Archives pour la catégorie acutalité

ONPC: Quand Angot tente de faire dire que Mélenchon et Marine Le Pen, c’est la même chose

« Vous avez dit que si ce quinquennat échoue, on aura ou Mélenchon ou Le Pen. J’ai une question à vous poser. Parce que je pense qu’il y a beaucoup de gens pour qui ça ne va pas de soi. Vous établissez une équivalence. S’il y a une équivalence, laquelle est-elle ? » De qui parle donc Christine Angot ?

Samedi soir, la chroniqueuse d’On n’est pas couché a vainement tenté de démontrer une éventuelle porosité entre le leader de LFI et celle du FN, en questionnant le député « constructif » Thierry Solère, invité politique.
« Pour moi, ce n’est pas la même chose », a-t-il répondu. Et l’écrivaine repart alors à l’assaut : « Et à quel endroit ça se rejoint ? », alors que l’organisateur de la primaire de la droite à la présidentielle rappelait les différences fondamentales qu’il existe entre les deux leaders – et des deux partis.

Ce dernier a fini par y voir un peu plus clair : « Je comprends mieux. Vous essayez de montrer, de savoir si chez moi c’est la même chose ? Voilà, Non ! » Nous, on cherche encore à savoir où veut en venir Christine Angot, après cette prestation et celle de la semaine précédente face à Alexis Corbière.

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Quand un photographe se plonge dans le Paris des touristes

Comme est né ton projet « Parisian Vacancies » ?

Aliocha Boi : L’été, j’essaie normalement de partir, de m’éloigner de cet univers ultra-touristique. Mais cette année, j’ai décidé de rester pour documenter Paris sans les Parisiens. La tour Eiffel, le boulevard Haussmann, la cathédrale Notre-Dame, Montmartre, les Tuileries, le Louvre… J’ai écumé tout le Paris touristique. Ce sont des lieux que j’ai rarement l’occasion de visiter et j’ai vraiment été frappé par la concentration de touristes.

(©Aliocha Boi)

Pourquoi t’es-tu intéressé à la figure du touriste ?

L’une de mes grandes sources d’inspirations est le photographe britannique Martin Parr, qui a fait plusieurs séries sur le tourisme de masse. Depuis tout petit, je m’intéresse à ce phénomène et j’ai donc voulu le documenter à ma manière. Ce n’est pas forcément par attrait pour ce monde mais plutôt par curiosité.

(©Aliocha Boi)

Ton travail est divisé en deux séries : « Flow », qui saisit sur le vif les hordes de touristes, et « Freeze », qui se focalise sur les visiteurs prenant la pose devant la pyramide du Louvre. Comment les as-tu construites ?

Au mois d’août, j’ai décidé de sortir photographier tous les jours à Paris. Je me suis « déguisé » en touriste pour passer « inaperçu » : j’avais mis une casquette « New York », un gros short… À la fin du mois, quand j’ai trié mes photos, j’ai été frappé par l’opposition entre le mouvement (« flow ») et l’arrêt (« freeze »). J’ai donc décidé de me focaliser sur ces notions pour construire ces deux séries, en opposition.

Qu’est ce qui t’as le plus surpris quand tu photographiais ?

Ce sont surtout des sensations. Pour la série « Flow », j’ai essayé de faire ressentir le fait que je me suis vraiment senti oppressé. L’impression d’être perdu parmi une horde de personnes pressées, qui allaient de lieu touristique en lieu touristique quasiment sans s’arrêter… Je me sentais presque « mal » et c’est ce que j’ai voulu documenter.

Pour « Freeze », c’est un phénomène que j’observe depuis quelques années et qui me fascine : pourquoi se prendre devant un lieu touristique et non pas le prendre tout seul ? Ce n’est pas une critique, c’est juste intéressant : on est en pleine ère de la représentation de soi, du selfie, de la mise en avant sur les réseaux sociaux… Mais ça va même au-delà de ça : c’est aussi se mettre en avant pour ses proches, ses amis, pour aussi montrer qu’on a été à tel endroit, à tel moment…

(©Aliocha Boi)

Dans tes premiers travaux, tu te concentrais davantage sur la photographie urbaine, de bâtiments ou de lieux abandonnés… Qu’est ce qui te plaît dans la photographie de rue, celle que tu as développée dans ce projet ?

J’ai commencé par la photographie urbaine non pas forcément par passion mais parce que c’est la première chose que j’ai documenté : mon environnement. J’aime encore jouer avec l’architecture, les lignes, les symétries… Mais récemment, j’ai beaucoup voyagé : j’ai fait un reportage à Cuba et un autre à Shanghaï, grâce auxquels j’ai découvert la photographie documentaire. C’est-à-dire raconter une histoire en photographiant et non plus seulement photographier par thèmes.

C’est ce que tu as essayé de faire avec « Parisian Vacancies » ?

Je trouve en effet que ça va à l’encontre de ce que je faisais au départ. Mes premiers travaux étaient des photos très symétriques, très composées, assez froides… Là, ce sont des photos décomposées, même si elles respectent une certaine logique : elles se lisent de gauche à droite avec, généralement, une personne à gauche, une au milieu et une à droite.

Dans la série « Flow », les photos sont plus fortes dans un sens photogénique. J’ai voulu travailler sur les concepts de « masse » et de « double ». C’est-à-dire qu’il y a toujours cette foule omniprésente dans mes clichés mais j’ai cherché à jouer sur la répétition. Dans une photo, on voit des jumelles. Dans une autre, c’est une famille de fumeurs (la répétition du geste). Dans une troisième, on voit deux femmes habillées en rouge…

(©Aliocha Boi)

Que veux-tu raconter à travers tes clichés ?

Le thème global de mon travail est de documenter le passage du temps. Quand je photographie des bâtiments et des lieux abandonnés, comme je continue à le faire, c’est une manière de raconter le temps qui passe. La logique est la même dans la photographie de rue : à Cuba, j’ai documenté l’île à la veille d’un moment historique, la mort de Fidel Castro. À Shanghaï, j’ai photographié un vieux quartier en passe d’être détruit. Tant de la photographie urbaine que documentaire, ça se rejoint.

Propos recueillis par Elise Koutnouyan.

« Parisian Vacancies » est à retrouver sur le site d’Aliocha Boi.

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« La bataille n’est pas finie, elle commence » : Mélenchon réussit sa mobilisation

Ce samedi 23 septembre à Paris, on a beaucoup entendu le mot “résistance”. Il est 14 heures et, sur une place de la Bastille bondée, des milliers de manifestants attendent l’arrivée de Jean-Luc Mélenchon pour entamer leur “marche contre le coup d’Etat social”, qui les mènera jusqu’à République. Les bonnets phrygiens sont de sortie, les pancartes peu amènes envers la personne d’Emmanuel Macron et sa politique aussi – florilège : “Macron t’es grillé, ça se voit que t’aimes que la finance, pas la France”, “Pour la séparation du Medef et de l’Etat”, “Non à la casse du code du travail”, un classique “Rends l’argent” ou un plus trivial “En haut des couilles en or, en bas des nouilles encore”.

A l’initiative du leader de la France insoumise, cette manifestation contre la réforme du code du travail par ordonnances – et, plus globalement, contre la politique du chef de l’Etat – se voulait un signal fort : celui de montrer qu’ils ne “lâchent rien”. JLM, qui sera rejoint dans le cortège de tête par Benoît Hamon et salué par Pierre Laurent, malgré les bisbilles récentes avec le PCF, a annoncé la présence de 150 000 personnes (30 000 selon la police). Ce qui équivaudrait à 20 000 personnes de plus que lors de sa “marche pour une VIe République” de mars dernier, toujours selon les chiffres de LFI. Comme le dira Jean-Luc Mélenchon lors de son allocution finale, pour lui, “la bataille n’est pas finie, elle commence”.

« Massacre social »

Il est environ 14h20 quand il arrive, précédé de peu par les députés de la France insoumise. Un homme assure qu’il vient de voir “Jean-François Ruffin” – bon, il y a un “Jean” en trop mais en effet le réalisateur de Merci Patron! était bien là -, il y a aussi Alexis Corbière, Danielle Simonnet ou encore Adrien Quatennens. La CGT, déjà à l’origine de la manif du 12 septembre, est représentée, tout comme le Mouvement du 1er juillet d’Hamon, le NPA ou le PCF, qui a envoyé une délégation. Des manifestants sont également venus de toute la France, transportés par des “cars insoumis” spécialement affrétés pour l’occasion. Parmi eux, Carlos, 71 ans, venu de Toulouse, qui pense que “si le peuple descend dans la rue en masse, Macron sera obligé de reculer”. Affublée d’une pancarte “Je suis fainéante” – en référence aux désormais célèbres paroles du Président – Catherine, 67 ans, est moins optimiste. Elle “tremble pour ses petits enfants” face à ce “massacre social” que représentent selon elles les ordonnances Macron. Mais ne veut pas se laisser abattre pour autant : “La mobilisation d’aujourd’hui n’aura pas forcément d’impact sur ce gouvernement, qui est plus rigide que ma grand-mère dans sa tombe. Mais, en participant à la manif, on montre aux gens qu’ils ne sont pas seuls.”

“Tous ensemble” sera d’ailleurs l’un des mots d’ordre de Jean-Luc Mélenchon dans son discours prononcé sur la place de la République – peu avant, en marge de la manif, « de brefs incidents ont éclaté entre militants radicaux des « black blocs » et des partisans de l’ex-candidat à la présidentielle, comme le raconte ce papier du ParisienLe député, portant une cravate rouge et son écharpe de parlementaire, entame son allocution, sans notes, en assurant que “personne n’avait parlé au peuple français de cette façon”, faisant encore référence aux “fainéants”. Et d’ajouter : “C’est pourquoi en vous rassemblant, quand bien même vous ne partagez pas toutes nos opinions, vous êtes comme nous des indignés qui n’acceptent pas qu’on leur parle sur ce ton.”

« Pour que les ordonnances aient force de loi, il faut qu’elles repassent devant l’Assemblée nationale.”

Vient ensuite un “petit cours d’histoire” à destination du chef de l’Etat, qui, trois jours plus tôt, déclarait sur CNN que “la démocratie, ce n’est pas la rue”. “C’est la rue qui a abattu les rois, c’est la rue qui a obtenu les congés payés, c’est la rue qui a obtenu le droit au logement opposable…”, liste ainsi Mélenchon. Il évoque ensuite “le bras de fer social” dans lequel ses soutiens seraient engés, et explique que “au-delà des ordonnances en soi, condamnables sur leur principe même et par leur contenu anti-social, c’est la défense de la République qui est en jeu : au-dessus de tout il y a les lois, et les lois s’appliquent à tout le monde de la même manière”. Mélenchon souhaite particulièrement s’adresser à la jeunesse, “car c’est d’abord elle qui va être touchée par le monde que les gens au pouvoir sont en train de construire”. “Mettez vous en mouvement!”, lance-t-il aux jeunes, à qui il demande d’être “dignes de [leur] âge et de ceux qui [les ont] précédés”. Il tape également sur les politiques d’austérité mises en place par l’Union européenne, sur les médias – “Dégagez!” crient les gens dans la foule, mot repris par JLM – ou s’inquiète à propos des problématiques du réchauffement climatique ou de la crise du logement social.

En bref, y croit-il toujours ? Le leader de l’opposition, décidément d’humeur très professorale, s’appuie sur “un petit cours de droit constitutionnel” pour signifier que oui, il n’est pas trop tard. “Nous ne somme pas, en dépit des apparences, dans une monarchie. Il reste quelque chose d’encombrant : le Parlement. Pour que les ordonnances aient force de loi, il faut qu’elles repassent devant l’Assemblée nationale.” En attendant de connaître la date, il assure qu’ils “sont prêts à se ranger derrière les organisations syndicales” et propose de “déferler à un million sur les Champs élysées”. Il appelle également à initier des “casserolades” samedi prochain : “Vous allez venir avec des casseroles et faire le plus de bruit possible. Le sens du message : vous nous pourrissez la vie, vous nous empêchez de rêver, alors on vous empêche de dormir.” La sono diffuse à fond la chanson “On lâche rien” de HK et les Saltimbanks. Dans la foule, tout le monde chante.

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Comment les drones secrets d’Obama ont assassiné de nombreux innocents

En 2013, Barack Obama est formel : ne peuvent être visés par les attaques de drone que des individus qui représentent une « menace permanente et imminente pour le peuple américain« . Et ce avec « l’assurance presque totale » de n’engendrer aucun dégât collatéral. En octobre 2015, le site d’information The Intercept publie un long dossier de révélations sur le programme d’assassinat par drone de l’administration Obama, et pointe du doigt un grand nombre de dysfonctionnements majeurs qui sont à l’origine de la mort de centaines d’innocents.

Faire la guerre sans champ de bataille

Jeremy Scahill et son équipe de reporters développent dans La Machine à tuer la façon dont Barack Obama a fait des assassinats ciblés par drone son arme favorite pour lutter contre le terrorisme, comme au Yémen, où une frappe avait lieu tous les six jours en 2012, entraînant près de 500 morts en trois ans. Un territoire où les Etats-Unis ne sont pas officiellement en situation de « conflit armé actif« , ce qui restreint en théorie leurs possibilités d’intervention.

Mais dans le but de combattre Al-Qaïda sur toute la surface du globe, l’administration américaine s’est dotée de directives assez floues pour lui permettre d’agir sans vraiment rendre de comptes. Et surtout pas au pays dans lequel sont menées ces opérations. Ainsi, un responsable politique yéménite raconte anonymement qu’aujourd’hui, « ils (les USA) s’en fichent complètement d’avertir qui que ce soit » avant de lancer un drone vers une cible au Yémen.

Tout le flou autour de ces directives que Barack Obama, qui contrôle chaque échelon de la prise de décision avant de lancer une attaque de drone, refuse d’expliquer à la presse tient dans l’interprétation que l’armée fait des notions de « menace imminente » et de la façon dont elle juge impossible un autre type d’intervention comme la capture du suspect. Si l’ancien président américain parlait de « menace imminente« , les documents révélés par The Intercept expliquent que toute autorisation d’exécution s’accompagne d’un délai de deux mois pour être réalisée.

Hina Shamsi, de l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), s’interroge sur ce que signifie ce laps de temps : “Si vous avez une autorisation pour une période de plusieurs mois, vous signifiez qu’une personne peut toujours être visée, qu’elle participe ou non aux combats”.

Plus de captures de cibles au sol

Quant à la possibilité d’une capture en lieu et place d’une exécution, le commentaire du général de l’Agence du renseignement militaire (DIA) Michael Flynn ne laisse pas de place au doute : elle n’est pas du tout dans les priorités du gouvernement américain. « Dans la stratégie des drones, ‘capture’ s’écrit sans majuscule« , confesse-t-il avant de décrire la fascination de la CIA devant la facilité macabrement ludique qu’a un drone à faire exploser une bombe sur cible.

Mais le plus terrifiant dans les chiffres que regroupe l’équipe de The Intercept reste celui des innocents abattus par drones américains. Entre 2012 et 2013, en Afghanistan, seules 35 des 200 personnes abattues par drone étaient réellement ciblées. Pour cacher la misère, l’administration américaine n’hésite pas à classer les victimes collatérales comme des « ennemis tués au combat« , et ce sans avoir de preuve sur ces victimes.

Au Yémen, le bilan pourrait être encore plus lourd, principalement à cause de l’absence de renseignements au sol. En effet, les seules données exploitables dont dispose l’armée au moment de décider d’une attaque de drone au Yémen sont les données tirées du pistage des téléphones portables par des dispositifs de fausses antennes relais. Des données faillibles qui ne peuvent pas confirmer à 100% la présence d’un individu recherché au moment de l’attaque, les terroristes ayant compris le fonctionnement de la surveillance américaine et jouant régulièrement avec leurs cartes SIM pour brouiller les pistes.

Les assassinats sont nuisibles au renseignement

Au fil de la lecture, on en vient même à se demander pourquoi l’armée américaine s’entête dans l’utilisation d’une technique d’assassinat qui la prive de précieux renseignements pour poursuivre sa lutte contre Al-Qaïda. Car l’absence de travail sur le terrain au Yémen prive l’armée américaine de précieuses informations utiles pour la lutte contre le terrorisme. Après une attaque de drone, personne n’est au sol pour récupérer les documents manuscrits, les ordinateurs, les téléphones, arrêter des individus qui pourraient posséder des informations. Les morts, quant à eux, n’ont plus rien à dire.

« C’est le choix politique le plus avantageux : coût faible, pas de mort du côté américain, et ça donne une impression de force », dixit l’amiral Dennis Blair, ancien directeur national du renseignement de Barack Obama, à propos des drones

Plongée dans les méandres de l’administration militaire américaine saupoudrée d’exemples donnant à toute cette guerre bien réelle un aspect irréel et cinématographique, La Machine à tuer est un livre technique qui sait guider son lecteur vers une vérité glaçante. Non content de manipuler des données arbitraires sans rendre de comptes à personne, l’armée, sous le contrôle de Barack Obama, a ouvert la porte à une l’ère de la surveillance totale en élargissant sensiblement la définition de « terrorisme » au point qu’aujourd’hui la Base de données de détection du terrorisme (TDSD) suit près de 700 000 personnes.

Plus encore, les techniques de surveillance militaire capables de récolter des données de façon invisible commencent à faire leur apparition sur le sol américain, utilisées par les forces de l’ordre la plupart du temps pour des infractions qui n’ont rien à voir avec une quelconque activité terroriste.

En guise de guide, Jeremy Scahill et son équipe mettent à disposition un dictionnaire de sigles (très nombreux dans le livre, vital pour suivre certains chapitres), ainsi qu’un lexique des termes utilisés dans les rapports dévoilés par The Intercept (vous apprendrez ainsi qu’une cible abattue est un « jackpot« ). Le tout augmenté d’une préface pleine d’idéaux d’un Edward Snowden se félicitant que “de nos jours, les politiques calamiteuses et les activités anticonstitutionnelles restent de moins en moins longtemps sous le boisseau avant d’être mises en lumière par des appels à la conscience”, et du témoignage anonyme de l’une des principales sources qui a amené les documents à The Intercept, expliquant les raisons de ses divulgations. Pour mieux comprendre les dérives à venir des guerres de demain, et déjà se préparer à les contrer.

Jeremy Scahill et l’équipe de The Intercept, La Machine à Tuer, Lux Editeur

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Alexia Cassar, la tatoueuse qui réparait les seins

« Ça va, t’es en vie. De quoi tu te plains ? » Après l’ablation d’un sein, suite à un cancer, Aurélie avait cette petite voix dans sa tête. Des années de lutte jusqu’à une reconstruction mammaire imparfaite. Un sein incomplet, sans téton. Mais bon, « t’es en vie, de quoi tu te plains ? »

Un temps, Aurélie se résigne. Parce que souvent, « on a juste envie de tourner la page ». Jusqu’à ce qu’à ce qu’une petite annonce dans une revue spécialisée fasse germer l’espoir. Jusqu’à chasser la petite voix. Jusqu’à ce qu’elle franchisse la porte de la tatoueuse qui répare les seins.

La seule formée en Europe

« Attention, je ne fais pas de miracle, prévient d’emblée Alexia Cassar en ouvrant la porte de sa petite clinique de la grande banlieue parisienne. Je triche juste un peu avec la nature. » Avec ses cheveux blonds coiffés en crête, ses yeux bleus cerclés de noir et les tatouages vifs qui ornent ses bras, elle a comme air de Veerle Baetens dans Alabama MonroeOn s’attendrait presque à ce qu’elle fredonne du bluegrass en claquant des doigts. Bref, la gueule de l’emploi.

Mais Alexia Cassar n’est pas n’importe quelle tatoueuse. A 40 ans, elle est la seule en Europe a être formée à la technique du tatouage 3D pour réparer les aréoles, la zone sombre autour du mamelon. Là aussi, elle émet une réserve. « D’autres tatoueurs proposent ce type de services. Je suis la seule en Europe à être formée à cette technique particulière et à ne faire que ça. » Peu de salons offrent une telle prestation, aucun exclusivement. Les tatoueurs ne sont pas formés pour traiter de peaux si fragiles.

Relief définitif

Lorsqu’une patiente subit une mastectomie suite à un cancer, les chirurgiens s’efforcent de refaire au mieux la poitrine sectionnée. Souvent en prélevant de la graisse du ventre ou des muscles du dos. Parfois avec une prothèse. Mais le moins maîtrisé reste la reproduction du téton. Il arrive qu’on prélève une partie des grandes lèvres pour faire l’aréole, un bout d’orteil ou du mamelon restant pour faire le nouveau. Des traitements lourds où la greffe ne prend pas forcément.

Il y a aussi le tatouage médical, avec des pigments épais qui ne s’intègrent pas définitivement sous la peau. Celui-ci disparaît au fil du temps, nécessitant de le refaire régulièrement. Des visites qui empêchent de se remettre complètement, de se sentir pleinement reconstruite.

Ici encore, Alexia Cassar tient à préciser. « Le tatouage 3D est une alternative parmi d’autres. Il y a beaucoup de solutions valables. » Il n’empêche, sa technique présente de gros avantages. C’est définitif : un premier tatouage d’environ quatre heures et une visite de suivi suffisent à fixer le nouveau téton. C’est parfaitement effectué. Détails minutieux et effet de relief saisissant.

Une patiente d’Alexia Cassar avant et après son tatouage.

Quinze ans dans la recherche

Alexia Cassar passe après les tumeurs, les chirurgiens, les mastectomies et les cicatrices. Son boulot, c’est la dernière étape avant de pouvoir « définitivement tourner la page ». Armée de son stylet, elle dessine un téton en trompe-l’œil. Une technique importée des Etats-Unis, développée par le pape en la matière, Vinnie Myers, superstar outre-Atlantique du tatouage de tétons. Il y a deux ans, elle est partie se former au Texas, auprès d’une des disciples du maître.

Mais la particularité d’Alexia Cassar ne s’arrête pas là. Son rapport avec le cancer est quasi-charnel. Biologiste de formation, elle a passé quinze ans dans la recherche en cancérologie, au sein de différents hôpitaux et laboratoires pharmaceutiques.

Plus tard, c’est dans sa vie personnelle que le cancer s’invite et bouscule tout. Il y a deux ans et demi, on diagnostique une leucémie à sa petite fille, alors âgée de 10 mois. L’enfant et la famille surmontent l’épreuve.

Pivoines, clinique et discrétion

« J’ai pris conscience de certaines choses, ça m’a remise à ma place », raconte-t-elle, sans réussir à verbaliser réellement sa mue. Elle se tatoue. Des pivoines rouges sur le bras. Quand elle raconte ce morceau de vie, on distingue de l’invisible, de l’insaisissable. Elle ne l’explique pas mais comprend une chose. « Ça a signé ma séparation avec le milieu pharmaceutique. »

Alexia Cassar lâche tout quelques mois plus tard et décide de se mettre au service des ces patients qu’elle côtoyés pendant quinze ans sans jamais véritablement les voir. Elle découvre Vinnie Myers. A partir de là, tout s’enchaîne.

« J’ai toujours dessiné, depuis que je tiens un stylo. Ça m’a semblé naturel comme choix. » Elle contacte alors le syndicat national des tatoueurs. Fin de non-recevoir. « Ça ne nous intéresse pas, ce n’est pas de l’art. » Elle dégotte quand même un tatoueur chez qui elle part en apprentissage à presque 40 ans. Elle suit en parallèle une formation de tatouage médical. Avant de partir au Texas, pour l’ultime étape, le trompe-l’œil.

« The Téton Tattoo Shop »

Objectif suivant : une clinique. « Je ne voulais ni bosser à l’hôpital ni dans un salon de tatouage, ni chez un esthéticien. » Mais les banques la fuient. Elle lève donc des fonds en crowdfunding, amasse plus 30 000 euros en deux mois et complète le reste avec ses économies.

Début septembre, elle ouvre un espace dédié, « The Tétons Tattoo Shop ». Un petit box de 20 m2 fixé au fond de son jardin et séparé en trois espaces. Salle d’attente, bureau, table de tatouage. Difficilement trouvable au milieu des pavillons de sa banlieue tranquille. « Je ne veux pas mettre d’enseigne. Quand on vient ici, on n’a pas forcément envie que ça se sache. » A l’intérieur, « un petit cocon » où tout est fait pour « se sentir bien ». De grandes fleurs ornent les murs. Des références au téton partout, sous forme de des clins d’œil. Ici un galet en forme de sein. Là, une cerise sur le gâteau. Elle éclate de rire. « Comme je suis un peu rock, j’ai eu du mal à ne pas mettre une petite tête de mort.” On la rassure, c’est très bien comme ça.

« Une renaissance »

Les patientes sont de plus en plus nombreuses. Envoyées par les anciens réseaux d’Alexia Cassar dans les hôpitaux parisiens, bouche-à-oreille ou annonces sur Facebook. Elle a réparé plus d’une vingtaine de femmes.

« C’est comme une renaissance, explique-t-elle. Elles remettent le sein à la place où il doit être. » Une de ses patientes a réussi à enlever son t-shirt devant son mari pour la première fois en trois ans. Une autre a ressenti des sensations sur son téton pourtant disparu.

Pour Aurélie, qui a franchi toutes les étapes hospitalières du cancer, « bête et disciplinée », l’intervention d’Alexia Cassar était « nécessaire pour tourner la page. Je ne me rendais plus compte combien c’était important. Pour reconstruire mon image. »

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Reportage à la Maison des femmes de Saint-Denis, un lieu où les patientes vulnérables “se sentent autorisées à parler”

Pour rentrer à la Maison des femmes, Khadija*, élégante quadragénaire aux mains graciles, a dû sonner à la porte. Comme le symbole d’un lieu rassurant, sécurisé ; mais en même temps ouvert sur le monde puisque, pour y accéder, il suffit d’appuyer sur ce petit bouton métallisé. Pourtant, il n’est pas toujours facile d’entreprendre cette démarche, d’apparence anodine : la plupart des patientes de cet établissement socio-médical situé à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ont vécu, ou vivent, des situations difficiles, tragiques, voire tout cela en même temps – Khadija, venue consulter pour des complications liées à son excision, subie alors qu’elle n’était qu’une petite fille en Guinée, assure par exemple connaître “toutes les douleurs du monde”. Enfin, exceptée une seule : “Celle de la mort.”

Dans ce lieu neuf, coloré et bien entretenu, entouré de verdure, les femmes comme Khadija trouvent écoute, conseils, soins, et, surtout, bienveillance. De l’aide matérielle, aussi : des vêtements sont à distribuer tandis qu’au standard, des serviettes hygiéniques et des tampons sont en libre service, non loin de brochures de prévention. Dessus, on peut lire des messages du type : “Groupe de parole pour les victimes d’excision” ou encore son équivalent “pour les femmes victimes de violences conjugales”. Car le lieu, rattaché au centre hospitalier Delafontaine de Saint-Denis, et financé à la fois par des fondations privées, l’Etat, et les collectivités locales, se divise en trois pôles : un planning familial, une unité “violences” et une unité “mutilations sexuelles”. Il n’est pas rare que les femmes qui poussent la porte de l’établissement – 35 par jour en moyenne soit plus de 10 000 consultations depuis l’ouverture – soient là pour les deux dernières. Enfin, pas officiellement : souvent, leur parole se libère après avoir fait de cette Maison un lieu où elles se sentent enfin chez elles.

“La violence humaine et la misère se cachent aussi dans les quartiers plus riches”

La Seine-Saint-Denis, où le taux de pauvreté atteignait 27,8% en 2013 selon l’Insee – tandis que le taux de chômage montait à 18,9% – est un département où la situation sanitaire et sociale est particulièrement sensible. Selon l’Observatoire départemental des violences envers les femmes, 36 000 habitantes du 93 de 15 à 59 ans ont déjà subi des violences conjugales – un chiffre, s’il est similaire aux statistiques nationales, qui n’en est pas moins alarmant. A cette situation s’ajoute celle de la crise migratoire : le département accueille nombre de femmes ayant fui le quotidien compliqué et violent de leurs pays d’origine. Autant de patientes pas forcément au courant de leurs droits, isolées, et a fortiori perdues dans leurs démarches, qu’elles soient médicales ou administratives. L’idée de la Maison des femmes est ainsi de centraliser un certain nombre de services, de façon à leur simplifier la tâche. Environ 25 personnes, bénévoles ou salariées, travaillent dans l’établissement, et proposent leur expertise de psychologue, de sexologue, de sage-femme ou encore d’avocat. Le lieu est cependant ouvert à tous les profils de femmes, qui se déplacent ici d’un peu partout en Île-de-France, comme nous le rappelle Violette Perrotte, jeune et – ultra – dynamique cheffe de projet de l’établissement : “La violence et la misère humaine se cachent aussi dans les quartiers plus riches, partout en fait. En soi, il faudrait une maison comme la nôtre dans tous les quartiers en France.”

L’unité “mutilations sexuelles” est dirigée par la gynécologue Ghada Hatem, également à l’origine de la création de l’établissement – pour rappel, selon l’Ined citant cette étude, il y aurait quelque 55 000 femmes excisées en France. La “patronne”, comme ses collègues la surnomment avec affection, a porté à bout de bras ce projet pendant plusieurs années. Il a finalement vu le jour il y a un peu plus d’un an, pour sa plus grande satisfaction, même si elle estime l’agrandissement des lieux nécessaire et aimerait obtenir de nouvelles levées de fonds. “J’ai toujours aimé organiser, optimiser, améliorer (…) Et avant d’être à Saint-Denis, je n’avais jamais reçu de femmes dans de telles situations. Avec la Maison des femmes, nous avons été identifiées et vues comme la ressource qui manquait, un lieu où elles se sentent autorisées à parler”, nous explique la médecin, légèrement en retard pour notre rendez-vous – elle sort du bloc, on lui pardonne volontiers. Elle débarque, volumineuse chevelure au vent, une quiche aux épinards dans une main et un exemplaire du Point spécial hôpitaux dans l’autre. Plusieurs consultations sont prévues à son planning aujourd’hui – il est possible aussi de venir sans rendez-vous – mais elle a peur que tout le monde ne vienne pas en ce 2 septembre : “C’est l’aïd!”

Tenir bon

Ce jour-là, on rencontre tout de même trois patientes. Khadija donc, Aïssatou et Mariame. Trois femmes aux parcours différents, mais en même temps tristement similaires. Elles sont reçues dans le bureau de Ghada Hatem, dont la porte d’entrée est affublée d’un portrait de la peintre mexicaine Frida Kahlo – il y a d’ailleurs, un peu partout dans l’établissement, des photos de femmes inspirantes, allant de Joan Baez à Benoîte Groult en passant par Rosa Parks. “Pourquoi êtes-vous venue me voir?”, demande avec douceur le docteur Hatem à Khadija, assise droite comme un i devant son bureau. A 47 ans, cette femme anciennement engagée en politique a quitté sa Guinée natale après avoir été “kidnappée, violentée et violée” par le parti adverse au sien. Prison, faux passeport, passage par le Maroc…. Elle a finalement terminé son périple en France, en janvier 2015. Depuis, elle a obtenu le droit d’asile – elle montre fièrement sa carte de séjour.

Aujourd’hui, elle est là parce que son excision “lui cause beaucoup de problèmes”. Pas de libido, des rapports sexuels douloureux, des accouchements synonymes de calvaire – ses quatre enfants, qu’elle a régulièrement au téléphone, sont restés en Guinée, chez sa mère. Elle aimerait avoir des renseignements sur les opérations de réparation, elle qui n’a peur de rien puisqu’elle a déjà vécu le pire. Le récit de son excision – et de ses conséquences – est très difficile à entendre. Elle mime la lame brûlante qui lui a enlevé son clitoris, alors qu’elle était enfant, causant presque sa mort des suites d’une hémorragie. La même lame qui, quelques années plus tard, servira à “la déchirer” : outre l’excision en tant que telle, les femmes qui s’étaient occupées de l’opération en avaient profité, sans l’en informer – qui comprend cela de toute façon à neuf ans ? -, pour “la coller”. De quoi rendre violent son premier mari, qui ne comprenait pas pourquoi toute pénétration, lors de rapports sexuels, était impossible. Khadija a tenu bon.

On sort lors de son auscultation, on revient ensuite. Le docteur Hatem lui montre alors plusieurs photos de vulves, mais aussi de clitoris. “Vous voyez, le clitoris, c’est tout ça : il y a seulement un petit bout qui est visible, c’est cela qui vous a été enlevé. Je peux opérer pour faire sortir à nouveau votre clitoris.” Mais de la mettre en garde : l’opération n’est pas forcément synonyme d’amélioration des rapports intimes, cela dépendant de la récupération de chaque femme. Le docteur lui donne un rendez-vous chez la sexologue, puis la psychologue. “Ensuite, on se reverra et vous me donnerez votre décision.”

“Parfois je garde espoir, parfois non”

Mariame, elle aussi, a vécu des moments tragiques. Un mari violent en Côte d’Ivoire, la fuite vers Paris, un viol de la part de son soi-disant “sauveur” ayant facilité son arrivée sur le territoire français. Aujourd’hui, elle est hébergée par le 115 et conseillée par France Terre d’Asile, qui lui a conseillé de se rendre à la Maison des femmes, pour “parler avec des femmes aux mêmes problèmes qu’elle”. Affublée d’une robe en wax et d’une veste en jean, Mariame a tous ses effets avec elle, qu’elle trimballe dans de gros sacs plastiques. Elle a les traits tirés, pleure aussi de temps à autre. Parler de sa situation n’est pas chose aisée pour cette jeune femme pudique et très fatiguée, atteinte de drépanocytose. Elle est venue demander un certificat d’excision, qui pourrait appuyer sa demande d’asile. Ghada Hatem lui donne un rendez-vous chez l’ostéopathe de l’établissement, puis l’enjoint à venir au prochain groupe de parole, qui a lieu le mardi après-midi suivant. Mariame, qui “garde parfois espoir, parfois non” y sera : “Cela va déjà beaucoup mieux d’avoir parlé.” A la question si elle a un homme dans sa vie, sa réponse est en tout cas lapidaire : “Je n’en veux plus.”

Même discours chez Aïssatou, originaire du Sénégal. “Pour l’instant, refaire ma vie avec quelqu’un, c’est en stand by : ce que je veux avant tout, c’est obtenir mes papiers.” Elle raconte sa vie avant son arrivée en France, marquée par une excision à six ans, un mariage forcé, des violences conjugales. Désireuse de devenir mère, cette ancienne fonctionnaire au Ministère de la culture sénégalais n’arrive pas à tomber enceinte. La pression de la belle-famille est forte : “On me disait qu’une femme qui n’a pas d’enfants n’a pas sa place dans le foyer.” Mais Aïssatou n’est pas quelqu’un du genre “à rester les bras croisés” : elle se rend en France pour une Fécondation in Vitro, le rendez-vous est annulé. Nous sommes en 2008, elle a 39 ans à l’époque, elle décide de rester.

Le regard très expressif sous ses lunettes papillon, elle explique comment elle est passée de foyers en foyers, comment un homme l’a violée – elle montre tout à coup une brûlure de cigarette sur son ventre – et comment une famille l’a finalement prise sous son aile. Sa découverte de la Maison des femmes, l’année dernière, fut une révélation. Elle y vient régulièrement. “Le docteur Hatem est formidable, tous les autres aussi. J’ai retrouvé le sourire. Elles me donnent la force, le courage de persévérer ; elles mettent tout à disposition des femmes malheureuses.” Elle cherche activement du travail, “ne lâche rien”. Un jour, Ghada Hatem lui a dit qu’elle était “une championne”. Pour notre part, on ajouterait qu’Aïssatou, Mariame et Khadija sont trois femmes puissantes.

 * Tous les prénoms ont été modifiés

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Seule contre tous, une jeune Rom rêve d’entrer au Sénat

C’est une barre de béton de 7 000 mètres carrés aux airs de squat d’artistes posée sur les rives de la Seine. Le « 6B », à deux pas de la gare RER de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) a tout d’un lieu parisien branché : street art dans la cage d’escalier, ateliers où s’empilent les installations d’art moderne et tables bricolées en palettes de bois. Ne le dites pas à Gérard Larcher et ses collègues sexagénaires mais c’est ici qu’une jeune femme de 27 ans d’origine rom mène campagne pour les sénatoriales prévues ce dimanche 24 septembre.

Anina Ciuciu a un rêve parmi d’autres: entrer au Sénat. Il y a vingt ans, elle a quitté avec sa famille Craiova, en Roumanie, parcouru 1 600 kilomètres jusqu’à un campement sauvage en Italie avant d’atteindre la France, Lyon, le Doubs puis la banlieue de Paris.

“Je veux rendre leur fierté à ceux qui sont obligés de baisser la tête. »

« Nous avons vécu dans un bidonville dans des conditions inhumaines, contraintes de mendier. Mes parents se sont sacrifiés pour que nous puissions aller à l’école comme les autres petites filles. Ma mère m’a toujours dit de cacher que j’étais romni. Elle avait honte pour nous. Aujourd’hui, je veux rendre leur fierté à ceux qui sont obligés de baisser la tête. »

Jeune candidate cherche parti politique

Partout, Anina mène ses combats contre le racisme, contre les violences policières, pour un accès à l’école et à la santé: dans sa vie professionnelle – l’élève avocate au barreau de Paris boucle un stage chez Amnesty international à Londres –  dans son engagement associatif et maintenant dans le monde politique.

//platform.twitter.com/widgets.jsEn juin dernier, la sénatrice écolo de Seine-Saint-Denis, Aline Archimbaud lui fait part de son intention de ne pas briguer de second mandat. L’élue lui propose de prendre sa succession. “J’étais réticente mais les militants autour de moi pensaient que les sénatoriales pouvaient constituer un levier pour porter nos actions”, assure la jeune candidate. Le plus difficile reste à faire: trouver un parti pour l’accueillir.

Anina Ciuciu a longtemps cru qu’un parti politique finirait par l’accueillir sur sa liste pour les sénatoriales (crédit: Bondy blog).

Aline Archimbaud prend les devants. Elle contacte Alexandre Aïdara, référent de La République en marche pour le 93. “Anina avait un parcours intéressant. Et puisque notre mouvement est ouvert à toutes les candidatures, j’ai commencé à discuter avec elle », raconte ce relais du président. Les discussions achoppent rapidement sur la place que souhaite occuper la jeune femme: la tête de liste. Celle-ci est promise à Patrick Toulmet, très proche d’Emmanuel Macron.

“On a déjà remporté une victoire: montrer qu’on peut prendre en main notre destin politique”

Le porte-à-porte se poursuit. Le PCF décline. Ses listes sont bouclées. Le PS accepte de s’unir à Europe Ecologie-Les Verts et renvoie la responsabilité d’intégrer Anina Ciuciu à ses alliés écologistes. Entre-temps, la pression médiatique est montée à son maximum. 300 personnalités nationales et locales signent un appel aux formations politiques « de l’arc écologiste et progressiste ». Les articles « bientôt une sénatrice rom? » se multiplient sur le web.

« Anina est une personnalité très intéressante mais elle nous a été imposée par la presse. J’ai même reçu un appel de 13h15, l’émission de France 2 qui voulait suivre ‘la candidate écologiste aux sénatoriales’ alors que rien n’était encore décidé », s’agace Aurélien Berthou, secrétaire départemental EELV.

Or, les écolos détestent qu’on leur impose un candidat. Nicolas Hulot défait par Eva Joly lors de la primaire de 2011 peut en témoigner. Le 20 août, les militants tranchent. Nettement. Anina Ciuciu recueille trois fois moins de voix. Qu’Aline Archimbaud ait donné son parrainage à Emmanuel Macron pour la présidentielle n’a rien arrangé à l’affaire.

Deux semaines et quelques centaines d’euros pour faire campagne

L’intéressée ne décolère pas: « C’est l’expression d’un conservatisme et d’un repli des appareils politiques. En deuxième position sur la liste PS-EELV, Anina aurait eu de grandes chances d’être élue » Au lieu de ça, la jeune femme se retrouve sans parti pour la soutenir. Tant pis. In extremis, Anina Ciuciu dépose sa propre liste. « J’ai connu bien pire dans ma vie, dépassé des obstacles plus grands », lâche-t-elle.

Aujourd’hui, elle refuse de commenter la décision d’EELV et se concentre sur un travail de titan: convaincre une majorité des 2 300 grands électeurs de Seine-Saint-Denis de voter pour elle. Le temps, deux semaines de campagne, a manqué. L’argent aussi avec un budget inférieur à mille euros. Qu’importe. « C’est le début d’un mouvement qui va grandir. On a déjà remporté une victoire: montrer qu’on peut prendre en main notre destin politique », s’enthousiasme la candidate. Dimanche, peu avant 20 heures, Anina Ciuciu saura si elle continue son combat sous les tags du « 6B » ou sous les ors du Sénat.

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