Archives pour la catégorie acutalité

John Severson: disparition d’une légende du surf

John Severson. Capture d’écran Youtube.

Un jour, béni, John Severson vint m'ouvrir la porte et me dit, avec son sourire de publicité américaine des années 60 : “Bonjour, je suis John”. Je me gardais bien, tant le colosse maniait la modestie, de lui dire que je connaissais par cœur ses photos et récits, comme tant de gens ayant trop fréquenté la côte Basque et ayant construit autour de la mythologie Severson leur imaginaire et fantasmes.

Lui qui, jusqu’à récemmment, surfait encore à Hawaii vient de s’éteindre à l’âge de 83 ans. Photographe, artiste, réalisateur, sujet de films et documentaires en plus d’être un surfer de gros, John Severson avait lancé, avec triomphe, le magazine américain Surfer en 1959. Depuis 1972, cet écologiste convaincu avait quitté le continent américain pour s’installer à Maui, où il est décédé.

Il a largement contribué à faire passer le surf d’un sport confidentiel à un art de vivre, avec son esthétique, ses codes, son éthique et sa coolitude.

Dans son beau livre Surf (Editions Damiani), Severson ne photographiait pas un sport, techniquement, depuis l’eau : il shootait un vent de liberté. Ces images définissaient une génération qui refusa le gris et la rigueur de ses parents, qui découvrait qu’on peut dire non, qu’on est plusieurs, qu’il faut résister le plus longtemps possible à la dictature de la soumission, de la résignation. L’été sans fin, ce mythe sublime des surfers, c’est ça : repousser le plus loin possible l’automne, la vie d’adulte. Quelques mois de plus, quelques vagues de plus.

On ne veut ni lois, ni gouvernement. Dans l’eau, il reste que le surf, la liberté…” Et c’est exactement ce qu’il photographiait : ce moment où l’homme s’arrache à la terre, s’abandonne à ses rêves, échappe à la pesanteur.

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Mais oui, malgré les apparences, le monde va mieux

(Capture d’écran Youtube)

Le monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez !, avec ce titre qui ressemble à une odieuse provocation, Jacques Lecomte tente de nous ramener à une perception plus sereine de la réalité. Ce spécialiste de psychologie positive, une discipline qu’il s’emploie à mieux diffuser, affirme que les prophètes de malheur se trompent et que le monde et que l’humanité bénéficie de progrès constants et évidents, dont il présente les preuves chiffrées.

On peut trouver cet optimisme déplacé, au lendemain de l’atroce attentat de Manchester, après bien d’autres. Mais Jacques Lecomte refuse de passer pour un bisounours. Son petit livre n’est pas l’évangile d’un illuminé new age mais un exposé de courts chapitres, illustrés de graphiques et de chiffres tirés d’analyses scientifiques, qui démontrent que le sort de notre petite planète, si malmenée, est pourtant en voie constante d’amélioration, que ce soit en termes d’éradication de la misère, de développement de la démocratie, de la diminution de la violence et des guerres, et même – incroyable ! – d’un point de vue écologique.

La fin de la faim en 2030 ?

Ainsi l’extrême pauvreté a radicalement chuté depuis 1990, et plus d’un milliard de personnes y ont échappé. Rappelons que l’ONU en 2000 avait fixé l’ambitieux objectif de réduire de moitié la pauvreté dans le monde en 2015, ce but a été atteint cinq ans avant la date prévue. La faim a régressé, 19 % de la population mondiale souffrait de la sous-alimentation en 1190-1992 contre en 11 % en 2014-2016. Le directeur de la FAO , José Graziano de Souza estime  que “nous sommes tout à fait en mesure d’éliminer la faim de notre vivant” L’ONU fixe le cap de cette éradication à 2030.

L’éducation fait des progrès constants, la démocratie s’installe dans de plus en plus de pays et les nations vivant sous une forme plus ou moins démocratique dépassent maintenant le nombre de régimes autoritaires. La santé globale s’améliore et la mortalité infantile diminue de façon constante et rapide.

Diminution de la violence

En ce qui concerne la violence, Jacques Lecomte rappelle que les guerres ont diminué non seulement en fréquence mais aussi et surtout en nombre de victimes, après les grandes hécatombes des guerres mondiales. L’analyste évoque une tendance  séculaire vers une pacification des rapports entre les Etats, liée là aussi à l’extension des processus démocratiques (les démocraties rechignent à se faire la guerre). Il met en relation cette diminution des conflits avec ce que le sociologue Norbert Elias appelait la “civilisation des mœurs”, en lien avec l’auto-répression chez les individus des pulsions violentes.

Une tendance qui se manifeste dans la baisse des taux d’homicides, qui sont passés en France 20,2 pour 100 000 habitants au XVIe siècle à 0,7 % en 2000. Il rappelle qu’en région parisienne, les homicides ont baissé de 65 % en vingt ans.

Des succès dans la préservation de l’environnement

Venons-en à l’environnement, source des hypothèses les plus apocalyptiques. Jacques Lecomte affirme que, là aussi des éléments positifs peuvent servir d’exemples. Il cite la couche d’ozone qui retrouve peu à peu son niveau initial, grâce à l’abandon des produits qui la menaçaient, à la suite du protocole de Montréal en 1987. Un succès dans lequel Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, voit la préfiguration de ce que pourrait permettre la lutte contre le réchauffement climatique.

La déforestation diminue peu à peu, et dans certains cas emblématiques comme la forêt amazonienne, on constate même de réels progrès dus, en particulier, à l’action efficace des ONG.

L’essayiste relativise, tentative audacieuse, l’extinction des espèces et la diminution de la biodiversité. il remet en question les statistiques les plus médiatiques, toujours en s’appuyant sur les données les plus récentes, pour mettre en lumière les progrès permis par la prise de conscience de la gravité réelle de la situation. Ainsi les espaces protégés n’ont jamais été aussi étendus.

Pour conclure, Jacques Lecomte ne nie pas la gravité des crises et des troubles qui nous menacent, en particulier le terrorisme auquel il consacre un chapitre éclairant en comparant le nombre de victimes, absolument minime, à celui des accidents de la route et du tabac. Il s’attaque surtout à la sinistrose entretenue par les médias – on sait bien que les trains qui arrivent à l’heure ne font pas vendre les journaux – pour attirer les lecteurs et les clics.

Il souligne que le bombardement continu d’annonces de catastrophes inéluctables au final à une angoisse démobilisatrice et rappelle que ”l’excès d’information sur les problèmes sans montrer les solutions peut avoir un effet contraire à celui prévu.”

Frédéric Taddéi recevait en mars dernier Jacques Lecomte, dans son émission Hier, aujourd’hui, demain

 

Le Monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez, Jacques Lecomte (Les Arènes) 211 pages

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L’intégration par le ventre: quand des réfugiés passent derrière les fourneaux

Les Cuistots Migrateurs participent à l’événement fooding.com à l’Unesco le 21 septembre 2016 à Paris. (©Emeric Fohlen)

Une odeur safran inonde les narines, des notes de coriandre s’immiscent sur le palais. Rachid emballe les parts de sa recette iranienne dont il garde jalousement le secret. La Kuku Sabzi, une omelette aux herbes, parsemées de noix et de baies d’épine-vinette, fait un malheur. L’acidité des baies d’épine-vinette relève les oeufs et les herbes mélangées aux épices. Découpée en carrés, elle se présente élégamment en buffet et pour les réceptions. Parfait pour les traiteurs des Cuistots Migrateurs, une entreprise sociale qui n’emploie que des réfugiés. Leur but: intégrer des personnes forcées de fuir leur pays en leur offrant un travail.

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En 2016, Louis Jacquot et Sébastien Prunier voulaient “entreprendre utile”, sans trop savoir dans quoi. Alors ils ont cherché, cherché. L’associatif? “Pas notre truc”, admet Louis, châtain aux yeux bleu clair. L’an dernier, il passait un CAP en pâtisserie, une reconversion après quelques années passées comme “business developper” dans diverses entreprises. Sébastien, brun au regard vif, exerçait dans la finance. Le concept leur est apparu comme une évidence:

“On en avait marre de n’entendre qu’un discours négatif autour des réfugiés. Victime, souffrance… Nous voulions aussi montrer qu’ils ont aussi des compétences et une expertise hors du commun”, souligne Louis

Rachid finit d’emballer ses Kuku Sabzi. Louis passe derrière, vérifie les stocks et planifie l’inventaire pour le buffet du lendemain, organisé pour une grande entreprise. Juste derrière eux, Faeeq découpe des parts de Basbusa, gâteau à base de semoule saupoudré de coco traditionnellement servi en période de Ramadan. “Combien de parts Faeeq?”, questionne Louis. L’intéressé se retourne, compte, réfléchit. Arrivé il y a à peine un an et demi de Syrie, il ne parle que très peu français. Louis patiente. Au bout de quelques secondes, il reformule sa question. “C’est essentiel de leur parler en français. Tant pis si cela prend plus de temps, il faut qu’ils apprennent. Ça fait partie du projet”, explique le jeune chef.

“Nouveauté, authenticité et rencontres”

Finalement, Faeeq compte quatre plateaux, soit une quarantaine de parts prêtes à être distribuées au buffet du lendemain. D’habitude, quand il éprouve des difficultés, il peut se reposer sur Hasnaa, Syrienne elle aussi. Elle est une des trois cuisiniers permanent avec Rachid, venu d’Iran et Fariza de Tchétchénie. “Une équipe de choc”, s’enorgueillit Louis. Quand le gérant recrute, il se concentre sur trois aspects: la nouveauté, l’authenticité et les rencontres. “Pour moi, je me fiche que ce ne soient pas des cuisiniers de formation. Tout ce qui importe, c’est qu’ils aient pleins de recettes et qu’ils soient passionnés”, explique le trentenaire.

Dej d’équipe du vendredi chez Les Cuistots Migrateurs >> Hasnaa nous a préparé du “fattet houmous” #syria #food #miammiam #homemade #dej #instafoodie

Une publication partagée par Les Cuistots Migrateurs (@lescuistotsmigrateurs) le 24 Mars 2017 à 8h09 PDT

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Rachid a fui l’Iran voilà quatre ans. Il a obtenu rapidement un visa diplomatique et le statut de réfugié politique pour ses engagements dans son pays natal. Une fois arrivé en France avec sa femme et sa première fille, alors âgée de trois ans. Cuisinier de formation, il trouve rapidement un travail dans un restaurant iranien à Paris. Mais les choses ne se passent pas comme prévues et Rachid démissionne. Là il trouve un emploi comme vendeur de meubles chez Emmaüs à Pantin. “C’est comme ça que j’ai appris le français: en étant au contact permanent avec les clients“. Emmaüs aussi l’a aidé en lui trouvant un logement et lui offrant ses premiers CDD.

Aujourd’hui, l’Iranien inaugure le premier CDI des Cuistots migrateurs. Grand, svelte et coquet, est passionné de cuisine. “J’adore tout faire, s’amuse-t-il entre deux rires, entrées, plats, desserts, tout !“. Toujours de bonne humeur, il arrive sans cesse avec de nouvelles recettes. Avec quelques petites lubies: “Je cuisine souvent à base d’eau de rose et de safran. J’en mets partout !” D’ailleurs, une fois l’omelette aux herbes emballées, le jeune iranien s’attèle aux Noon Khamei, des petits choux garnies de chantilly parfumée à l’eau de rose.

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Tout le monde peut commander sur le site les Cuistots Migrateurs (minimum de commande d’une vingtaine de personnes, de 10 à 30 euros par tête). Vous pouvez aussi les retrouver au Food Market de Belleville à partir du 1er juin prochain.

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Qui est Diane Torr, la pionnière du drag-king ?

Diane Torr dans
Man For a Day (2012). © Man for a Day

Le récit que la psychopathologie exige de nous veut que nous soyons nés comme ça, que nous étions comme ça, que nous sommes nées petites filles mais que nous voulions être petits garçons. Mais ça n’a pas été comme ça. Nous ne voulions pas être simplement des petits garçons. Nous ne voulions pas changer de maître, nous désirions, comme dirait Brecht, n’en avoir aucun.

Détruire le mètre étalon, déboulonner les idoles, en finir avec la tradition. Nous désirions changer le vieux théâtre de l’oppression pour un nouveau théâtre de la liberté. Nous rêvions de révolution et la révolution transféministe n’allait pas commencer sur les barricades mais dans les salons de massage et les clubs de strip-tease.

On l’appelait “Tornade”

En 1979, alors que le virage néolibéral était déjà plus probable que l’été de l’amour, une jeune Ecossaise dénommée Diane Torr gagnait sa vie en tant que “go-go girl” dans les bars des quartiers ouvriers du New Jersey. On l’appelait “Tornade” parce qu’elle était la plus forte et la plus musclée de toutes les danseuses, au point qu’il arrivait que les clients la prennent pour un homme. Diane Torr fut une des premières artistes à extraire un savoir des clubs de strip-tease pour en faire une performance critique.

(suite…)

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Comment Trump a transformé sa poignée de mains en défi diplomatique

Donald Trump et Emmanuel Macron en marge du sommet de l’OTAN à Bruxelles (capture d’écran vidéo)

Le magazine Spy l’avait qualifié de “rustre aux petits doigts”. Est-ce en ce jour de 1998 que Donald Trump, 45e Président des Etats-Unis, penaud des knackis un peu boudinées prolongeant ses mains décida qu’il serrerait à présent la pince de ses interlocuteurs de façon musclée, histoire de compenser ce complexe ? La question se pose à l’heure où l’ex-magnat de l’immobilier semble avoir décidé de faire de cet acte somme toute banal un instrument d’affirmation de sa puissance.

Tout est politique” disait un slogan bien connu de Mai 68. Bon, on ne jurerait pas que Trump étudiait la philo ou l’histoire à la Sorbonne à cette époque – en témoigne cet affligeant mot écrit récemment au mémorial de la Shoah, à Jérusalem – mais il est évident que, lors de ses rencontres avec les différents chefs d’Etat, le Républicain peroxydé entend donner un sens subliminal et symbolique – à défaut d’impact politique réel – à ses poignées de main. Des “Trumpshakes”, scrutées de très près à chacune des apparitions du Président, se décomposant, comme le raconte cette vidéo publiée par la BBC, en trois étapes :

1) Adopter une “poigne ferme”

2) Tirer le bras de son interlocuteur vers soi, d’un coup sec, paf, son vice-Président Mike Pence s’en souvient

3) Lui faire une petite tape – amicale, condescendante, au choix – sur l’épaule (ou la main, comme ci-dessous avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe)

4) Dire des bêtises (bonus)

Certaines poignées de mains sont clairement faites dans l’optique d’affirmer son ascendant sur l’autre.”

Les médias américains ne cessent de s’interroger à ce propos. En témoigne cet article du Washington Post consacré à la poigne de l’homme, où un psychologue auteur d’une étude sur ce que dit de nous notre façon de serrer la main des gens – “Hanshaking, Gender, Personality and First impressions” – explique comment, cette “forme universelle de salutation, du moins dans les pays de culture occidentale, donne une première impression sur la façon d’être de son interlocuteur” et peut nous servir à faire passer des messages : “Certaines poignées de mains sont clairement faites dans l’optique d’affirmer son ascendant sur l’autre.”

Cela, les autres chefs d’Etat l’ont bien compris, les enjoignant à adopter différentes attitudes : passivité, contournement, volontarisme. Impuissance, parfois, aussi, à l’image du Premier ministre du Monténégro, poussé par un Trump désireux d’être au premier plan lors du sommet de l’Otan à Bruxelles, jeudi 25 mai – il n’est certes pas question de poignée de main ici, mais tout de même d’une démarche d’auto-célébration de soi-même des plus bourrine et testostéronée, adjectif d’ailleurs employé par l’agence Bloomberg pour décrire l’attitude manuelle de Trump.

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Alors, pour lui montrer qu’ils ne se laisseront pas faire, certains dirigeants n’hésitent pas à prendre Trump à son propre jeu. C’est le cas du Premier ministre Canadien Justin Trudeau, dont la feinte pour éviter le “coup sec” – vous savez, l’étape 2 – avait fait beaucoup parler d’elle.

Mais depuis hier, c’est sa première rencontre avec le Président français, Emmanuel Macron, dont il est surtout question, et ce, notamment chez les médias américains comme le rapporte ce papier de France info. En témoigne ce tweet d’un journaliste de la BBC, qui raconte la réaction d’un de ses collègues qui a assisté au serrage de mains entre les deux hommes, toujours au Sommet de l’Otan.

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Ils se sont serré la main furieusement, Trump tentant de retirer la sienne tandis que Macron continuait à la tenir. Les articulations de Trump sont devenues blanches (En d’autres termes, c’était une poignée de mains “Va te faire foutre”, raconte quelqu’un qui les a vus dans la pièce).

Idem avec ce tweet d’un journaliste de l’AFP :

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Ils se sont serré la main sur une période très longue, chaque Président empoignant la main de son homologue avec une intensité considérable, leurs articulations devenant blanches, leurs mâchoires serrées et leurs visages tendus.”

Un peu plus tard dans la journée, Macron et Trump se re-croisaient, le premier narguant d’abord le second, avant que l’ancienne vedette de téléréalité ne redouble d’efforts pour tender de montrer au leader de la République en marche! qui est le patron.

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De quoi inciter la presse US et anglo-saxonne à affirmer que Trump avait trouvé un adversaire à sa taille dans cette course à la démonstration de force, comme le dit par exemple ce papier du Guardian.

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En tout cas, en France, c’est peut-être Slate qui propose la meilleure analyse de toute cette histoire :

Mais c’est aussi que le président américain, si bouffon dans son rôle, manque à toute la bienséance habituelle des chefs d’Etat, et ne cesse de se ridiculiser par de menus détails. Et qu’il est si difficile de lire sa politique diplomatique que les commentateurs en cherchent des signes n’importe où.

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Les peuples Sioux partent à l’attaque des banques françaises

Juan Mancias, de la communauté Carrizo Comecrudo du Texas, devant une agence Société Générale à Paris. (©Juliette Redivo)

9 h tapante, ce lundi 22 mai. Une quinzaine d’activistes déboulent dans une agence de la Société Générale, à Paris. Là, en plein milieu du hall, ils emboîtent rapidement les pièces d’un long tube en plastique. C’est la réplique d’un pipeline, qui crache son venin noir au sol : du pétrole. L’entrée de l’agence et l’accès aux distributeurs de billets sont bloqués : c’est bon, la banque est cernée. Ils ont leur attention. “Mais, mais… Vous ne pouvez pas faire ça !” bafouille l’hôtesse d’accueil, devant les yeux écarquillés de ses collègues, sortis des bureaux en trombe à cause de l’envahissement soudain.

C’est là que Juan Mancias, chef de la tribu Carrizo Comecrudo, fait son entrée. Le grand colosse de deux mètres, aux longs cheveux noirs, leur tend une simple lettre. Sa “déposition”, comme il l’appelle. Dedans, il y accumule les preuves que la banque française finance des projets de terminaux d’exportation de gaz de schiste, directement chez lui, dans la réserve de la vallée de Rio Grande, au Texas. “Vous tuez mon peuple ! Vous participez à un génocide ! Vous devez arrêter d’investir dans ces projets !”, exhorte l’Indien d’Amérique.

La réplique du pipeline. (© Juliette Redivo) La “déposition” de Juan Mancias (©Juliette Redivo) Devant la Société Générale. (©Juliette Redivo)

Car la Société Générale est l’une des banques européennes qui participent aux financements de différents projets d’énergies fossiles aux États-Unis, tous liés à l’exportation de gaz de schiste. Elle soutient notamment le Rio Grande LNG; la BNP Paribas, elle, est chargée de chercher les financements du projet Texas LNG. Le Crédit Agricole ou Natixis feraient également partie du lot. “Toutes les banques françaises ont joué un rôle clé dans le projet le plus connu : le Dakota Access Pipeline (DAPL)”, assure Lucie Pinson, chargée des campagnes des Amis de la Terre, l’une des ONG à l’origine de l’action non-violente de ce matin.

Les banques, l’autre conquête de l’Est

Pendant près d’un an, la construction de cet oléoduc a mobilisé une multitude d’opposant dans la réserve de Standing Rock (Dakota du Nord). Juan en faisait partie, avant d’être expulsé du camp en février dernier, par un décret de Donald Trump qui relançait le projet, malgré le retrait de Barack Obama en décembre 2016.

1 – 0 pour Trump, mais les militants ne comptaient pas en rester là. L’échec a réveillé leur activisme : ils s’attaquent désormais aux autres projets nuisibles à l’environnement dans leur pays. “Regarde, ils forment un Grand Serpent Noir !”, interpelle Juan, qui sort son téléphone pour le prouver en image. La proximité des sites ressemble bien à une longue traînée sombre dans la vallée du fleuve Rio Grande. C’est précisément là, dans cette réserve naturelle, qu’est installée sa tribu Esto’k Gna. Quatre autres communautés autochtones y vivent. “Aucune tribu n’a été consultée par les responsables des plans, par Donald Trump ou les banques. Les communautés sont toutes opposées aux projets, mais ils ne semblent pas se préoccuper des risques”, certifie la militante de l’ONG. Les “risques” sont pourtant loin d’être dérisoires : possibilité d’extinctions d’espèces animales, pollution des rivières, fin de la pêche… Bref, un désastre autant écologique qu’humanitaire. “Le projet est présenté comme étant l’extraction de gaz naturel, mais en fait il s’agit de gaz de schiste”, renchérit celle qui a publié un rapport le 1er mars dernier, qui l’atteste.

Déjà 3 milliards de dollars désinvestis

C’est face à cette indifférence générale que Juan et quatre autres représentants de tribus amérindiennes ont décidé de faire le déplacement jusqu’ici, en France. Ils ont même organisé toute une tournée européenne, appelée “Stand Up with Standing Rock”, pour parler avec les banques, participer aux assemblées générales des groupes, les mettre face à leurs responsabilités, jusqu’à ce qu’ils désengagent leurs investissements dans ces projets.

Nataanii Means (©Juliette Redivo) Rachel Heaton, la “guerrière”. (©Juliette Redivo)

L’action de ce matin n’est que le début. Jusqu’au 20 juin, ils ont prévu de sillonner l’Europe, de Paris à Bruxelles, en passant par Rome ou Barcelone, pour faire le même type d’actions non-violentes. “On explique bien aux agences ciblées que c’est une action symbolique. On sait qu’ils ne représentent pas tout le groupe, mais ils feront remonter l’information à la direction”, précise Nataanii Means, l’un des activistes Sioux qui a fait le déplacement. Le chanteur de hip hop est un militant dans l’âme : il avait manifesté jusqu’aux derniers jours contre le DAPL, jusqu’à être arrêté par la police.

“Les banques peuvent toujours reculer. Si elles désinvestissent, les projets sont morts !”, assure Rachel Heaton, de la tribu Muckleshoot, dans l’État de Washington. C’est une warrior”, assure Rafael Gonzales, rappeur Sioux, qui complète lui aussi les rangs du groupe d’Amérindiens. Un jugement qui a l’air plausible: la colère de la jeune femme se lit sur ses traits. Avec son groupe Mazaskatalks de Seattle, Rachel Heaton a tenu tête au groupe financier américain Wells Fargo, une des banques qui participait au DAPL. Grâce à eux, la ville a désinvesti 3 milliards de dollars dans la banque, en punition. “Ça a été l’une de nos victoires les plus récentes, on en est fiers, je suis sûre qu’on peut refaire ça en Europe.” Elle espère bien faire flancher les autres banques avec sa “recette” : “Nous, les autochtones, on se présente simplement devant eux, on leur dit en pleine figure qu’on est là. Trump et les banques n’ont pas de prise de conscience, ils violent nos terres !”, lance-t-elle en prenant le micro devant la Société Générale, où le petit groupe de manifestants s’est retranché.

“Nous n’avons plus le droit de mourir”

Plusieurs centaines de milliers de personnes dépendraient des ressources de Rio Grande. Juan habite à une dizaine de kilomètres de Eagle Ford Shale, une zone d’extraction de gaz de schiste, l’une des plus forées aux États-Unis depuis 2008. L’Indien a déjà observé des effets irréversibles sur son peuple : “L’eau n’est plus pure, l’air n’est pas respirable…” Et les prochains sites du “Grand Serpent Noir” traverseraient même des vieux cimetières et des sites sacrés, dont des grottes qui renferment des peintures historiques. “Ils nous dénient, et maintenant ils veulent même nous enlever le droit de mourir en paix. Ce sont mes ancêtres qui sont enterrés là-bas ! Ils veulent les déterrer pour les déplacer ! Je m’appelle Juan Mancias et je vous garanti que je mourrais là-bas !” jure le géant, qui arbore autour de son cou l’Aigle, l’emblème de son peuple.

Plus loin, Wasté Win Young semble elle aussi auréolée d’une aura mystique. Avec ses cheveux roses et son trait d’eye liner tribal, elle accapare en grande partie l’attention. Devant les piétons curieux, elle évoque les conséquences de l’oléoduc du Dakota, où elle habite, depuis la mise en route des turbines. Elle parle de cette “terre sacrée” et de la rivière Missouri qui “abrite des âmes”. Pendant 14 ans, elle a fait partie du comité de préservation des tribus de Standing Rock.

“Nos vies ne sont pas extensibles, le Missouri est notre source de rivière. La poursuite du rêve américain s’est bâti sur l’extinction des Amérindiens et des Afro-américains. Le pays a été bâti sur notre dos, sur nos larmes et sur notre sueur. On a le droit de vivre, pas juste de survivre !”

Wasté Win Young (©Juliette Redivo)

Venir ici, c’est un peu leur dernier espoir. Ils le savent : Trump ne cédera jamais sur les autres projets. “On savait que Trump allait relancer le DAPL, on pouvait entendre les forages avant même qu’il signe le décret officiel… Le pétrole représente beaucoup d’argent, plus cher à leurs yeux que nos vies”, se désole Rafael Gonzales, qui prend le micro et commence à chanter en anglais. Ces phrases, qui évoquent la déshumanisation et les violences policières contre les Sioux, ils les a écrites quand il était dans le camp de Standing Rock. “On est plus chauds que le climat !”, scandent à leur tour les manifestants des autres ONG qui accompagnent les Amérindiens, qui se font appeler “les défenseurs de l’eau”.

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Ces “défenseurs de l’eau” avaient prévu un autre gros coup : le lendemain, ils ont participé en petits groupes à plusieurs Assemblées générales, dont celles de la BNP Paribas, du Crédit Agricole, Natixis ou de la Société Générale. Pas pour une action violente, simplement pour témoigner, pour qu’ils ne soient “pas complices de la politique anti-climat de Trump”, précise Lucie Pinson, qui a accompagné un groupe. Ils avaient trois grandes requêtes : que les banques s’engagent à ne plus soutenir les entreprises impliquées dans le DAPL ; qu’elles n’investissent plus dans des projets d’énergies fossiles ; qu’elles s’engagent à respecter les droits des peuples autochtones sans attendre l’aval des Principes de l’Équateur (où sont listés les engagements que doivent prendre les banques).

“On s’en fiche”

Aucune session n’a été concluante. “Aucune réponse suffisante n’a été apportée sur ces trois points”, se désole la militante des Amis de la Terre. A la BNP, par exemple, “des procédures auront lieu d’ici la fin de l’année”, leur a expliqué Jean-Laurent Bonnafé, le PDG du groupe. “Nous déciderons alors soit de sortir des projets qui ne conviennent pas un à un, soit d’exclure toutes ces classes d’actifs [concernant les énergies fossiles NDLR]”, a-t-il ajouté, selon les mots de la militante. Comprendre : si un projet passe à la trappe, d’autres pourraient être maintenus. Une politique d’exclusion des énergies non conventionnelles n’est pas à l’ordre du jour, dans aucune des banques.

Juan et ses compères ont même été accueillis par des “sifflés et une forte agressivité” par les actionnaires de Société Générale. Ceux-ci n’ont même pas voulu écouter leurs questions : “On s’en fiche”, leur aurait-on répondu.

Juan Mancias, de la communauté Carrizo Comecrudo du Texas, place de la République. (©Juliette Redivo)

Las, les défenseurs de l’eau ne désespèrent pourtant pas. A plus de 7 000 kilomètres de chez eux, ils espèrent au moins éveiller les consciences des Français. Quelques jours plus tôt, ils organisaient place de la République une réunion ouverte. Tour à tour ils interpellaient les gens et discutaient avec eux. “J’ai rencontré ce type très sympa, Daniel, qui passait dans la rue. Je lui ai dit : ‘Vous avez un compte en banque, donc vous soutenez la destruction de mon peuple ! Sans ton argent, ils ne pourraient rien faire’”, rapporte Rafael Gonzales, le musicien, en ajoutant : “Quelqu’un pourrait passer par là et dire “Wouah ça se passe comme ça !” Ce serait déjà une victoire.”

Devant la Société Générale, les militants sont tous partis. L’action n’a duré qu’une dizaine de minutes. Le personnel a déjà repris progressivement son activité quotidienne. La lettre de Juan, qui comporte son témoignage, est bien restée sur le bureau, et personne ne semble s’en préoccuper. Il reste beaucoup d’étapes européennes à leur tournée, autant de banques et d’individus à convaincre.

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Comment la Tchétchénie a organisé le “nettoyage préventif” des homosexuels

Ramzan Kadyrov, un président loyal à Vladimir Poutine © Said Tsarnaev/Sputnik/AFP

“Là-bas, on entend des cris et on subit des douleurs horribles. Même si ce n’est pas toi qu’ils sont en train d’électrocuter, entendre quelqu’un se faire torturer, c’est très dur.” Ce récit qui glace le sang, c’est celui de Zurab (son prénom a été modifié), un jeune homosexuel qui a passé une semaine dans l’une des prisons secrètes tchétchènes.

Le 1er avril, le bihebdomadaire d’opposition russe Novaïa Gazeta publiait une enquête (en deux volets) révélant l’existence d’une grande opération de répression des homosexuels menée par les autorités tchétchènes. Le journal diffusait trois témoignages anonymes qui racontaient avoir vu des hommes battus à mort, d’autres torturés, voire électrocutés, afin qu’ils divulguent les noms d’autres personnes.

Trois prisons secrètes ont été identifiées

Une centaine d’hommes homosexuels, ou supposés tels, âgés de 16 à 50 ans, ont été emprisonnés illégalement depuis le début du mois de mars. Au moins trois y auraient perdu la vie. Novaïa Gazeta fait aussi état d’un système d’extorsion bien huilé où la liberté se monnaie, et où les téléphones portables sont systématiquement confisqués : “Leur but principal était de récupérer nos contacts, car pour eux, si tu es suspecté d’être homosexuel, alors tout ton réseau de contacts l’est aussi”, raconte l’un des témoins. Trois prisons secrètes ont été identifiées, d’anciennes bases militaires et des usines désaffectées. Les autorités russes ont mis du temps à réagir malgré un déferlement de réactions internationales.

“Ils torturent à l’électricité et privent de nourriture”

Terrifiants, les témoignages concordent sur de nombreux points. Elena Volochine, correspondante pour France 24 à Moscou, est l’une des rares journalistes à avoir rencontré certains de ces jeunes rescapés. “Ils torturent à l’électricité et privent de nourriture. Le soir, au lieu de jeter aux ordures leurs restes de nourriture, ils les jettent dans les cellules. Ce n’est pas pour nourrir les prisonniers. C’est pour les humilier, les voir se repaître de leurs restes, raconte l’un d’entre eux. Ils les mettent en rang et les forcent à s’inventer un prénom de femme… Certains gars auraient préféré qu’on les tue tout de suite plutôt que d’avoir à subir cela.” Pour Tanya Lokshina, directrice du programme russe de Human Rights Watch, cela ne fait aucun doute : “Il y a encore des personnes détenues illégalement à ce jour.”

Une vague de persécutions silencieuse qui ne permet pas de donner un nombre exact. “Jusqu’ici, la peur de témoigner et le tabou que représentait l’homosexualité en Tchétchénie créaient une combinatoire rendant les données d’une éventuelle répression en la matière complètement aveugles”, observe Aude Merlin, chercheuse au Centre d’étude de la vie politique (Cevipol), professeure à l’Université libre de Bruxelles, et spécialiste du Caucase du Nord.

“Nous avons des preuves de l’implication des autorités tchétchènes”

Quelques jours avant les révélations du journal, l’ONG Russian LGBT Network a commencé à recevoir des plaintes, et a ouvert une ligne téléphonique d’urgence pour venir en aide aux victimes tchétchènes. Depuis le mois de mars, elle a pris en charge une quarantaine de personnes et a reçu près de quatre-vingts appels. (suite…)

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