujours pas perçu les subventions de l’Etat pour 2017. L’AVFT vit à crédit depuis maintenant 7 mois.

En attendant une réaction d’Emmanuel Macron, la newsletter féministe Les Glorieuses a demandé à Rihanna de glisser un mot sur les droits des femmes lors de sa prochaine entrevue avec le président (26 juillet). On ne sait jamais.

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Baisse des aides au logement : “Ces 5 euros vont faire mal”

Le 24 octobre 2012, des militants de la Fondation Abbé Pierre protestent contre les expulsions (Martin Bureau / AFP)

C’est un coup de massue auquel les organisations étudiantes ne s’attendaient pas. Ce samedi 22 juillet le gouvernement a rendu publique sa décision de baisser les aides au logement de 5 euros par mois (60 euros par an) à partir du 1er octobre. Alors que 6,5 millions d’allocataires (dont 800 000 étudiants) bénéficient des aides personnelles au logement, cela représenterait pour l’Etat une économie de 400 millions d’euros en année pleine. Cette annonce a déclenché une vaste polémique, alors que le gouvernement souhaite en parallèle baisser l’impôt de solidarité sur la fortune.

Les attaques viennent de toutes parts, de l’ex-candidat à la présidentielle Benoît Hamon, qui la juge “révoltante”, au député La République en marche Matthieu Orphelin, qui estime que “ce n’est pas neutre” pour les étudiants les plus précaires. Interrogés par Les Inrocks, le porte-parole de l’association Droit au logement (DAL) et celui d’Attac s’alarment des conséquences dramatiques que cette réforme pourrait avoir sur les plus démunis.

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“Les gens qui ont déjà du mal à boucler leurs fins de mois vont devoir faire un sacrifice de plus”

“Cette mesure est particulièrement odieuse car elle s’attaque à des aides qui profitent très largement aux personnes les plus fragiles : qu’il s’agisse des étudiants, qui ont souvent du mal à financer leurs études et ont donc besoin d’une aide au logement, ou des chômeurs et des précaires”, estime Dominique Plihon, économiste spécialiste des questions financières et porte-parole d’Attac. En effet, 48,6% des allocations logement sont versées aux 10% les moins riches des ménages, et 95,4% d’entre elles sont versées à la moitié la moins riche, comme le rappelle l’association Droit au logement. Or si cette somme semble dérisoire, elle représente plus de 1% du revenu annuel d’une personne au RSA.

“Les gens qui ont déjà du mal à boucler leurs fins de mois vont devoir faire un sacrifice de plus. Ces cinq euros vont faire mal”, constate amèrement Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole de Droit au logement (DAL).

L’injustice qui se dégage de cette réforme est d’autant plus criante que le gouvernement va simultanément baisser l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). “C’est incroyable que le gouvernement fasse cela au moment où il fait des cadeaux fiscaux aux plus favorisés, juge Dominique Plihon, co-auteur du Livre noir des banques (éd. LLL, 2015). La loi de finance de l’année prochaine présente en effet des perspectives de déductions fiscales massives pour les personnes les plus aisées : par exemple la réforme de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), qui va être considérablement réduit, puisqu’on ne taxera que le foncier, et plus du tout le patrimoine financier.”

Les profits immobiliers s’envolent depuis quinze ans

Plutôt que de faire des économies dans les dépenses sociales qui bénéficient aux populations les plus fragilisées, tous deux préconisent d’autres solutions. Dominique Plihon, qui milite avec Attac contre la fraude fiscale, estime que la lutte contre l’évasion fiscale est un moyen autrement plus efficace de renflouer les finances de l’Etats :

“Il y a un manque à gagner de l’ordre de 60 à 80 milliards d’euros par an en France à cause de l’évasion fiscale. Mais malheureusement on a appris hier que le gouvernement avait rétabli le verrou de Bercy, qui permet de bloquer une partie des poursuites menées à l’encontre des fraudeurs. Le gouvernement empêche donc de s’attaquer de manière directe à la fraude fiscale, tout en s’attaquant aux aides qui vont toucher des populations fragiles. C’est inacceptable.”

Pour Jean-Baptiste Eyraud, cette attaque contre les APL est d’autant plus incohérente que les loyers n’ont cessé d’augmenter depuis quinze ans. En effet, d’après les travaux de l’économiste à l’IRES Pierre Concialdi, depuis 1978 les profits tirés de l’activité immobilière et locative ont augmenté beaucoup plus vite que la moyenne générale des profits. En 2015 la différence entre la moyenne générale des profits et les profits immobiliers était de 32 milliards d’euros. “Ça traduit assez bien le problème. Si le gouvernement ne touche pas aux rentiers du logement, et laisse les loyers augmenter, il y aura de plus en plus d’expulsions et de moins en moins de capacité à se loger pour les plus démunis”, résume le porte-parole du DAL.

“Taxer les profits immobiliers pour recharger les caisses des APL”

D’après le DAL, le nombre d’expulsions forcées ne cesse d’augmenter chaque année : il y en a eu 15 220 en 2016. Cette situation pourrait empirer du fait de la baisse des APL, et plonger un plus grand nombre de personnes dans la grande pauvreté. Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, est monté au front ce 24 juillet pour tenter de justifier la réforme : “Moi, je ne veux pas minorer cette somme-là. L’effort est réel, ce n’est pas une question de justice ou d’injustice, c’est surtout la nécessité de trouver des solutions pour faire en sorte qu’on puisse maintenir les APL pour tous”, a-t-il déclaré. Pour Jean-Baptiste Ayraud, une solution existe pourtant, plutôt que de baisser les APL : “La solution c’est de baisser les loyers, et de taxer les profits immobiliers pour recharger les caisses des APL”. A bon entendeur ?

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Un an après la mort d’Adama Traoré, “ça ne sera plus jamais comme avant” à Beaumont-sur-Oise

Beaumont-sur-Oise, le 22 juillet 2017.

“Ils l’ont tué le jour de son anniversaire… Tu te rends compte ?” glisse une femme en béquille à une amie qui hoche la tête d’un air grave. Le 19 juillet 2016, Adama Traoré meurt à la suite de son interpellation, à la gendarmerie de Persan (Val d’Oise). Il a tout juste 24 ans. Les deux copines sont venues pour célébrer ce triste anniversaire, “pour ne pas oublier”. Un an presque jour pour jour après la mort d’Adama.

La famille Traoré a organisé l’évènement symbolique le 22 juillet. Une marche en forme de pèlerinage depuis la mairie de Persan, jusqu’à Boyenval, le quartier de Beaumont-sur-Oise où habitait Adama Traoré, en passant par la gendarmerie et l’appartement où les forces de l’ordre ont interpellé.

Assa Traoré, la soeur d’Adama mène la marche. En conférence de presse, quelques minutes avant le départ, elle a prévenu : “On ne lâchera pas, on ne veut pas une simple mise en examen, on veut un condamnation. Ce jour là, ils ont eu un droit de mort sur Adama. Ils devront payer.”

“Placage ventral”

”Ils”, ce sont les trois gendarmes qui ont interpellé son frère, le 19 juillet 2016. Ce jour là, alors qu’ils viennent pour le Bagui Traoré, le frère ainé d’Adama, le cadet s’enfuit. Il est retrouvé par les gendarmes dans un appartement de la ville. Ils se jettent à trois sur le jeune homme pour l’immobiliser. Technique controversée placage ventral. Le jeune homme de 24 ans décède quelques minutes plus tard.

Depuis, l’enquête piétine, quatre rapport se sont succédés, se contredisant parfois. Dans un premier temps, le Parquet avait annoncé que le jeune homme était mort “à la suite d’un malaise“. Mais un rapport parlait pourtant de “syndrome asphyxique”, laissant supposer que le jeune homme aurait été écrasé par les trois gendarmes. L’information judiciaire ouverte à la suite de la mort du jeune homme a été requalifiée en “violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner, par une personne dépositaire de l’autorité publique”.

Il y a quelque jours, l’Obs a eu connaissance d’enregistrements plus que compromettants pour les forces de l’ordre. Adama Traoré serait en fait mort avant l’arrivée des secours, contredisant tout ce qu’avait dit les gendarmes depuis lors. Ce qui semble aller dans le sens d’une bavure caractérisée.

“Maman blanche privilégiée très en colère”

Depuis les faits, il y a un an, le mot d’ordre n’a pas changé “Justice pour Adama”. Il est repris par le millier de personnes venu participer à la marche. Des personnalités telles que le chanteur Mokobé sont présentes pour marquer leur soutien. Mais ce sont surtout des anonymes qui battent le pavé derrière les banderoles et le camion où se trouvent les proches d’Adama Traoré.

Certains ont fait le déplacement depuis les villes voisines comme Bernes ou Bruyères. Loeticia, elle, est venue de Paris. Lunette de soleil et t-shirt noir floqué du slogan blanc “Justice pour Adama”, elle tire un caddie couvert de pancartes. “Je suis écoeurée”, gronde-t-elle en brandissant une pancarte dont “le message en dit long”. Sur celle ci : “Maman blanche privilégiée très en colère.” 

Pour cette mère de 46 ans, il n’y a aucun doute : si Adama Traoré est mort, c’est parce qu’il était noir. « Ce que vivent les Noirs et les Arabes est horrible. Il est tant de se réveiller. Moi je n’ai aucun problème quand je croise la police, pas eux. Pourquoi ? » Dans la foule, il y a de toutes les couleurs. Pas mal de jeunes, des hommes, des femmes, des blancs, des noirs. La marche se poursuit. Entrecoupée d’applaudissements frénétiques, lancés par les copains d’Adama.

En prison

Un silence un peu pesant s’installe lorsque le cortège passe devant la cour de la gendarmerie où le jeune homme a perdu la vie. Une minute de silence devait être observée. Les organisateurs abandonnent finalement l’idée devant les huées des manifestants.

Une longue litanie résonne de temps à autre. “Ce sont tous les gens qui sont enfermés à cause de la police ou qui sont mort”, explique une jeune mère à son fils. Deux d’entre eux, Bagui et Youssouf sont les frères d’Adam, interpellés lors de manifestations qui ont dégénérés et condamnés à plusieurs mois de prisons. “Enfermés pour nous intimider et nous faire taire”, assure Assa Traoré.

Un homme qui veut rester anonyme confie. “Mon frère aussi est en prison depuis les débordements. C’était un copain d’Adama, il a voulu protester pour son ami. Mais c’est des jeunes. Ils ne faisaient rien de mal.”

“Ça ne sera plus jamais comme avant”

A Beaumont-sur-Oise, depuis ”l’affaire Adama”, les relations entre les gendarmes et la population se sont dégradées. “C’est tendu, confirme Jonathan. Ça ne sera plus jamais comme avant.” Cet homme de 52 ans toujours habité là. “Franchement, c’est une ville tranquille, pas du tout une banlieue chaude.” De fait, la ville est plutôt coquette, remplie de maisons en pierres et fleuries. Le quartier d’où vient Adama Traoré, Boyenval, est bien loin des grands ensembles glauques qu’on retrouve dans d’autres cités de banlieue. De petits préfabriqués un peu tristes, mais “ça va, c’est pas Saint-Denis”, sourit Jonathan.

Selon lui, à Beaumont, “Les gendarmes cherchent, affirme-t-il. Ils contrôlent systématiquement les jeunes et depuis la mort d’Adama, ça part vite.” Quelques jeunes gens d’une vingtaine d’années hochent la tête, confirmant se faire contrôler régulièrement “et pour rien“.

“C’est ici qu’on lui a pris la vie”

Le cortège s’arrête un instant dans une petite rue, devant un immeuble défraichi. Assa Traoré prend alors le micro. “Voilà l’appartement où est mort Adama. C’est ici qu’on lui a pris la vie. C’est ici qu’ils ont décidé qu’Adama n’allait pas vivre.” Avec son bandeau jaune et bleue qui retient ses cheveux épais, elle a fière allure. Sa voix tremble un peu, mais elle n’hésite pas. Avec la même verve depuis un an. “Il y a l’ombre d’Adama partout ici, souffle-t-elle. Là où il a eu ses dernières pensées pour sa famille.” Avant d’observer une minute de silence pesante, la jeune femme exhorte la foule. “Ayez une dernière pensée pour lui.”

La marche se termine dans le quartier de Boyenval. Sur le terrain de foot, épicentre des bâtiments, des tables ont été dressé pour un forum et un repas. Mais avant, Assa Traoré tient à ce que tout le monde se mette en cercle. Au centre, une démonstration pour résister aux placages ventraux et savoir comment réagir.

Aux abords du terrains de foot, on retrouve Loeticia avec ses cartons. En tirant sur sa cigarette, elle explique qu’elle en fait un nouveau à chaque fois qu’elle se rend dans les manifestations ou les rassemblements . Elle en revendique « environ 260 ». Elle sourit tristement : « Je commence à en avoir beaucoup pour les bavures policières. »

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Le duel McEnroe/Borg: retour sur l’un des plus grands combats de l’histoire du sport

Björn Borg et John McEnroe avant leur homérique finale à Wimbledon, le 5 juillet 1980 © Bob Thomas/Getty Images

Nous sommes en 1979. John McEnroe est opposé à Björn Borg en demi-finale du tournoi de La Nouvelle-Orléans. C’est la troisième confrontation en carrière entre les deux hommes, une victoire partout pour le moment. On est à 5-5 au troisième set, et McEnroe est en train de péter un câble au fond du court, pour changer.

Mac est le feu, et Borg la glace. “Fire and Ice”, c’est ainsi qu’on a surnommé leur rivalité, qui au fond n’en était pas vraiment une… A La Nouvelle-Orléans, McEnroe est fou de rage donc, il jette sa raquette, shoote dedans, crache, hurle, se tire lui-même les cheveux. Le public américain siffle. Borg, 23 ans, n’en revient pas de voir Mac – qui vient d’en avoir 20 – se mettre dans un état pareil.

Une confrontation majeure dans l’histoire du tennis

Le Suédois est au filet, et il fait un signe à l’Américain. On pourrait craindre le pire, mais Borg a le sourire. Il dit : “Viens voir John, viens voir. McEnroe a le trouillomètre à zéro. Il hésite à y aller. Il a peur de se faire pulvériser par le numéro un mondial. Il a honte, presque. “Je pensais qu’il allait me hurler dessus”, confiera Mac quelques années plus tard. Borg insiste, ramène-toi mec.

L’Américain avance et arrive à la hauteur d’un type qui lui sourit à nouveau et lui lance : “Pourquoi tu te mets dans un état pareil, ce n’est qu’un jeu.” McEnroe repart avec un sourire étrange. On pense que c’est de l’ironie, et qu’il se demande bien au fond de lui-même pourquoi ce grand échalas nourri aux Krisprolls peut lui dire une connerie pareille. Mais non, Mac est soulagé, il se sent alors, il le racontera ensuite, “accepté par Borg”. Et vous imaginez bien qu’en 1979, quand on est joueur de tennis, ça n’est pas rien.

A La Nouvelle-Orléans, McEnroe finira par cuire Borg en trois sets. On est aux prémisses d’une confrontation majeure dans l’histoire du tennis et du sport en général, qui durera en gros quatre ans, jusqu’à la retraite anticipée de Borg en 1983 (il a alors tout juste 26 ans).

Quatorze matchs, sept victoires partout, du grand art à chaque rencontre, avec un sommet en 1980 en finale de Wimbledon, remportée par Borg 8-6 au cinquième set dans ce qui pourrait être l’un des sommets du tennis mondial avec quelques Nadal-Federer (celui de janvier dernier en Australie n’était pas si mal, avouez).

(suite…)

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Projet de loi anti-terroriste : vers un état d’urgence permanent

JACQUES DEMARTHON / AFP

Emmanuel Macron avait annoncé le 3 juillet dernier devant le Parlement réuni en congrès à Versailles qu’il lèverait l’état d’urgence. Instauré au lendemain des attaques terroristes du 13 novembre 2015 à Paris, il a été prorogé six fois par l’Assemblée Nationale et a été vivement critiqué par nombre d’observateurs de la vie juridique, accusé d’être inefficace et liberticide. Seulement voilà, la sortie annoncée de l’état d’urgence s’accompagne de l’adoption d’un projet de loi anti-terroriste. Débattu cette semaine au Sénat après un passage express à l’Assemblée Nationale, il constitue pour Vanessa Codaccioni ni plus ni moins qu’une transcription des mesures d’état d’urgence dans le droit commun.

“On va rendre l’état d’urgence permanent !”

En effet, malgré l’emploi de termes nouveaux, l’esprit demeure le même et on retrouve les principales mesures d’état d’urgence dans le projet de loi présenté au Parlement. Les perquisitions sont ainsi renommées “visites” et les assignations à résidence “mesures de surveillance individuelles”.

“C’est exactement la même chose mais en pire !” affirme Vanessa Codaccioni. Selon elle, le principal problème du projet de loi consiste en ceci qu’il ne sera désormais plus attaquable puisqu’inscrit dans le marbre de la loi et par conséquent invisibilisé. “La première dérive c’est qu’on ne pourra plus critiquer l’état d’urgence. […] Je préfère qu’on proroge l’état d’urgence plusieurs fois que ce qu’on est en train de faire.” En effet, jusqu’à présent, c’était l’Assemblée Nationale qui décidait s’il fallait ou non proroger l’état d’urgence, chaque fois qu’il arrivait à son terme. L’adoption de ce projet de loi en revanche, donne aux dispositions adoptées un caractère définitif.

Qui plus est, le fait de conférer à l’administration et à la police des pouvoirs aussi étendus, pose la question des dérives. “Tout ça va rester dans le droit et pourra potentiellement être utilisé par d’autres personnes au pouvoir dont on ne connaît pas les intentions” ajoute V. Codaccioni en s’inquiétant de qui accédera au pouvoir dans cinq ans, dix ans…

Inefficace et porteur de dérives

Plusieurs associations et organisations internationales dont des rapporteurs de l’Organisation des Nations Unies qui dénonçaient des “restrictions excessives et disproportionnées sur les libertés fondamentales” et Amnesty International s’étaient déjà inquiétés des dérives de l’état d’urgence et de l’usage détourné qui était fait de ses dispositions. L’association rappelle ainsi que dans le cadre de l’état d’urgence, “639 mesures d’interdictions individuelles de manifester ont été prises contre des personnes dont 21 dans le cadre des manifestations liées à la COP21, et 574 dans le cadre des manifestations contre la loi travail”.

Déplorant l’utilisation qui a été faite du dispositif par les gouvernements de M. Valls et B. Cazeneuve qui ont “appliqué des dispositifs anti-djihadistes à des militants écologistes et contre la loi travail”, Vanessa Codaccioni précise “Dans l’état d’urgence comme dans le projet de loi, à aucun moment il n’est fait référence au terrorisme islamiste. La cible visée n’est pas spécifiquement identifiée. […] Ces dispositifs vont pouvoir être réutilisés contre la contestation politique et contre les militants.”

Il est en effet à craindre qu’en dépit de ses déclarations en matière de protection des libertés individuelles, le gouvernement ne poursuive la dynamique d’“assimilation du militantisme au terrorisme” engagée sous le précédent quinquennat. Cette tendance remonte même plus loin, on peut voir dans l’affaire dite de Tarnac et dans le traitement qui en avait été fait par Nicolas Sarkozy (ou encore dans la répression des manifestations du G8 ou du G20 à l’étranger), les prémisses de cette mise sur un pied d’égalité de la contestation politique et du terrorisme islamiste.

Normaliser l’exceptionnel : la banalisation d’un état d’urgence pourtant inefficace

“On est en train de construire un appareil antiterroriste monstrueux” déplore la chercheuse pour qui l’inscription des mesures d’état d’urgence dans le droit commun relève d’une volonté d’écarter le pouvoir judiciaire pour confier la gestion du risque terroriste à une administration beaucoup moins soucieuse de protection des libertés individuelles.

On vit dans une société où la grande majorité des gens est favorable à l’état d’urgence pour de mauvaises raisons parce qu’ils croient que c’est efficace et que ça ne les concerne pas directement.

Outre les limitations apportées au droit de manifester, la surveillance de masse développée par les législations antiterroristes successives depuis les années 1980, concerne en effet tout un chacun.

De plus, on passe selon elle “de la répression d’un acte à la répression d’une intention”, si la justice prédictive est le propre de l’antiterrorisme, ses conséquences sur les libertés individuelles s’annoncent potentiellement dévastatrices. Selon V. Codaccioni toujours, la justice – jugée trop lente, trop laxiste, trop indépendante aussi – a perdu son rôle central depuis longtemps au profit de la police et de l’administration : “le moment du jugement n’est plus important, c’est l’avant procès qui compte”.

La relative inefficacité de l’état d’urgence a pourtant été démontrée. Les attentats déjoués depuis deux ans ne l’ont en effet pas été grâce à lui et il n’y a pas de raison de penser qu’il sera capable de prévenir les attentats à venir. “Il n’est pas efficace en matière de lutte antiterroriste, ça a été démontré” affirme la chercheuse en s’appuyant sur les maigres résultats obtenus malgré les nombreuses perquisitions effectuées.

Une opération de communication de l’exécutif ?

Alors pourquoi cette loi ? Si Vanessa Codaccioni considère l’état d’urgence inefficace, elle estime néanmoins “qu’il a une efficacité politique et une efficacité en termes de communication”. Devant le parlement réuni en congrès, Emmanuel Macron avait déclaré :

Abandonner nos libertés c’est apporter à nos adversaires une confirmation que nous devons leur refuser. De tous temps, les adversaires de la démocratie ont prétendu qu’elle était faible et que si elle voulait combattre, il lui faudrait bien abandonner ses grands principes. C’est exactement le contraire qui est vrai. Le code pénal tel qu’il est, les pouvoirs des magistrats tels qu’ils sont, peuvent, si le système est bien ordonné, bien organisé, nous permettre d’anéantir nos adversaires. Donner en revanche à l’administration des pouvoirs illimités sur la vie des personnes, sans aucune discrimination, n’a aucun sens, ni en termes de principes, ni en termes d’efficacité.

Pour la chercheuse “c’est un tour de passe-passe incroyable. […] C’est pour le coup de la poudre de perlimpinpin !”, une “manoeuvre de communication politique consistant à faire croire qu’on sort de l’état d’urgence alors qu’on y est toujours […] on explique qu’on va écourter l’état d’urgence comme règle d’exception, mais on va seulement banaliser l’exception en la faisant rentrer dans le droit”, il s’agit selon elle d’une “incohérence totale dans le propos”.

Dans la nuit de mardi à mercredi, le Sénat a voté plusieurs amendements qui viennent édulcorer le texte avant son second passage devant l’Assemblée Nationale prévu en octobre. Il est cependant vraisemblable que les députés En Marche qui composent la majorité ne retirent les modifications apportées au projet de loi et ne rajoutent les mesures voulues par un exécutif soucieux de soigner sa posture d’autorité. “On ne peut pas se satisfaire de ces amendements, il faudrait ne pas le voter du tout” conclut-elle.

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Prostitution en Allemagne: bientôt la fin des soirées gangbang ?

Une prostituée dans un bordel berlinois (© John MacDougall / AFP)

Au King George, le client est roi… pour la modique somme de 49 euros. Une fois les billets alignés, les clients de cette maison close du quartier berlinois de Schöneberg peuvent consommer bières, cocktails et prostituées à volonté. Ce bordel fait partie des nombreux établissements allemands qui ont repris ces dernières années le modèle économique du “all you can eat” des buffets à volonté chinois en le transformant en “all you can fuck”. Surnommés bordels “flatrate” (“au forfait”), ces lieux sont devenus en Allemagne le symbole de ce que le secteur de la prostitution peut avoir de plus sordide.

Le commerce du sexe est légal outre-Rhin depuis 2002, et c’est un secteur florissant : selon l’Office allemand de la statistique, le chiffre d’affaires des bordels représenterait chaque année plus de 14 milliards d’euros à l’échelle du pays. Avec sa législation libérale, l’Allemagne est devenue au cours de la décennie passée “le bordel de l’Europe”, comme on peut le lire dans les nombreux articles de presse parus ces dernières années sur le sujet.

“Paradis pour les trafiquants d’êtres humains»

Berlin n’attire pas seulement les touristes pour son Mur et ses clubs électro, mais aussi pour ses bordels. La capitale allemande compte à elle seule près de 400 maisons closes et plus de 2 000 prostituées selon les estimations de la police berlinoise.

En 2013, la féministe allemande Alice Schwarzer, fondatrice de la revue Emma, a relancé le débat sur la libéralisation de la prostitution en publiant une enquête qui dénonce les nombreux abus dont continuent d’être victimes les prostituées qui travaillent dans ces bordels au fonctionnement relativement opaque. Dans son livre Prostitution, un scandale allemand, Alice Schwarzer affirme que cette législation permissive a fait le lit des réseaux mafieux, et que l’Allemagne s’est muée en “paradis pour les trafiquants d’êtres humains”.

“Plus facile d’ouvrir un bordel qu’une baraque à frites”

Trois ans plus tard, une nouvelle loi entrée en vigueur début juillet est censée mieux protéger les prostituées en encadrant plus la pratique du sexe tarifé: le port du préservatif est désormais obligatoire chez les clients, les travailleuses du sexe sont tenues de déclarer leur activité auprès des autorités sanitaires et les patrons de bordel de demander une autorisation pour pouvoir poursuivre leur activité ou ouvrir un nouvel établissement.

“Ici il est plus facile d’ouvrir un bordel qu’une baraque à frites”, avait déploré l’an dernier Manuela Schwesig, ancienne ministre allemande de la Famille, lorsque le projet de loi avait été examiné au Bundestag. Un des grands objectifs de cette loi était d’interdire l’organisation de soirées gangbang, durant lesquelles une prostituée a des rapports sexuels avec plusieurs clients à la fois, et le principe-même des formules “sexe à volonté”, au motif que ces pratiques seraient dégradantes pour les travailleuses du sexe.

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Mais le texte qui a finalement été adopté par le Bundestag, après maints remaniements, ne fait pas explicitement référence à ces pratiques, mais à la notion de “consentement sexuel”.

Quelques semaines après l’entrée en vigueur de la loi, force est donc de constater que rien ne semble avoir changé. Les bordels flatrate de la capitale allemande continuent d’attirer le client avec des “forfaits tout compris”, des dizaines d’orgies et soirées gangbang sont annoncées pour les prochaines semaines sur les sites spécialisées et les prostituées qui ont fait de cette pratique leur fonds de commerce continuent de proposer leurs services sur la toile. La nouvelle loi entretient en effet le flou sur la conduite à adopter, dénonce Charlie, une des porte-parole du BesD, l’Association allemande des services érotiques et sexuels:

“Il y a beaucoup de gens qui ne savent pas aujourd’hui si ce qu’ils font est interdit ou pas. Les gens continuent donc à faire ce qu’ils estiment être correct et attendent de voir ce qu’il va se passer.”

“La dynamique de groupe va plutôt dans le sens d’un contrôle mutuel”

Charlie considère que la pratique du gangbang n’est qu’“une forme du travail du sexe» et que celle-ci est d’ores et déjà encadrée:

“Les gangbangs obéissent à des règles précises. On définit à l’avance ce qui est possible et ce qui ne l’est pas. Les limites que pose la prostituée sont explicitement communiquées aux clients. Il est bien sûr difficile, pendant un gangbang, de dire à chaque client si on veut ou pas avoir des relations sexuelles avec lui, mais cela irait contre le principe d’un gangbang, car sur le moment cela importe sans doute peu.”

Elle estime d’ailleurs que la présence simultanée de plusieurs clients garantirait un certain contrôle social plus qu’elle ne constituerait un danger pour la prostituée:

“Je pense que la dynamique de groupe va plutôt dans le sens d’un contrôle mutuel plutôt que d’un pétage de plombs collectif.”

Au suivant…
Ouvert depuis 2010, le bordel berlinois Erlebniswohnung s’est spécialisé dans les gangbangs. Le tenancier, Mustafa, insiste à maintes reprises sur le fait que les Herrenüberschuss-Parties – comme on appelle dans le jargon ces orgies où les hommes sont en surnombre par rapport aux femmes présentes – qu’il héberge n’ont pas uniquement lieu avec des prostituées mais aussi avec des femmes qui ont envie de vivre ce fantasme, bien que ces dernières soient également “défrayées” pour leur participation. Lui aussi insiste sur le fait que les gangbangs qui ont lieu dans son bordel ne donnent pas lieu à un déchaînement de violence:

“Chacun attend que l’autre ait fini, et c’est la femme qui est au centre qui décide.”

Son établissement de la banlieue berlinoise ouvre chaque jour ses portes dès le matin. Droit d’entrée avec buffet à volonté: 89 euros les jours de semaine, 99 euros le week-end. “Les hommes payent uniquement pour participer à la fête, ils ne peuvent pas prétendre à avoir des relations sexuelles une fois à l’intérieur”, assure-t-il, même si on imagine mal des clients débourser une telle somme pour passer leur après-midi en claquettes, une serviette de bain autour des hanches, à grignoter des cacahouètes au comptoir. Le bordel attire de nombreux touristes étrangers:

«Ils représentent environ un tiers de notre clientèle. On a beaucoup d’Italiens, d’Israéliens, de Français, mais aussi des Américains, des Suédois, des Britanniques…»

Depuis début juillet, son établissement est plus calme qu’à l’accoutumée: “Il n’y a pas assez d’hommes en ce moment. Beaucoup de clients m’ont appelé pour me dire qu’ils étaient embarrassés, qu’ils ne savaient pas quelles conséquences avait la loi et qu’ils avaient peur d’être sanctionnés”, rapporte Mustafa.

La nouvelle loi prévoit en effet tout un éventail de sanctions pour les clients qui ne respecteraient par exemple pas le port du préservatif ou fréquenteraient des prostituées exerçant contre leur gré. Peine maximale: cinq ans de prison.

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