Archives du mot-clé actues

Plongée dans le marché noir d’Instagram

Se faire passer pour Scarlett Johansson ou EnjoyPhoenix sur Instagram n’aura jamais été aussi facile. Selon une enquête rondement menée par les journalistes de Mashable, il est désormais possible d’acheter la certification de son compte. Officiellement, la procédure est pourtant de longue haleine. Si Twitter et Facebook permettent à leurs adeptes de quémander ce badge certifié (à condition de justifier le pourquoi du comment), Instagram fait figure d’exception. Si bien que le fameux icône bleu coché en blanc se gagne uniquement grâce à une certaine notoriété.

Apparus en 2014, ces « badges vérifiés » prouvent « qu’Instagram a vérifié qu’il s’agit d’un compte authentique pour la personnalité publique, la célébrité ou la marque mondiale qu’il représente » et sont officiellement réservés à « certaines personnalités, célébrités et marques […] pour [lesquelles] la probabilité d’usurpation d’identité est très élevée. »

Capture d’écran Instagram Neymar

Officieusement pourtant, il semblerait que certains utilisateurs réussissent à obtenir le saint-Graal sans aucun statut particulier. Plutôt que de travailler leur réputation numérique, ces derniers préfèrent passer par un marché noir tenu par des salariés d’Instagram qui vendent la petite coche pour des sommes mirobolantes. Vous l’aurez compris, la pratique n’a pas une once de légalité. Mais ne manque pas de générer un marché juteux.

Entre 1 200 et 6 000 dollars

Contacté par Mashable, James, un vendeur de certification, a accepté de témoigner et s’est avéré des plus prolixes sur son parcours. Après s’être fait connaître en vendant des comptes Instagram aux intitulés populaires (et donc à la valeur ajoutée), il est entré en contact avec un salarié du réseau social intéressé par ses services d’intermédiaire. Depuis, James propose son catalogue de certifications aux acheteurs potentiels, tandis que son collègue assure la prestation.

La preuve d’authenticité n’est pas à la portée de n’importe quelle bourse. Tarif du jeton bleu : 1 200 dollars (1 000 euros environ), qui tombent directement dans les poches du salarié infiltré. Sans compter les frais annexes qui composeront la commission de l’intermédiaire.

D’autres revendeurs, eux, agissent en toute discrétion via la plateforme de discussion instantanée Messenger. Sauf que le « précieux », permettant de confirmer qu’un compte appartenant à une personnalité, une entreprise ou une marque est authentique, s’obtiendrait cette fois-ci contre la coquette somme de 6 000 dollars (5 000 euros).

Rentabilité assurée

Un investissement qui s’avère plus que rentable, tant l’emblème bleu peut aider ses propriétaires à gagner en légitimité auprès de la communauté d’Instagram (qui regroupe aujourd’hui plus de 700 millions d’usagers). Face à autant de clients potentiels, certaines entreprises ne rechignent pas à accroitre leur visibilité.

Autre cible, les aspirants « influenceurs ». A l’image des idoles issues de la télé-réalité, d’héritiers de familles fortunées ou mannequins particulièrement prisés, les influenceurs en devenir voient là un tremplin vers la gloire. Ils n’ont pas vraiment tort : gage de reconnaissance (et donc de confiance) des grandes marques, la certification octroie certains avantages comme des partenariats et/ou des parrainages.

Shop this look with @liketoknow.it –> http://liketk.it/2sKj5 #liketkit

Une publication partagée par Caroline Receveur (@carolinereceveur) le

//platform.instagram.com/en_US/embeds.js

Se faire passer pour quelqu’un d’autre

Moult d’utilisateurs « lambda » semblent, eux aussi, désireux de voir leur profil certifié, simplement pour se sentir importants et désirés. La petite coche sous-entendant in fine que vous êtes quelqu’un « sur qui il faut compter ». Enfin, à condition de bien utiliser son propre compte avec ses propres photos.

Eh oui : le symbole d’authenticité se monnayant, se faire passer pour x célébrité est désormais un jeu d’enfant. Un bon moyen d’attirer attention et susciter l’admiration par procuration sans pour autant risquer gros. En effet, aussi surprenant cela puisse-t-il paraître, les personnalités publiques ne traquent pas vraiment les faux comptes.

Seuls ceux aux posts particulièrement désobligeant et/ou calomniant n’échappent pas à leur radar. « Si une ‘star’ l’apprend et que cela lui pose problème, elle peut lancer une procédure pour usurpation d’identité ! atteste Arnaud Duranthon, maître de conférences en droit public à l’Université de Strasbourg. Avant de nuancer, pluralité des faux comptes oblige, mais c’est assez improbable je pense…  » Bref, si l’envie vous prend de vous faire passer pour David Beckham ou Emily Ratajkowski sans intention offensante ou malveillante, a priori, vous voilà protégé.

Sécurité faillible

Si les porte-paroles d’Instagram affirment avoir déjà licencié un grand nombre de ses salariés pris en flagrant délit, force est de constater que les certifications se vendent toujours aussi bien sous le manteau. Autant dire que la firme aux célèbres filtres accumule les tracas : on estime aujourd’hui que sur le « black market », plus de 200 millions de comptes, piratés, sont à vendre. La faute à un bug de sécurité qui sévit depuis des années et qui n’a été corrigé qu’en ce début de mois de septembre. Trop tard : la faille a été largement exploitée, numéros de téléphone et adresses mail récupérés, données privées revendues au plus offrant.

Capture d’écran Doxagram

Des boutiques en ligne comme doxagram.to, doxagram.su ou doxagram.ws permettent même, pour une dizaine de dollars, d’avoir des informations sur Donald Trump, Beyoncé, ou encore le footballeur du PSG, Neymar. Et quand les données vendues à la sauvette ne trouvent pas preneur, tant pis : les pirates les lâchent sans crier gare. En distribuant par exemple, au cours de l’été dernier, des clichés du chanteur Justin Bieber entièrement nu via le compte Instagram piraté de son ex, Selena Gomez. Pauvre Justin, certes, mais aussi et surtout, pauvres de nous.

from Les Inrocks – actualite http://ift.tt/2xP49An
via IFTTT

Publicités

« Russia Today est l’instrument le plus emblématique et efficace du soft power russe »

A l’occasion du lancement de RT France à la télévision française en décembre 2017, nous avons interrogé à ce sujet Maxime Audinet, doctorant à l’université Paris-Nanterre en pleine préparation d’une thèse sur le soft power russe. « Organe d’influence », « info alternative » ou encore « ligne éditoriale kremlino-compatible » : retour avec lui sur les enjeux entourant l’arrivée de cette chaîne, financée par l’Etat russe de Poutine, dans le paysage médiatique hexagonal.

Quelle définition donneriez-vous à RT ? 

Maxime AudinetRT est, sur le plan institutionnel, la branche télévisuelle et en ligne de ce qu’on appelle la “diplomatie publique” médiatique (ou également, en France, « l’audiovisuel extérieur public »), au côté de Sputnik (radios et média en ligne) et Russia Beyond the Headlines.

Les instruments de diplomatie publique sont destinés à des audiences étrangères, afin de les influencer en propageant une certaine vision du monde (“objective”, “alternative”…), en soutenant un agenda politique précis (vision d’un monde multipolaire), en diffusant des valeurs données (liberté d’expression, droits de l’homme, valeurs “traditionnelles”…), ou en tentant d’améliorer l’image du pays émetteur. Sur ce point formel, RT rejoint dans l’espace médiatique international les grands médias transnationaux que sont BBC World, Al Jazeera, Voice of America, CNN International, CGTN (Chine), France 24 ou la Deutsche Welle.

RT peut être ainsi tout à fait considéré comme un « organe d’influence » et un instrument de politique étrangère, pour deux raisons. Premièrement, sur des éléments concernant directement la Russie, sa ligne éditoriale (choix des news, invités, chroniqueurs) reflète directement la ligne officielle du gouvernement russe. Deuxièmement, sur ses différents théâtres de diffusion, RT cherche à s’adapter à ses audiences cibles, de manière toujours compatible avec les positions officielles : anti-américanisme et positions très à gauche en Amérique latine (RT en español) ; positions souverainistes, eurosceptiques et antilibérales en Europe (RT France, RT UK, RT Deutsch) ; positions pro-Assad, généralement pro-palestiniennes ou pro-défense des chrétiens d’Orient sur RT Arabic ; sur RT America, particulièrement intéressant, combinaison de positions anti-néoconservateurs (majorités de “réalistes” invités en plateau, autour de l’école de John Mearsheimer notamment [politiste américain lié à l’école néo-réaliste – ndlr]) et anti-libérales (nombreux “chomskistes” [du nom du linguiste critique américain Noam Chomsky, ndlr] travaillent ou son invités chez RT America).

La grande particularité de la chaîne, par rapport aux chaînes internationales occidentales, repose sur la revendication d’un ligne clairement engagée et “kremlino-compatible”, qui cherche avant tout à relativiser une “vision occidentale” des événements considérée par Moscou comme homogène, unilatérale et biaisée.

De quelle manière cette ligne éditoriale se traduit-elle ?

Cette ligne éditoriale s’organise autour de deux éléments clefs. Premièrement, RT assume ses liens avec l’Etat-actionnaire russe, qui la finance à hauteur de 300 millions d’euros en 2017 (soit au-dessus de France Médias Monde [

France Médias Monde [qui réunit France 24, la chaîne d’information continue trilingue, RFI, Monte Carlo Doualiya, la radio universaliste en langue arabe – ndlr] et légèrement au-dessous de la Deutsche Welle). Deuxièmement, RT se revendique comme une source d’information « alternative », prenant systématiquement le contre-pied des médias européens et américains qu’elle qualifie de “médias mainstream – MSM » (en France, par exemple, France 2, TF1, Canal, Le Monde, Le Figaro et Libé, voir leur listing ici). Le but déclaré est de montrer “l’envers du décor”, “l’autre côté de l’histoire”. La rédaction (sa boss Margarita Simonian en particulier) considère qu’il ne peut y avoir d’objectivité dans l’espace médiatique international, qu’elle conçoit comme constitué de plusieurs régimes narratifs, selon les pays émetteurs.

On pourrait donner mille exemples, des reportages sur la liesse des populations d’Alep-Ouest après la “libération” (de la ville rebelle par l’armée d’Assad, cf vidéo ci-dessous – ndlr) à la couverture très critique des campagnes électorales des candidats « libéraux » comme Hillary Clinton et Emmanuel Macron, en partant de l’idée que l’immense majorité des MSM les soutenait directement ou implicitement.

Ce sont certainement ces deux éléments qui valent à RT les très nombreuses accusations de propagande dont elle fait l’objet, essentiellement dans les pays occidentaux. A noter que la distinction théorique entre la propagande et la diplomatie publique repose essentiellement sur le mode de communication à l’œuvre. Les deux processus ont le même objectif, celui de communiquer avec des audiences étrangères selon une ligne compatible avec les intérêts de leurs émetteurs (privés ou publics). La diplomatie publique se distingue de la propagande par sa capacité à écouter les attentes de ses audiences et à s’adapter à son audimat, là où la propagande propose un message rigide et unilatéral. RT, de ce point de vue, me paraît clairement jouer sur les deux tableaux, selon les sujets abordés.

RT arrive donc à la télé française en décembre 2017. De quel œil voyez-vous le lancement de cette chaîne ?

Le lancement de la chaîne française était dans les tiroirs de RT avant le début de la crise ukrainienne. Les fonds débloqués par le budget russe fin 2016 (1,22 milliard de roubles) correspondent vraisemblablement à une volonté de lancer la chaîne pendant la campagne présidentielle, alors que les perspectives de voir élire un candidat favorable à une détente des relations avec la Russie sont alors avantageuses (François Fillon fait alors figure de favori).

Mais plus probablement, le lancement d’une chaîne de télévision, quoique très coûteux, représente un tremplin évident pour gagner en notoriété (comme ce fut le cas pour RT UK en 2014). Il me semble malgré tout que les producteurs de RT sont conscients du risque potentiel de « flop » en France, notamment parce que les audiences françaises « consomment » très peu de médias internationaux, à l’inverse des audiences russe, moyen-orientales, africaines ou latino-américaines. L’idée finale est aussi d’atteindre, à terme, les audiences francophones en Belgique, Suisse, Canada et bien sûr en Afrique francophone. Une nouvelle directrice a été en tout cas nommée début 2017 pour assurer le lancement de la chaîne. Il s’agit de Xenia Fedorova, qui est une personnalité importante au sein du groupe RT, l’ancienne dirigeante de son agence vidéo Ruptly, installée à Berlin. 

Diriez-vous que RT est l’incarnation du « soft power » russe ? Ou bien la chaîne relève-t-elle de quelque chose de différent ?

C’est une très vaste question, mais je dirais oui en m’appuyant sur ma recherche, où je cherche à montrer que le soft power russe – contrairement aux pratiques  de soft power généralement rencontrées dans les démocraties libérales qui cherchent en premier lieux à renforcer leur puissance d’attraction – est avant tout déterminé par une dynamique réactive et concurrentielle, par une exigence de compétition. De ce point de vue, RT est manifestement l’instrument le plus emblématique et efficace du « soft power russe » (en russe, la miagkaïa sila).

Selon vous, quelle est la finalité concrète du développement de RT en France ? Il a beaucoup été dit qu’il y avait de la part du Kremlin une volonté de déstabiliser les sociétés occidentales, et d’intervenir dans la politique intérieure des pays concernés (cf. le scandale sur l’élection américaine ou le coup de gueule de Macron à propos de la couverture de sa campagne, selon lui à charge).

Le but de RT est, plus que d’encenser la Russie et son gouvernement, de relativiser les représentations positives souvent associés aux pays occidentaux en matière politique, sociale et sociétale, économique et technologique. RT cherche à mettre en avant, voire exhiber, les fractures et les travers qui traversent les sociétés occidentales, et ce même si la Russie est parfois sujette aux mêmes fractures, souvent en pire : violences policières contre les populations noires aux US ou contre les manifestants contre la loi travail en France ;  conséquences délétères de l’interventionnisme militaire des puissances occidentales au Moyen-Orient ; dérives sécuritaires dénoncées par les lanceurs d’alerte (RT est très « pro-hacktivistes », en premier lieu pour Assange) ; difficultés liées à la gestion de la crise migratoire, etc.

La couverture des processus électoraux dans les démocraties occidentales est effectivement devenu l’un des aspects les plus visibles de la ligne éditoriale de RT, surtout aux Etats-Unis et en France où les campagnes sont très « personnalisées ». Les candidats libéraux et/ou les moins favorables à un assouplissement des relations avec la Russie reçoivent clairement la couverture la moins favorable, à l’inverse des candidats souverainistes et/ou anti-atlantistes, de gauche ou conservateurs.

Une approche comparatiste sur le rôle des grandes chaînes internationales dans les processus politiques mondiaux peut apporter des éléments de réponse intéressants. RT est sans doute la chaîne ayant poussé cette logique le plus à fond, avec la défense d’un agenda antilibéral et pro-souverainiste. Mais de nombreux travaux ont été réalisés sur le rôle central d’Al Jazeera dans la mobilisation des Printemps arabes, ou encore sur la couverture très favorable adoptée par la BBC et CNN lors des interventions britanniques et américaines en Irak.

Parler d’ingérence plutôt que  d’influence pour qualifier l’action de RT me paraît néanmoins excessif, et son impact réel sur le choix des électeurs est certainement marginal (à la différence des cyberattaques, qui est une autre question). RT attire majoritairement des audiences “contestataires” et sa capacité de mobilisation au-delà de son périmètre de prédilection est souvent surestimé. Il est évident, par ailleurs, que pointer du doigt la “menace russe” qu’incarnerait RT peut être bénéfique d’un point de vue électoraliste.

A titre indicatif : l’audience mondiale de RT, toutes chaînes confondues, était en 2016 de 70 millions de personnes par semaine (sondage IPSOS). Devant France 24 et DW mais loin derrière Al Jazeera, BBC World ou CNN International.

Diriez-vous que nous sommes dans une « guerre informationnelle » actuellement ?

Je me garderais d’utiliser dans ma recherche le terme très connoté de « guerre de l’information », qui est utilisé par les acteurs eux-mêmes, souvent pour décrédibiliser leurs adversaires. Pour autant, il apparaît que les instruments « informationnels » (moyens médiatiques, de renseignements et cybernétiques) sont mobilisés parallèlement à des conflits armés (« guerres hybrides ») ou dans l’arène diplomatique internationale, pour conditionner en amont les opinions et influencer l’agenda politique de leurs gouvernements. On observe de ce point de vue une jonction des sphères du  soft power  et du  hard power, où le premier est mis au service du second. La notion de guerre informationnelle est ainsi très largement mobilisée par les états-majors américains et russes, ainsi que par les médias internationaux comme RT ou CNN qui se placent effectivement dans des logiques de confrontation.

Si l’on réfléchit plus sur le long terme, est-ce que vous voyez d’autres exemples de médias de ce type lancés par l’Etat russe en France ou ailleurs dans le monde ?

Russia Beyond the Headlines (RBTH, lancé en 2007, et qui appartient depuis début 2017 au groupe gestionnaire de RT, TV-Novosti) et Sputnik (lancé en 2014) sont également des médias de diplomatie publique russes. Ils ont tous deux des branches francophones.

RBTH se concentre uniquement sur la Russie, avec pour objectif d’améliorer la perception du pays à l’étranger, d’attirer des touristes potentiels. Mais ses audiences sont beaucoup moins importantes que celles de RT et Sputnik.

Sputnik est davantage dans le même créneau alternatif et relativiste de RT, avec une tonalité nettement plus provocatrice, parfois complotiste, souvent “putassière” (malgré une volonté de gagner en crédibilité depuis quelques mois). Plusieurs journalistes de RT se plaignent d’ailleurs d’être systématiquement associés à Sputnik lorsqu’on parle de l’influence russe.

Propos recueillis par Amélie Quentel 

En une des Inrocks cette semaine > 

from Les Inrocks – actualite http://ift.tt/2xO8WC2
via IFTTT

Pourquoi Aung San Suu Kyi a réagi si tard à la persécution des Rohingyas

Prix Nobel de la paix en 1991, icône de courage et de résistance face à la junte birmane, Aung San Suu Kyi,  “Conseillère spéciale de l’État et
porte-parole de la Présidence de la République de l’Union de Birmanie”, ce sont ses titres officiels,  est sous le feu des critiques pour son long silence puis ses timides déclarations sur le sort des Rohingyas qui subissent actuellement une véritable épuration ethnique, conduisant  410 000  membres de cette minorité musulmane persécutée à l’exil pour échapper aux massacres et aux exactions de l’armée birmane.

Selon Matthew Wells, d’Amnesty International, après des attaques par des combattants rohingyas dans l’État d’Arakan où vivent la majorité des Rohingyas. “Les forces de sécurité ont riposté avec des ‘opérations de nettoyage’, bouclé la zone et commis contre les civils de graves violations des droits humains pouvant constituer des crimes contre l’humanité.”

L’opprobre de la communauté internationale

Face à l’aggravation de la crise, l’absence de réactions de celle qui est officieusement à la tête du gouvernement lui valu l’opprobre de la communauté internationale sans compter les admonestations d’un autre prix Nobel de la Paix Malala Yousafzai, la jeune Pakistanaise victime des Talibans, et les critiques du cinéaste Barbet Schroeder qui a tourné le terrifiant film sur le bonze assassin Le Vénérable W.

“50 % de villages intacts”

Aung San Suu Kyi est enfin sortie de sa réserve en publiant un déclaration le mardi 19 septembre. Elle affirme ainsi : “Nous sommes inquiets de voir que beaucoup de musulmans fuient au Bangladesh et nous devons comprendre pourquoi.” Elle s’est bien gardée d’utiliser le terme Rohingya, mot tabou en Birmanie, et elle  a tenté de relativiser la situation des musulmans persécutés en évoquant le sort d’autres minorités :

“Nous sommes profondément désolés pour les souffrances de tous ceux qui se sont retrouvés pris au piège de ce conflit. Ceux qui ont dû fuir leurs maisons sont nombreux. Pas seulement les musulmans et les membres de l’ethnie rakhine (bouddhiste, Ndlr) mais aussi les autres minorités”

Les abus seront punis, “quelles que soient les origines ou la position de pouvoir”

//www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01637594/src/rf0z5f/zone/1/showtitle/1/

Autre minimisation de la violence, la mise en doute  : “Il y a eu des allégations et des contre-allégations”  sur les violations des droits de l’homme par les forces de sécurité. Elle a pourtant affirmé  que les abus seraient punis, “quelles que soient les origines ou la position de pouvoir”,  en ajoutant toutefois : “Encore faut-il que nous disposions de preuves solides.”

Maladresse de plus, elle s’est égarée  à préciser  : “On parle toujours de ceux qui ont fui, mais pas de ceux qui sont restés et ne sont pas à couteaux tirés avec leurs voisins.” Et de préciser : “Il y a plus de 50 % de villages qui sont intacts.” ce qui signifie que l’autre moitié a été touché par les exactions, ce qui fait quand même beaucoup.

“Nous condamnons toutes les violations des droits de l’homme (…) Des mesures seront prises contre toutes les personnes indépendamment de leur religion, de leur race ou de leur position politique qui vont à l’encontre des lois du pays et qui violent les droits de l’homme tels qu’ils sont définis par la communauté internationale”, a-t-elle ajouté.

“C’est une période très courte pour attendre de nous que nous ayons déjà surmonté tous les défis”

Plaidant pour l’indulgence de la communauté internationale, elle a rappelé que “la Birmanie est une nation complexe” et ”une démocratie imparfaite”,  et et que son “gouvernement était en place depuis moins de 18 mois”. “C’est une période très courte pour attendre de nous que nous ayons déjà surmonté tous les défis.”

Un pouvoir à la merci de la toute-puissante armée 

Comment la femme qui incarnait le courage face à une dictature militaire obtuse qui a ruiné le pays, celle qui, en héritière de Gandhi, affirmait la puissance de la non-violence comme arme de résistance peut-elle se retrouver empêtrée dans la répression meurtrière et le nettoyage ethnique ?

La pasionaria pacifiste est maintenant plongée dans le piège du nationalisme xénophobe et les compromissions du combat politique. Fille d’un opposant célèbre à l’occupation britannique, Aung San Suu Kyi a consacré sa vie à la politique pour tenter d’instaurer la démocratie dans son pays. Elle a passé près de vingt ans en résidence surveillée avant de se retrouver enfin à la tête du pays, dans des circonstances bien particulières.

Bien que dirigeante du parti majoritaire, la Constitution birmane lui interdisait de se présenter à l’élection présidentielle car elle était marié à un citoyen anglais. Elle possède en fait le titre de “conseillère spéciale de l’Etat” et le poste de ministre des affaires étrangères. Mais elle s’est débrouillée pour placer à la présidence un ancien camarade d’école Htin Kyaw, 69 ans, et exerce donc un réel pouvoir.

Un pouvoir cependant à la merci de la toute-puissante armée  qui s’est attribué 25 % des sièges au Parlement et nombre de ministères clés : la Défense, l’Intérieur et les Frontières. Ainsi les militaires gardent la mainmise sur les “Zones périphériques” de ce pays aux très nombreuse minorités.

Comme l’expliquait à Paris Match Morgane Eches, spécialiste de la Birmanie à Amnesty International. “Ils ont la force. Ils peuvent à tout moment déclarer l’état d’urgence et reprendre les pleins pouvoirs.”

La madone bouddhiste de la non-violence se retrouve ainsi coincée dans les  affres de la realpolitik. Une position peut-être encore plus inconfortable que lors des dures années de l’opposition au régime.

from Les Inrocks – actualite http://ift.tt/2xdZWD2
via IFTTT

Après la France et les Etats-Unis, la panique des clowns s’étend à l’Australie

Entre le succès surprise du remake de Ça au cinéma et la nouvelle saison d’American Horror Story lancée sous les chapeaux de roues, l’imagerie clownesque a plus que jamais le vent en poupe. Pour le meilleur… mais surtout pour le pire. En Australie, un rassemblement de clowns semble semer la terreur, sur les réseaux sociaux du moins. Témoin, ce compte Facebook au nom sans équivoque : Clown Purge Australia.

Ses posts sont annonciateurs de rassemblements ayant visiblement pour dessein d’effrayer les villes de Brisbane, Gold Coast, et Cairns. A l’image de celui posté le 11 septembre dernier : « Après la sortie récente de Ça, nous avons décidé de revenir et de donner un vrai goût. » A quoi l’auteur fait exactement référence ? Nul ne le sait, tant tous les publications de la page Facebook restent énigmatiques et ne développent jamais concrètement la teneur de leur projet.

« S’ils viennent chez moi avec un couteau, je les abattrai »

Mais il faudra attendre quelques heures et un nouveau post pour que la machine s’emballe : “Pour Halloween, nous aurons 50 clowns pour se rendre à un endroit.” Aussi vague que soit le message (visiblement perçu comme une menace), il a amplement suffi à affoler les médias locaux. Qui relaient que “20 000 clowns anonymes prévoient un règne de terreur”, les décrivant comme « une glaçante menace » ou de « clowns fanatiques et bizarres« . Le nombre de « likes » sur la page avoisinant les 20 000 à l’époque (et 30 000 à l’heure de l’écriture de ces lignes), on suppose que les journalistes ont hâtivement fait l’amalgame.

Les Australiens, eux, sont catégoriques : ces clowns sont forcément dangereux, et toute défense sera légitime. « S’ils viennent chez moi avec un couteau, je les abattrai« , a déclaré Martin Lewis, un père de famille  deMelbourne, dans une interview relayée par le New York Times. « Et si mes enfants sont avec moi, je ferai tout ce qui est nécessaire pour protéger ma famille« . Problème : Clown Purge Australia n’a jamais mentionné le port de couteaux ou d’éventuelles armes. Des ballons, tout au plus.

Réelle hostilité ?

A contrario, il est même difficile de trouver un seul post ouvertement « hostile » voire « violent » sur la pourtant si controversée page Facebook. L’auteur clame même à l’envi l’aspect « bon enfant » de ces réunions, précisant que les clowns protègent les plus sensibles de leur apparitio n: « Nous ne voulons nuire à personne, nous respectons ceux qui semblent trop vulnérables et instables, comme les personnes âgées et les personnes handicapées, ainsi que les jeunes enfants. Nous faisons cela pour le plaisir et nous sommes très prudents dans nos actions. Vous pouvez arrêter de répandre votre poison maintenant. ».

Capture d’écran Facebook Clown Purge Australia

« Vous ne pouvez pas simplement être arrêté pour porter un costume de clown. Mais pour ce que vous faites à ce moment-là »

Juste une bande d’amateurs de costumes fantasques dénués de toute animosité ? Difficile à dire, l’administrateur de la page n’ayant pas souhaité répondre à nos sollicitations. D’autant plus qu’il est quasi impossible d’identifier (et donc de contacter) les clowns participants à ces rassemblement. Ceux se manifestant via commentaires utilisent, pour la plupart, des faux comptes.

Hostiles ou pas, le média 7News est ferme : les forces de police sont sur le qui-vive, « et ont les arlequins au nez rouge à l’œil ». A l’inverse, les autorités de l’Australie-Occidentale ne semblent pas particulièrement inquiètes. « Vous ne pouvez pas simplement être arrêté pour porter un costume de clown, a déclaré un porte-parole de la police. Mais pour ce que vous faites à ce moment-là« .

Cas français et américain

Pourtant, la crainte d’une partie des autorités locales ainsi que des Australiens eux-mêmes est plutôt compréhensible. Si les rassemblements chapeautés par Clown Purge Australia n’ont – a priori – rien de malveillant, ils font inexorablement écho aux vagues de clowns mal intentionnés touchant tour à tour la France et les Etats-Unis.

En octobre 2014, l’Hexagone (et plus particulièrement la région des Hauts-de-France) est le théâtre de ralliements de clowns dont l’unique dessein semble être d’effrayer. Riverains, enfants à la sortie des écoles, et même forces de l’ordre : les costumés ratissent large, et, pour parvenir à leurs fins, sont parfois équipés d’armes (réelles) voire même… de tronçonneuses, en « hommage » au film d’horreur de feu Tobe Hooper.

Deux ans plus tard, rebelote, mais cette fois-ci outre-Atlantique où des clowns sèment la terreur en Caroline du Sud. Occupant les bois, ces derniers tenteraient d’appâter les enfants en leur promettant de l’argent à la condition sine qua non qu’ils les suivent jusqu’à leur antre. A Greenville, plusieurs résidents affirment avoir entendu des bruits de chaînes ou des coups à leur porte en pleine nuit. Une habitante aurait même surpris « plusieurs clowns avec des lampes à laser vert dans les bois« .

La même année, en Alabama, au moins sept personnes, adeptes du grimage clownesque, ont été arrêtées pour des menaces sur les réseaux sociaux. Selon la police de Rainbow City, “ils auraient pu constituer une menace terroriste”. Néanmoins, en France comme aux Etats-Unis, personne n’a été blessé et aucun enfant n’a été enlevé.

Les mystères de la « coulrophobie », phobie des clowns

Reste à comprendre pourquoi l’image du clown nous rend aussi mal à l’aise, et donc privilégiée par ces organisations d’individus désireux de terroriser les riverains. Pour Yann Leroux, psychologue, la peur suscitée par le personnage costumé s’explique en deux temps, à commencer par les artifices dont il se couvre : « Le maquillage du clown donne à son visage un aspect figé. Il a toujours la même expression qu’il tombe ou qu’il asperge le public. Pour les enfants, le clown est un motif d’anxiété parce qu’ils ne peuvent pas interpréter les émotions et les intentions du personnage. » Mais il inquiète aussi par son aspect général, nappé d’une « inquiétante étrangeté » pour reprendre l’expression freudienne.

“Les clowns suscitent de l’anxiété parce que l’on reconnaît en eux tous les désirs agressifs, érotiques ou narcissiques dont la satisfaction directe est interdite”

« Le clown a quelque chose de bizarre qui n’est pas immédiatement identifiable mais qui est pourtant là. Il est à la fois familier et inquiétant. Cette inquiétante familiarité fait du clown un bon représentant de tout ce qui a été familier et qui a dû être refoulé du fait de l’éducation. Pour le dire en une formule, les clowns sont les représentants du retour du refoulé. Ils suscitent de l’anxiété parce que l’on reconnaît sous leurs traits grotesques en eux tous les désirs agressifs, érotiques ou narcissiques dont la satisfaction directe est interdite. »

Une frayeur générale et transgénérationnelle (versant parfois dans la « coulrophobie », soit la phobie des clowns) renforcée par certaines œuvres de fiction, comme l’illustre roman Ça de Stephen King. Adapté en téléfilm dans les nineties et terrorisant in fine le public de l’époque, le remake estampillé Andrés Muschietti (et prévu dans nos salles le 20 septembre prochain) ne devrait pas manquer de tourmenter de nouvelles générations. De quoi, hélas, encore inspirer quelques « délinquants » mal intentionnés.

Le masque de clown, une « arme psychologique »

Il faut dire que le masque de clown, pour tout malfaiteur, comporte plus d’un avantage : « C’est une arme psychologique. Etre agressé par une personne qui porte un masque de clown crée une dissonance qu’il est difficile à surmonter, analyse Yann Leroux. La personne aura donc tendance à se focaliser sur le masque et à moins garder en mémoire les autres informations (la taille, la voix, la couleur de la peau, etc.) qui pourraient faciliter l’identification.

L’histoire ne lui donne pas tort : dans les années 70, l’Américain John Wayne Gacy est condamné à mort pour avoir violé et tué 33 jeunes gens dans les environs de Chicago. Surnommé « le clown tueur », l’homme usait de la candeur de son costume et de ses tours de magie pour appâter ses victimes, des adolescents la plupart du temps en fugue.

//platform.twitter.com/widgets.js

De quoi cristalliser l’image néfaste (voire morbide, en l’occurrence) du clown. Est-il donc impossible de revêtir leur costume en toute bienveillance sans susciter l’effroi, comme l’aspirent prétendument les membres de Clown Purge Australia ? Pour le psychologue, le dessein serait vain : « Le clown garde des connotations positives. Il est associé au rire et à l’enfance, deux domaines qui peuvent aider à vendre des hamburgers (en référence à Ronald McDonald, ambassadeur fictif des fast-food du même nom). Mais le ressort du clown est que le banal peut basculer dans autre chose. Il est toujours sur le fil du rasoir. En ce sens, il n’est pas un personnage rassurant. » Et ne le sera sans doute jamais.

from Les Inrocks – actualite http://ift.tt/2f7GYWq
via IFTTT

Tourné en ridicule par des historiens, Stéphane Bern règle ses comptes sur le plateau de Quotidien

Stéphane Bern, le nouveau « M. Patrimoine » d’Emmanuel Macron comme il se surnomme lui-même, est passé sur le grill de l’émission Quotidien et de ses journalistes. Le samedi qui a précédé, Bern a accompagné le président de la République au Château de Marly. Devant les caméras, les deux hommes ont péroré sur les ordonnances de Villers-Cotterêts qui, selon eux, ont instauré le français comme langue officielle en 1539. Une réécriture de l’histoire qui a causé l’ire de nombreux spécialistes.

L’animateur a été invité en plateau lundi 18 septembre pour revenir sur cet épisode. Derrière les sourires, son passage d’une quinzaine de minutes a été le théâtre de moments en réalité, très tendus. L’animateur à qui Emmanuel Macron a confié une mission de 6 mois pour la restauration du patrimoine français a dû s’expliquer. Une mission sans budget, bureau, salaire ou voiture, a-t-il précisé, mais qui suscite les interrogations sur le bien-fondé d’une telle mission et du degré de connivence entre les deux hommes. Le malaise a atteint son point culminant lorsque les caméras de l’émission ont capté Stéphane Bern demandant au président de la République : « Tu embrasses Brigitte ? »

from Les Inrocks – actualite http://ift.tt/2xtHWXp
via IFTTT

Stanislav Petrov, l’homme qui a évité une guerre nucléaire est mort

Un pressentiment, « une drôle de sensation au ventre ». C’est comme ça que Stanislav Petrov expliqua plus tard sa décision. Ou plutôt son absence de décision. Celui qui a permis d’éviter ce qui aurait certainement été l’une des plus grandes guerres nucléaires du XXe siècle, est décédé à l’âge de 77 ans, chez lui, à Moscou, le 19 mai dernier. Sa mort n’a été rendue publique que ce lundi 18 septembre par le réalisateur allemand Karl Schumacher, qui fut le premier à rendre célèbre l’histoire de Satanislav Petrov.

C’était en 1983, le 26 septembre plus précisément. Ce jour-là, Stanislav Petrov, lieutenant-colonel des forces aériennes soviétiques, est en poste dans un bunker secret près de Moscou. Il est chargé de surveiller les données d’un système d’alerte satellite, et de prévenir immédiatement sa hiérarchie en cas de mouvements suspects.

« Je ne pouvais pas bouger »

Il est minuit passé de quelques minutes lorsque une alarme retentit : l’un des satellites aurait détecté cinq missiles balistiques américains en direction de l’URSS. En plein milieu de la Guerre froide, la menace d’une attaque nucléaire pèse toujours sur la tête des Etats-Unis et de l’URSS. Mais l’instinct de Petrov l’incite à ne pas s’alarmer. « Je ne pouvais pas bouger », racontera-t-il plus tard à la BBC. « Si j’avais envoyé mon rapport à mes supérieurs, personne ne l’aurait remis en question », ajoute-t-il. Et la plus grande guerre nucléaire aurait éclaté quelques minutes plus tard.

Seuls cinq missiles sont détectés, ce qui lui paraît étrange étant donné que si les américains voulaient réellement lancer une attaque nucléaire, ils le feraient certainement à grande échelle. En outre, le radar au sol anti-missile ne confirme pas l’information. Le lieutenant-colonel estima donc qu’il s’agissait d’une fausse alerte, et « suppliait le ciel d’avoir raison », rapporte Wired.

L’homme qui sauva le monde ?

Une vingtaine de minutes plus tard, il ne s’est toujours rien passé. « S’il y avait eu une vraie explosion, je l’aurais déjà su », pense-t-il à ce moment là. « C’était un tel soulagement ». A la place, Petrov a signalé un bug du système. Plus tard, une enquête révéla que les satellites soviétiques avaient en réalité confondus les reflets du soleil sur les nuages avec des missiles balistiques. « Nous avons eu de la chance que je sois aux manettes ce soir-là », résume-t-il.

L’histoire de Stanislav Petrov a été révélée en 1998 lorsque que Gen Yury Votintsev, un ancien commandant soviétique du département de défense anti-missile, publia ses mémoires. En 2006, il reçu la distinction de « L’homme qui a évité une guerre nucléaire » de la part de l’Association of World Citizen, une organisation qui milite en faveur de la paix dans le monde. Un documentaire lui a même été consacré, L’homme qui sauva le monde.

from Les Inrocks – actualite http://ift.tt/2fhfm4Z
via IFTTT

Mélenchon a-t-il le droit de lancer sa chaine de TV ?

Entre Jean-Luc Mélenchon et les médias, atteindrait-on le point de rupture ? « Je remercie les médias. Leur affection est toujours mortelle, leur haine me donne une chance », confesse le leader de La France insoumise dans une longue interview donnée à Marianne, en date du 15 septembre. Une rupture qui aboutirait sur ce projet de lancer une chaîne de télévision 100 % LFI, d’ores et déjà sur les rails d’après Quotidien. Mais si le député des Bouches-du-Rhône caracole en tête des audiences sur YouTube, les téléspectateurs plus habitués à la petite lucarne qu’au web vont devoir faire preuve de patience.

« Créer nos propres médias nous intéresse »

La semaine dernière, La France insoumise, par le biais de l’un de ses députés Eric Coquerel, a émis le souhait de créer leur propre chaîne de télévision, lors d’une conférence de presse : « Créer nos propres médias nous intéresse. […] C’est une volonté affichée depuis longtemps de mener une bataille culturelle. » Le même Coquerel poursuit : « Il y a des journalistes qui font un travail de militant et des militants qui font un travail de journaliste. » 

D’après Quotidien, on pourrait retrouver dans ce projet des « reportages créés et montés par de ‘vrais journalistes’ sur des thèmes aussi variés que l’économie, le social et la culture à travers notamment le rap et les jeux vidéos. » Selon l’émission de TMC, la chaîne pourrait être lancée avant la fin de l’année. Des rumeurs qui s’appuient sur une tweet du directeur de la rédaction de Télé 7 jours, Thierry Moreau :

Pourtant, il suffit de jeter un œil aux règlement du Conseil supérieur de l’audiovisuel pour s’apercevoir que la tâche semble plus compliquée que prévue pour la France insoumise. « La loi du 1er août 2000 a introduit dans la loi du 30 septembre 1986 modifiée les dispositions juridiques relatives au déploiement de la TNT. Est confié au CSA, la mission de procéder à l’autorisation d’usage de la ressource radioélectrique aux éditeurs publics comme privés de la TNT (…)« , peut-on lire dans la procédure d’autorisation de diffusion.

Aucune nouvelle chaîne avant le 20 mars 2018

De nouveaux canaux sont distribués par le CSA au gré des disponibilités. Comme lors de n’importe quelle marché public, il y a un appel à candidature auquel les intéressés doivent se soumettre. D’après le site du CSA, « après le lancement de l’appel, les candidats disposent d’un délai, généralement de deux ou trois mois, pour constituer leurs dossiers de candidatures« . Après étude, le CSA arrête une liste de candidats recevables. Dans ces conditions, même dans le meilleur des cas, il semble donc difficile de voir une chaîne estampillée LFI apparaître sur votre programme TV habituel d’ici la fin de l’année 2017.

Le dernier appel à candidature en date sur le site du CSA, ouvert le 14 juin 2017 « porte sur sur la part de ressource radioélectrique qui sera disponible, à compter du 20 mars 2018, en Île-de-France. » Les dossiers complets ont dû être déposés avant le 24 juillet 2017 sous peine d’irrecevabilité.

En outre, pour être recevable, plusieurs conditions sont à respecter par l’émetteur (ici La France insoumise). A commencer par « la sauvegarde du pluralisme des courants d’expression socioculturels« . Comme l’explique Christine Kelly, ancienne membre du CSA au JDD : « Le CSA est garant de la pluralité politique et ne tolère donc pas qu’une chaîne soit ostensible pour tel ou tel parti. Il demande à ce que chaque chaîne de télé respecte un temps de parole pour chaque parti politique. » 

Une web-TV La France insoumise sur le modèle de Sarko-TV ?

Il existe une possibilité toutefois pour le parti de Jean-Luc Mélenchon, de « s’affranchir » de ce cadre légal, en passant en quelque sorte sous le « radar » du gendarme de l’audiovisuel. Il suffit pour cela de consulter le « Régime juridique applicable aux chaînes de télévision, en dehors de la TNT ». Il s’agirait donc d’une web TV, diffusée sur d’autres fréquences que celles assignées par le CSA (câble, satellite, ADSL, internet, téléphonie, etc.). Toutefois, il faudrait que le budget annuel de ladite chaîne soit inférieur à 150 000 € pour qu’elle soit dispensée de respecter les conventions de la CSA et ne soit soumise qu’au régime dit « déclaratif ». Ce qui ne l’exonère toutefois pas du respect des règles de pluralisme.

Encore une fois, l’hypothèse semble étrange lorsque l’on additionne les audiences des chaînes YouTube de Jean-Luc Mélenchon (369 000 au moment de la rédaction de cet article) et de La France insoumise (32 000). S’ils décident de franchir cette étape, ils ne feront que prendre la suite de l’initiative de Nicolas Sarkozy qui, en 2007, avait lancé sa web-TV, baptisée NSTV, qui employait une dizaines de personnes à temps plein, selon le JDD. Qui s’en souvient ?

from Les Inrocks – actualite http://ift.tt/2ft0X2j
via IFTTT