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Des migrants marocains sont également séquestrés en Libye

Des ressortissants Marocains captifs dans une prison libyenne : c’est par une vidéo tournée clandestinement que l’on a découvert la terrible réalité. Entassés les uns sur les autres dans une chambre exiguë, ils supplient Mohammed VI, le roi du Maroc, de les rapatrier dans leur pays. Ce ne sont pas des prisonniers politiques, mais des migrants qui ont tenté de rejoindre les côtes de la Libye, pour traverser la Méditerranée, dans l’espoir d’atteindre l’Italie, porte d’accès vers l’Europe. Certains témoignent avoir été vendus, capturés dans des réseaux d’immigration clandestine. Selon l’homme qui parle en voix off, 260 Marocains sont détenus illégalement dans ce centre, depuis 6 mois.

Sollicitations auprès de Mohammed VI

Les Algériens, Tunisiens et Égyptiens qui étaient avec eux auraient été rapatriés. Dans une vidéo filmée le 13 novembre, un jeune homme déclare : « Nous sommes la seule nationalité à être encore détenue ici. Aucun officiel Marocain n’est venu nous réclamer.« 

Jeudi 23 novembre, le porte-parole du gouvernement Marocain, Mustapha El Khalfi, a assuré que ce dossier était prioritaire, et que le pays travaillait avec le plus grand sérieux au rapatriement des hommes séquestrés en Libye. L’objectif : les ramener dans les mêmes conditions que la précédente opération menée par le gouvernement, durant laquelle 200 Marocains étaient retournés dans leur pays, à bord de deux avions.

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Réseau esclavagiste

L’hebdomadaire Marocain Telquel a pu communiquer avec certains détenus et leurs familles. Les conversations rapportées révèlent les stratégies mises en place par un vaste réseau de traite humaine. Interceptés par des gangs armés entre la frontière tunisienne et la Libye, ces migrants sont retenus dans des centres de détention. Des rançons ont été réclamées aux proches des prisonniers, en atteste les témoignages de leurs familles, qui ont déclaré à l’hebdomadaire arabophone avoir versé entre 40 et 50 000 dirhams (3 600 à 4 500 euros) à des intermédiaires, supposés les faire passer en Italie.

Dans un témoignage audio, un Marocain explique : « un gang nous a séquestrés et pris contact avec le chef d’un réseau d’immigration clandestine pour nous vendre. La transaction a eu lieu. Notre acheteur nous a obligés à payer le double du montant qu’il avait payé. »

Ceux qui sont en charge de la transaction -de la capture des migrants à leur vente- sont des passeurs Marocains, en lien avec des réseaux d’immigration. Une actualité brûlante qui fait tristement écho à la vente aux enchères de migrants en Libye, exposée au grand jour par CNN.

Pour l’heure, si le gouvernement Marocain déclare tout mettre en ordre pour rapatrier les migrants, on ignore le nombre réel d’hommes détenus dans des centres gouvernementaux libyens. Selon les Nations unies, ils seraient près de 20 000, pas seulement subsahariens, à subir des sévices et des privations.

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Au moins 235 morts dans un attentat dans une mosquée en Egypte

Un attentat a fait au moins 235 morts ce 24 novembre dans la mosquée Al-Rawdah, dans la ville de Bir al-Abd, située au nord du Sinaï égyptien. Les assaillants ont d’abord déclenché une explosion, avant de faire feu sur les fidèles, en pleine prière du vendredi. « Ils tiraient sur les fidèles fuyant la mosquée. Ils tiraient aussi sur les ambulances », a déclaré un habitant dont des proches ont assisté à la fusillade. Au moins 120 autres personnes ont été blessées. L’attaque n’a pour l’instant pas été revendiquée.

Cette mosquée était fréquentée par des Soufis

Cependant, le chef d’un groupe bédouin qui combat l’organisation État islamique a confié à l’AFP que cette mosquée est connue pour être fréquentée par des Soufis, représentants d’un courant mystique de l’Islam, que l’organisation djihadiste considère comme hérétique, comme le rapporte Le Monde.

Le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi, a décrété trois jours de deuil national et a convoqué un conseil ministériel restreint. Emmanuel Macron a fait part de ses condoléances aux victimes :

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Depuis la destitution de l’ancien président Mohamed Morsi en 2013, la branche égyptienne de l’EI s’en prend régulièrement à l’armée dans cette région du pays. Il y avait des conscrits de l’armée parmi les fidèles ce jour-là.

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Qui est Lu Wei, le tsar déchu de l’internet chinois ?

Il prenait la pose avec Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, et Jeff Bezos, patron d’Amazon, en septembre 2015, lors de la visite aux Etats-Unis du gouvernement chinois. Le mardi 21 novembre, on a appris que celui que l’on surnommait le “tsar de l’internet chinois” faisait l’objet d’une enquête pour “graves violations à la discipline”. Lu Wei est le premier “tigre” à tomber depuis la réélection du président Xi Jinping qui poursuit, d’une main de fer, sa campagne anti-corruption.

Great Firewall

La disgrâce de l’ex-responsable de la régulation du web en Chine est spectaculaire. A 57 ans, l’ancien maire adjoint de Pékin bénéficiait d’un rôle de premier plan au sein du gouvernement. Nommé en 2014 à la tête de l’Administration du cyberespace, il menait une politique de censure drastique dans un pays où Facebook, Google et Twitter sont bannis de la toile. Au nom de la souveraineté nationale et de la sécurité des citoyens, il avait justifié ce système répressif, en déclarant, lors de la Conférence international de l’internet en décembre 2015 :

 “La liberté est notre objectif, l’ordre est notre moyen”

Le Great Firewall, ce système de pare-feu bloquant l’accès aux sites qui proposent un contenu jugé subversif – incluant Youtube et Blogspot –, se veut toujours plus restrictif. Depuis l’arrivée au pouvoir en 2012 de Xi Jinping, les libertés s’amenuisent : selon un rapport de 2015 réalisé par Freedom House, la Chine serait l’un des pays où la politique de censure est la plus virulente sur internet, dépassant celles de l’Iran ou la Syrie.

Le président Chinois Xi Jinping, au centre, Mark Zuckerberg, à droite, Lu Wei, à gauche. Washington, 23 septembre 2015. TED S. WARREN / AFP PHOTO ©

Lu Wei était courtisé par les géants occidentaux désireux, malgré ce climat oppressif, d’investir le marché chinois. En 2014, Mark Zuckerberg recevait l’homme politique aux Etats-Unis. Un livre de Xi Jinping, La Gouvernance de la Chine, avait été intentionnellement placé sur son bureau par le leader de Facebook. Les photographies officielles montrent les deux hommes, rieurs, dans une ambiance de franche camaraderie. Un jeu de séduction qui demeure pour l’instant sans effet.

Une disgrâce politique qui a surpris 

Cependant, le règne de celui que le Time a classé en 2015 parmi les 100 personnalités les plus influentes du monde, a commencé à décliner il y a quelques mois. En juin dernier, il est remplacé à la tête de l’Administration du cyberespace chinois par Xu Lin, un proche de Xi Jinping. Officiellement, il s’agit d’une démission. Lu Wei conserva d’ailleurs son poste de chef adjoint du Département de la propagande du Comité central du Parti communiste chinois.

Les analystes sont à l’époque perplexes, n’arrivant pas à déterminer, compte tenu de l’opacité des informations chinoises, s’il s’agit d’une disgrâce. Willy Wo-Lap Lam, professeur à l’Université chinoise de Hong Kong, expliquait alors au New York Times“Il est trop tôt pour conclure qu’il a été évincé […] Il peut encore obtenir une promotion dans un autre domaine de la bureaucratie.” Rogier Creemers, chercheur à l’université de Leiden aux Pays-Bas, se montrait même optimiste. “Je pense que nous aurions remarqué des signes avant-coureurs s’il avait été écarté”, déclarait-il. “Généralement ces retraits s’accompagnent de rumeurs. Presque toutes les disgrâces des hauts dirigeants ont été précédées par des rumeurs, et nous n’avons pas entendu grand-chose à propos de Lu Wei.”

Un nouveau Mao mène la purge

L’officialisation de l’ouverture de l’enquête le mardi 21 novembre apporte finalement la réponse, près de cinq mois plus tard. Fort d’une personnalité atypique, le “boss de l’internet chinois” était connu pour ses discours sans complaisance et son assurance à la limite de l’impudence. On pouvait notamment l’apercevoir vêtu d’un sweat griffé à la salle de sport ou fumer des cigares avec un représentant des télécoms cubains à la Conférence internationale d’internet. Sa notoriété et les avantages de son rang ne l’ont néanmoins pas prémuni face à la virulente campagne anti-corruption menée par Xi Jinping. La commission de discipline du Parti communiste chinois (PCC) a déclaré dans un communiqué, rapporté par le New York Times :

“La mise en examen de Lu Wei par l’organisation est la meilleure preuve de sa détermination à poursuivre son projet”

Le président chinois a fait preuve d’une sévérité infaillible et a initié un culte de la personne que les médias n’ont pas hésité à comparer à l’attitude de Mao Zedong. Depuis 2012, les milieux politiques et militaires font l’objet d’une purge qui menace aussi bien les “mouches”, ces petits fonctionnaires, que les “tigres”, les gros bonnets dont Lu Wei faisait partie. Une croisade qui a certes aidé à réduire le taux élevé de corruption, mais qui a également permis au chef de l’Etat de placer ses hommes de confiance à des postes clés. Un article paru dans Les Echos évalue le nombre de personnes sanctionnées dans le pays à 1,3 million. Cette vaste campagne touche également les activistes chinois et les médias sommés de se conformer à l’idéologie du PCC. En témoigne l’emprisonnement du dissident Liu Xiaobo, Prix Nobel de la Paix 2010, décédé le 13 juillet 2017.

Si cette épuration n’est pas près de s’arrêter, la politique de censure sur le web ne s’est en rien allégée depuis l’éviction de Lu Wei. Après le blocage partiel de l’application de messagerie WhatsApp le mois dernier, Skype vient d’être retiré de l’App Store chinois et des boutiques Android locales.

>>> A lire aussi A quoi ressemble internet en Chine? 

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Reportage à Molenbeek deux ans après les attentats : “Comme après un séisme, on se reconstruit difficilement”

“Ce n’est pas gai d’être au centre du monde de cette façon-là”, soupire un jeune homme qui préfère ne pas dire son nom. Venir d’ici ce n’est déjà pas facile, alors si en plus vous dites qui je suis, ça ne va pas m’aider.” En remontant la fermeture éclair de sa parka noire, il s’excuse avant de prestement tourner les talons. “On ne s’intéresse à nous que parce qu’on a eu des terroristes entre nos murs. Ça fait un peu mal.”

“Les habitants l’ont vécu comme une grande souffrance” Olivier Bonny, militant associatif

A Molenbeek-Saint-Jean (Belgique), les attentats de Paris survenus en novembre 2015 puis ceux de Bruxelles en mars 2016 sont dans toutes les têtes. Cette commune de la région Bruxelles-Capitale, quasi-équivalent administratif d’un arrondissement parisien, a sombre réputation. La plupart des terroristes qui ont commis des attentats ces dernières années en Belgique ou en France y ont résidé ou sont passés par là.

Après le 13 novembre 2015, les télévisions du monde entier se sont ruées dans ce quartier défavorisé de l’Ouest bruxellois. “Quand on a vu tous les camions-satellites, les radios, les télés sur la place communale, ça a été un choc, se rappelle Olivier Bonny, coordinateur dédié à la cohésion sociale dans un regroupement d’associations molenbeekoises de lutte contre l’exclusion. Les habitants l’ont vécu comme une grande souffrance.” Depuis, ils peinent à se reconstruire.

Stigmates et exclusion

Molenbeek n’a jamais eu bonne presse, ni à Bruxelles ni dans le reste de la Belgique. Quartier populaire à forte population immigrée, avec une grande concentration de personnes de confession musulmane, la commune a toujours été plus ou moins stigmatisée.

Contrairement aux banlieues françaises, Molenbeek n’est pas géographiquement séparée du reste de Bruxelles. Plusieurs lignes de tram et de métro permettent de rejoindre le centre de la capitale en quelques minutes. Seule frontière visible : le canal bruxellois qui coupe la commune du reste de l’agglomération. Une frontière aussi dérisoire que symbolique aujourd’hui. A l’intérieur du quartier, on retrouve les immeubles en briques rouges caractéristiques de cette partie du nord de l’Europe. Quelques barres type HLM se fondent dans un décor encore un peu plus triste lorsqu’il est enveloppé par le gris de l’automne.

Ici, précarité sociale et pauvreté ne se mesurent pas à la taille des bâtiments. Avec près de 40 % de chômage, une délinquance très présente, une municipalité quasiment en faillite et une forte concentration de population immigrée, Molenbeek et ses presque 100 000 habitants sont historiquement parmi les plus pauvres de Bruxelles.

Un nom durablement associé au terrorisme

Dans cette zone frappée par des problèmes structurels, les attentats et les réactions qu’ils ont entrainées ont eu l’effet d’un séisme. Abdelaziz, un ancien éducateur de 24 ans, a vécu ces changements avec “beaucoup de douleur”. Ce costaud au regard calme résume ainsi la stigmatisation dont son quartier est l’objet : “Avant, quand un voleur venait de Molenbeek, on disait ‘un individu d’origine nord-africaine’. Aujourd’hui, on dit ‘un Molenbeekois’. Et tout le monde comprend…”

Désormais, Molenbeek, mais aussi ses habitants, sont immanquablement liés au terrorisme, marqués au fer rouge des attentats. On le remarque à de petites choses. Lorsqu’Abdelaziz donne rendez-vous dans un café près de la place communale, ses indications pour trouver l’adresse semblent naturelles. “Vous ne pouvez pas le manquer, c’est à deux numéros de la maison où habitaient les frères Abdeslam.”

“Vous vous rendez compte ? Ils étaient chez nous, avec nous. Et ce ne sont pas des petits délinquants mais des tueurs de masse” Olivier Bonny

“On a vécu un choc proportionnel à la proximité de l’origine géographique des problèmes”, explique Olivier Bonny. Dans les locaux de son association, concerné, il montre plusieurs directions à la fois. “A 100 mètres, il y avait les frères Abdeslam ; à 500 mètres, leur café ; à 200 mètres, le logement d’un autre terroriste ; là-bas, la maison de quartier où certains ont grandi. Vous vous rendez compte ? Ils étaient chez nous, avec nous. Et ce ne sont pas des petits délinquants mais des tueurs de masse.”

Pour lui, l’année 2016 a été “très, très compliquée”. Olivier Bonny compare la situation à “un séisme qui ravage un pays”. Il se rappelle de l’après-13-Novembre, lorsque le monde entier a disséqué sa commune. “Comme lorsqu’un pays est à genoux après un tremblement de terre, les ONG ont débarqué, raconte le militant associatif. Certaines sont venues avec des bonnes intentions. Mais toutes étaient très maladroites.”

Lui qui travaille depuis une vingtaine d’années au contact des jeunes l’a mal vécu. “On était devenus des sinistrés. Des enfants à mettre sous tutelle. Sauf qu’on n’a pas attendu les attentats pour tenter de prendre en charge les jeunes.” Comme souvent après ce genre de situation, les mêmes personnes ont été placées face aux caméras, les choses ont été présentées sous le même angle, souvent pas le bon. “On a volé notre parole.”

Parents, hommes politiques… La psychose généralisée

La population, déjà marquée socialement, a été “définitivement traumatisée” selon lui. “Il y a eu un avant et un après.” L’une des conséquences : une psychose générale. Des jeunes se rappellent de la crainte de leur mère de les voir partir en Syrie. Avec plusieurs dizaines de départs pour le jihad depuis 2013, il s’agit d’un vrai fléau pour Molenbeek. Mais l’immense majorité des familles n’a pas “dansé après les attentats”, comme l’avaient laissé entendre des politiques belges. Elles ont surtout paniqué.

Plusieurs jeunes se souviennent des vacances de l’année 2016. Partis à l’étranger avec des copains, leurs parents, méfiants, les ont appelés tous les jours pour leur demander d’envoyer des photos et autres souvenirs. Afin de s’assurer qu’ils étaient bien à la plage et pas sur un théâtre de guerre.

A la municipalité locale, l’échevine Sarah Turine, conseillère à la jeunesse, dénonce cette paranoïa qui s’exporte. Alors qu’elle devait accueillir des élèves venus d’ailleurs en Belgique dans une école du coin, elle a découvert avec stupeur qu’un certain nombre de parents avaient désinscrit leurs enfants “parce qu’ils avaient peur de les envoyer à Molenbeek”.

Discrimination à tous les étages

Parallèlement, la jeunesse doit faire face à une stigmatisation qui a redoublé. Abdelaziz parle de ces jeunes de Molenbeek qui décident de ne plus mettre leur adresse sur leur CV parce qu’ils ne trouvent pas de boulot. Le marché du travail à Bruxelles, capitale de l’Europe, est très difficile à pénétrer. Encore plus pour des jeunes peu diplômés. Encore plus pour ceux d’origine maghrébine. Et encore plus lorsqu’ils viennent de Molenbeek.

“C’est quand même terrible, les gens croient que tous les Molenbeekois sont des terroristes”, peste Abdelaziz, qui se hasarde à une comparaison : “L’affaire Dutroux aussi a été un traumatisme. Là aussi la Belgique a été sous le feu des projecteurs. Pour autant, on n’a pas traité tous les Belges de pédophiles.”

“Rien que dans ce café, il doit y avoir au moins dix origines différentes. C’est une richesse qu’il faut mettre en avant.” Des jeunes résidents engagés

Face à ce traumatisme, la résilience se construit peu à peu. De nombreux projets ont été mis sur pied par des habitants engagés “pour redorer l’image de Molenbeek”. Parmi eux, MolenZap, un média « 100 % molenbeekois » lancé par des jeunes du coin sous l’impulsion d’Abdelaziz.

Mohamed, Soukaïna, Adam et Najwa sont très impliqués dans cette initiative. Âgés de 18 à 23 ans, ils ont voulu rendre la parole aux habitants. Ils relaient l’information molenbeekoise lors de zappings mensuels. Et luttent au quotidien contre cette étiquette qu’on leur a collée sur le front. Ils voient avec douleur le regard des gens changer lorsqu’ils leur annoncent où ils habitent. “Pourtant, Molenbeek c’est chez nous. Il y fait bon vivre, il faut montrer les beaux côtés de notre commune.”

Dans un café aux abords du centre “où on peut boire à la fois du thé et de la bière”, ils désignent les clients qui consomment dans un joyeux brouhaha. “Regardez, ici il y a des femmes voilées, des femmes non voilées, certains sont barbus, d’autres pas. Rien que là, il doit y avoir au moins dix origines différentes. C’est une richesse qu’il faut mettre en avant. »

Le café Les Béguines, de l’image du terrorisme à celle de la solidarité

Les Béguines, le café des frères Abdeslam / PB

Il y a également des projets symboliques. Un collectif d’associations a ainsi décidé de lever des fonds pour racheter Les Béguines, le café des frères Abdeslam, l’un des lieux où a été ourdie une partie des attentats. “C’est très symbolique, explique Assetou Elabo, d’Atouts Jeunes, l’une des associations à l’origine du projet. C’est l’image même du terrorisme, de la délinquance, et l’idée est d’en faire le lieu de la solidarité et de la citoyenneté.” L’objectif : créer un endroit d’échange, une maison de quartier dans cet endroit au nord de Molenbeek où il n’y a pas grand chose.

Le projet ne s’est pas monté sans générer de la méfiance. La première fois qu’ils ont visité les locaux, les associatifs ont été pris à partie par des habitants las de voir défiler des cohortes de médias, parfois même de touristes à qui l’on montre “le berceau du terrorisme” lors de visites guidées un peu sordides. Mais selon Assetou Elabo, aujourd’hui, les habitants “sont demandeurs” de ce type de projet et veulent tourner la page.

Essor des théories complotistes

Pour Olivier Bonny, il y a aussi eu des réactions plus inquiétantes. L’homme de terrain note la naissance d’un complotisme lié aux attentats qui séduit de plus en plus de jeunes. Selon lui, “c’est le symptôme social d’un malaise plus profond et diffus qui découle de l’exclusion sociale, de la victimisation”.

Il l’analyse comme le troisième stade après la stigmatisation et la victimisation.“On a dû faire notre deuil, mais comme personne ne nous a aidés, les plus faibles se sont tournés vers ces théories fumeuses.” 

Il a remarqué que, pour se protéger de la violence des réactions à leur égard, un nombre croissant de jeunes ont embrassé l’idée “d’un complot contre les musulmans” plus ou moins fomenté par les services français à la solde d’Israël, avec en toile de fond un antisémitisme crasse. Olivier Bonny et ses collègues ont mis en place des ateliers pour tenter de contrer ces théories nauséabondes. “Mais tout ça prend du temps, encore plus avec tout ce qui s’est passé.”

“Il y a toujours autant d’exclusion, de pauvreté et de racisme. Le parfait terreau pour les radicaux” Un travailleur social

Selon un travailleur social qui requiert l’anonymat, il n’y aurait pas eu de véritable travail de fond. “C’est un quartier où l’on ne parle pas beaucoup. Les attentats ont renforcé les tabous. Même s’il y a un avant et un après, j’ai l’impression que peu de choses ont changé.” Il l’assure, s’il existe des projets remarquables “pour redorer l’image », peu de choses permettent de “parler des vrais problèmes”. Il n’y aurait pas eu assez d’engagement de la part des politiques fédérales, lesquelles n’ont pas investi pour résoudre les problèmes endémiques de Molenbeek. “Il y a toujours autant d’exclusion, de pauvreté et de racisme. Le parfait terreau pour les radicaux.”

Il pointe par exemple du doigt la chasse aux associations qui a été faite après les attentats, où de nombreuses structures ont été perquisitionnées, démantelées et bousculées par le pouvoir fédéral qui a mis l’accent sur le sécuritaire plutôt que sur le social. “Il y avait des associations qui déconnaient, c’est vrai, mais en contrôlant tout le monde souvent brutalement, ils ont jeté le discrédit sur tout le reste. Se reconstruire alors qu’on n’a pas l’impression d’avoir le soutien des pouvoirs publics, c’est encore plus dur.”

“C’est notre fardeau” Un quadra accoudé au zinc

Du côté de la municipalité, on admet à demi-mots ne pas avoir été très soutenus ou plus exactement pas de la meilleure des façons. Pour eux, on ne s’est pas attaqué aux causes structurelles des problèmes de Molenbeek, comme les inégalités scolaires ou le racisme ambiant.

Selon l’échevine Sarah Turine, des actions ont été entreprises, “mais il y a toujours un terreau favorable aux discours radicaux”. Si elle assure qu’il y a moins de recruteurs qu’avant, elle s’inquiète du ressentiment que peuvent développer les habitants. “Nos jeunes ont beaucoup de bonnes raisons d’être en colère tellement ils sont stigmatisés. Il faut absolument contrer cette colère.”

“C’est notre fardeau”, philosophe un quadra accoudé au zinc d’un café du centre. Il n’a pas très envie de parler avec des journalistes. Il l’a “trop fait” depuis deux ans. Avant de prendre congé poliment, il résume. “Il faut continuer à faire des efforts pour que rien de tout ça ne se reproduise. Mais plus jamais ça ne sera comme avant. On est comme une ville bombardée. On aura toujours les stigmates.”

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Jean-Luc Mélenchon se rapproche de Benoît Hamon

Ils avaient échoué à se rassembler lors de l’élection présidentielle. Pourtant, depuis, Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon multiplient les signes de rapprochement. « On réduit la fracture [avec Benoît Hamon]. Nous déjeunons, nous échangeons des analyses », a confié Jean-Luc Mélenchon ce vendredi 24 novembre, dans une interview accordée au Parisien.

Un rapprochement en douceur

« Nous étions déjà ensemble le 23 septembre dans la rue, coude-à-coude, contre les ordonnances », a tenu à rappeler le leader de la France Insoumise (FI). A l’époque, l’image de rassemblement avait surpris. « J’ai décidé de rejoindre la manifestation organisée par la France insoumise parce que […] je suis contre les ordonnances travail », déclarait alors l’ex-candidat PS (Parti Socialiste) à l’élection présidentielle, balayant d’un revers les dissensions politiques qui opposent les deux hommes.

Depuis, Benoît Hamon a quitté le Parti Socialiste, dont il avait pourtant reporté les primaires. Après son score de 6,36% à la présidentielle, celui qui entend incarner une le renouvellement de la gauche a fondé « M1717 ». Le mouvement revendique aujourd’hui 30 000 adhérents, et devrait bientôt dépasser le PS. Cela reste néanmoins en deçà de FI, qui en revendique 555 000« Attendons que Benoît Hamon mette sur pied son mouvement », tempère d’ailleurs Jean-Luc Mélenchon, qui semble attendre une consolidation de la base du M1717.

Front commun?

Au-delà de l’opposition à la politique d’Emmanuel Macron, les deux leaders de gauche se retrouvent sur de nombreux points : le passage à une VIe République, l’abrogation des lois Travail, la priorité écologique.

Si pour l’instant le rapprochement est d’ordre « individuel », comme l’indique Mélenchon, il n’est pas à exclure que les deux mouvements fassent front commun lors des mobilisations sociales à venir. « Cela avance », confirme d’ailleurs le leader Insoumis. Façon festina lente.

Des dissensions réelles 

Sur les positions internationales, en revanche, l’entente peine à prendre forme. « Je suis en désaccord profond avec [Mélenchon]. Il faut une Union européenne solidaire », a récemment déclaré Benoît Hamon au Figaro. « Je veux faire émerger un troisième bloc d’ici aux européennes […]. Où Mélenchon se situera-t-il ? C’est à lui de le dire », prévient l’ancien candidat socialiste.

Les rapports qu’entretiennent deux chefs de file font l’objet de nombreux détournements parodiques dans la pop-culture, notamment au travers de fan-fictions. Les spéculations d’alliance ne font pas fantasmer que la gauche…

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Les pauvres sont les premières victimes de la pollution

C’est ce qui s’appelle une double peine. Selon plusieurs études et chercheurs, les inégalités économiques coïncident avec les inégalités environnementales. Autrement dit, les pauvres sont plus exposés que les riches à la pollution. C’est ce que rapporte le site Reporterre dans un article qui fait le point sur plusieurs nuisances environnementales auxquelles les pauvres sont exposés.

Ainsi, l’endroit où l’on relève les taux de pollution les plus élevés de France, l’autoroute A1, en Seine-Saint-Denis, près du Stade de France, comprend une des communes avec le taux de pauvreté le plus important du pays d’après l’Insee : Saint-Denis. Plusieurs associations protestent contre cette « discrimination territoriale », qui affecte notamment l’hôpital Delafontaine et sa maternité (une des premières de France).

Les pics de pollution à Paris ont des effets désastreux sur les plus pauvres

Plus généralement, la pollution touche particulièrement les quartiers populaires sur tout le territoire. Selon l’équipe de recherche Equit’Area, les plus défavorisés à Lille et à Marseille sont bien plus frappés par la pollution au dioxyde d’azote que les autres. Avec des effets désastreux sur la santé, comme l’écrit l’économiste Éloi Laurent dans l’essai collectif Les Inégalités environnementales : « On constate une augmentation de 15 à 30 % des nouveaux cas d’asthme chez l’enfant et des pathologies chroniques respiratoires et cardiovasculaires fréquentes chez les adultes âgés de 65 ans et plus ».

A Paris, une étude de l’Inserm et de l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP) avait montré en 2015 que la pollution nuit surtout à la santé des plus pauvres : « Les Parisiens vivant dans les quartiers qui sont à la fois les plus défavorisés et les plus pollués avaient un risque 5 fois plus élevé de décéder lors d’un pic de pollution que ceux vivant dans les quartiers les plus aisés et les moins pollués », expliquait à Europe 1 Denis Zmirou, de l’EHESP.

« Les inégalités environnementales se creusent »

A cette pollution de l’air, il faut ajouter la pollution sonore, elle aussi discriminante, puisque « près de la moitié des zones urbaines sensibles sont concernées par un ‘point noir bruit’ et pour la région Île-de-France, ce taux approche 70 % », selon un rapport du Conseil économique, social et environnemental (Cese) paru en 2015. Mais aussi l’exposition aux grosses chaleurs, aux risques industriels et aux maladies professionnelles, comme le montre Reporterre.

Pour combler le tout, les phénomènes de gentrification dans les zones urbaines (avec la création d’éco-quartiers notamment) ont pour effet de rejeter les populations les plus paupérisées, renforçant les inégalités environnementales. « Les inégalités environnementales se creusent sous le coup d’un vigoureux processus d’externalisation des nuisances environnementales hors des milieux de vie des classes dominantes et d’une recherche conjointe et de plus en plus aiguisée de bien-être environnemental », écrit ainsi la géographe Cyria Emelianoff. Et les politiques publiques, jusqu’à présent, ne parviennent pas à empêcher cela.

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« Chasse à l’homme en Tchétchénie » : reportage glaçant sur les violences faites aux homosexuels

Azamat est tchétchène. Et homosexuel. C’est là son crime. Réfugié en France depuis six mois, il se cache des autorités qui l’ont arrêté et menacé de mort en mars 2017. Lorsqu’on lui montre la photo d’un ancien amant, il fait semblant de croire être soupçonné de terrorisme.

Parce qu’en Tchétchénie, « c’est pire d’être gay que terroriste », déclare-t-il, au micro d’Envoyé Spécial.

Dans ce reportage présenté par Elise Lucet du jeudi 23 novembre dernier, Elise Menand, Philippe Maire et Benoît Sauvage mènent l’enquête. « Chasse à l’homme en Tchétchénie«  interroge la situation actuelle des homosexuels, dans un pays où les tortures et menaces de mort sont monnaie courante. Depuis le début d’année, des dizaines voire des centaines d’hommes sont systématiquement persécutés par le régime. Certains seraient détenus dans des prisons secrètes. D’autres n’ont jamais été retrouvés. 

Plusieurs ONG se mobilisent face à l’urgence, tel qu’Amnesty International ou Russian LGBT Network, qui appelle les personnes menacées par le gouvernement de Ramzan Kadyrov à les contacter immédiatement.

Interrogé en avril dernier par l’agence de presse russe Interfax, Alvi Karimov, porte-parole du gouvernement tchétchène, avait déclaré : « Vous ne pouvez pas arrêter des gens qui n’existent pas dans la République ».

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