On a suivi les militant.e.s écolo partis bloquer les pollueurs à la Défense

Le lieu était tenu secret jusqu’à ce matin. Vendredi 19 avril, une grande action de désobéissance civile pour le climat a eu lieu dans le quartier de la Défense, à Paris. Lancée par GreenPeace, les Amis de la Terre et Action Non Violente-COP21 (ANV COP-21), et soutenue par onze autres ONG – Extinction Rebellion France, Unis pour le climat… – l’opération portait un nom on ne peut plus clair : “Bloquons la république des pollueurs.”

Elle avait été annoncée dans une tribune publiée sur Francetvinfo : “Pour que le droit de toutes et tous à une vie digne soit respecté, aujourd’hui comme demain, les cadeaux d’Emmanuel Macron aux multinationales doivent cesser (…) La République des pollueurs doit être paralysée.” Dont acte : selon les organisateurs, 2030 personnes ont participé au blocage de l’entrée des tours de la Société générale, d’EDF, de Total mais aussi des locaux du Ministère de la Transition Ecologique et Solidaire.

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“Scène de crime climatique”

Il est presque 9 heures devant le siège de la Société générale, et sous les yeux de salari.é.s interloqué.e.s – “Nous partageons votre constat, mais vous allez vous mettre tout le monde à dos”, “ça ne sert à rien” – des militant.e.s donnent de la voix. “Moins de banquiers, plus de banquise”, “Et 1, et 2, et 3 degrés – C’est un crime, contre l’humanité”, “Changer le système, pas le climat”, crient plusieurs personnes postées aux différentes entrées de la grande tour. Certaines sont debout, d’autres assises derrière des bannières “scène de crime climatique”. Plusieurs ont également réussi à rentrer à l’intérieur du bâtiment, et restent assises calmement dans le hall, sous les yeux des agents de sécurité. Idem dans tous les autres lieux bloqués.

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Le visage d’Emmanuel Macron est affiché partout : sur les murs, le sol, les vitres de la tour. Des portraits du chef de l’Etat, décrochés dans plusieurs mairies des dernières semaines par des militant.e.s d’ANV-COP 21, sont également brandis. Il est présenté comme “le président des pollueurs”.

“Nous demandons que le gouvernement cesse ses concessions auprès des multinationales : au lieu d’être prises par les personnes censées nous représenter, les politiques pour le climat se prennent ici, à la Défense”, nous dit Jon Palais, l’un des fondateurs d’Alternatiba et ANV-COP 21. Et de rappeler comment EDF privilégie le nucléaire, ou comment Total préfère investir dans les énergies émettrices de gaz à effet de serre. Idem la Société générale, dont les Amis de la Terre avaient pointé le soutien à l’exportation du gaz de schiste.

“La loi permet de nous tuer”

Or, selon le militant écologiste, “le problème est qu’aujourd’hui il est légal pour toutes ces entreprises de continuer ces activités polluantes, qui détruisent les conditions de vie de l’humanité. En fait, la loi permet de nous tuer”. D’où l’action d’aujourd’hui, même si les marches ou pétitions pour le climat sont pour lui “indispensables”. “On désobéit parce qu’il y a une distorsion entre ce qui est légal et légitime. L’idée n’est pas juste d’être dans quelque chose de plus radical : en interpellant et en empêchant vraiment l’activité de ces entreprises, notre démarche est justement civique et vertueuse.”

Toutes les personnes participant à ce blocage ont dû suivre une formation de désobéissance civile, axée notamment sur l’aspect “non-violent”. Lequel est très important selon Claire, une membre de GreenPeace qui se félicite que le blocage se passe dans “le calme”. C’est le cas : quand les forces de l’ordre viennent tenter déloger plusieurs activistes en les gazant, tout le monde lève les mains en criant : “La police doucement, on fait ça pour vos enfants.” Ils et elles restent en place, tandis que certain.e.s sont pris.e.s en charge par les street-medics.

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“Il fallait passer la seconde et faire une action beaucoup plus forte”

La militante rappelle que l’ONG est habituellement peu coutumière de ce genre d’actions. Mais que, vu la situation actuelle, il était nécessaire d’agir d’aujourd’hui : “Cela fait des semaines que nous marchons pour le climat, avec toujours plus de monde. Pourtant, rien ne bouge ! Il fallait donc passer la seconde, et faire une action beaucoup plus forte.” Elle a conscience de pouvoir terminer en garde à vue, mais le fait “en connaissance de cause” : “On s’expose à certains risques, mais c’est pour un combat qui est légitime. Le but est de faire bouger le gouvernement. On ne lâchera rien tant que ça ne sera pas le cas.”

Même discours chez Julie, Claire et Audrey, trois jeunes femmes bloquant une entrée latérale – la première est même accrochée à un poteau avec du serflex. Après la première marche pour le climat, cette action est la deuxième “manif” d’Audrey, qui arbore un brassard vert : “Il y a beaucoup de monde qui vient des marches, et qui découvrent ce type d’action, qui me semble inévitable. Les deux sont complémentaires.” Claire : “Le but est de rester le plus longtemps possible. On n’est pas contre discuter avec les travailleur.s.es, c’est intéressant de pouvoir échanger les points de vue”.

Celle qui vient plutôt du “social” estime que les combats sont liés : “Justice sociale, fiscale, environnementale… Toutes ces luttes convergent pour aller vers une nouvelle répartition des ressources.” Selon elle, “les recours institutionnels et légaux ne servent pas à grand-chose, car ils seront de toute façon récupérés d’une manière qui ne me convient pas, puisque le système ne me convient pas. Il faut un rapport de force”. Il est environ midi, les militant.e.s sont toujours là. Un panneau en hauteur fait défiler une publicité de la Société générale. Son message : “C’est vous l’avenir.”

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