Le nouveau porte-étendard de la liberté d’expression est un Google Doc sexiste

Le siège de Google (Justin Sullivan / Getty Images North America / AFP)

On a les héros qu’on mérite. Après avoir soutenu Donald Trump pendant la campagne présidentielle, la nébuleuse de l’alt-right, cette droite alternative américaine gorgée de culture web, s’est trouvé un nouveau héros tombé au combat de la “bien-pensance”, James Damore.

Cet ingénieur de Google avait publié en interne un mémo de 10 pages, dénonçant les valeurs progressistes de l’entreprise et expliquant avec le plus grand calme pourquoi les hommes et les femmes sont fondamentalement différents, rendant inopérante une politique de parité. Après que le document ait été publié en ligne et qu’une vive polémique ait éclaté aux Etats-Unis, la firme de Mountain View a décidé de virer James Damore, expliquant que certaines employées avaient été profondément blessées par ces stéréotypes de genre.

L’Internet s’est immédiatement emballé. Les appels au boycott de Google se sont multipliés. Avec notamment l’inévitable Julian Assange, de plus en plus souvent fourrés dans les mauvais coups. Le patron de Wikileaks a même déclaré qu’il lui offrait un job.

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Un hashtag #JesuisJamesDamore a été lancé.

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Des montages d’une grande finesse ont commencé à circuler.

L’ampleur de la polémique a fait quelque peu oublier le contenu de ce fameux Google Doc écrit par James Damore. Il se faut se pencher dessus car il résume parfaitement la position de ce néo-sexisme en ligne, qui s’était cristallisé lors de l’affaire du Gamergate en 2014. On pourrait même y voir un manifeste du sexisme façon alt-right. Simone de Beauvoir a écrit Le deuxième sexe. Voici Le premier sexe, un Google Doc de 10 pages.

Le principal grief que font ces activistes aux partisans de la parité est résumé dans le titre du mémo de James Damore : La chambre d’écho idéologique de Google. À force de défendre les valeurs progressistes, l’entreprise ne laisserait plus la place aux opinions divergentes. “Certaines idées sont trop sacrées pour être sérieusement discutées”, écrit-il. Il faut reconnaître que le licenciement de Demore ne fait que confirmer cet argument.

Le souci avec l’alt-right, c’est que cette défense de la liberté d’expression (qui est tout à fait défendable) laisse très vite place à des remarques ouvertement sexistes, puisque les censeures sont, d’après ces militants, toujours des femmes. Féministes de surcroît, ce qui n’arrange rien à leurs yeux.

Les femmes souffriraient ainsi de “névroses”, d’après l’étude scientifique menée à la machine à café par James Damore. Elles seraient plus facilement anxieuses que les hommes, tolérant moins le stress. Ce qui expliquerait ainsi le faible nombre de femmes dans les postes à responsabilité et rendrait inopérante d’après Demore la discrimination positive à ce genre de postes.

Les arguments de Damore prêtent parfois à sourire comme ce somptueux “male tears” (comme on dit aujourd’hui) : “Les mêmes forces qui poussent les hommes vers les postes les mieux payés et les plus stressants expliquent la présence des hommes dans des métiers dangereux et peu désirables comme mineurs, éboueurs ou pompiers. Les hommes souffrent ainsi de 93% des morts liées au travail”. OK, on a tous les patrons du CAC 40 mais n’oubliez pas qu’on a aussi les éboueurs. Emoji qui pleure.

L’alt-right s’estime être la nouvelle minorité qu’il faudrait défendre. À force de défendre toutes les minorités, ces malheureux hommes blancs hétérosexuels de droite se retrouveraient discriminés, privés de leur liberté d’expression. “Dans des environnements fortement marqués à gauche, écrit James Damore. Les conservateurs sont une minorité qui a le sentiment qu’elle doit rester dans le placard pour éviter l’hostilité des autres”. Sortir les sexistes du placard, voilà le nouveau combat pour la liberté d’expression. Bienvenue en 2017.

La patronne de YouTube, Susan Wojcicki, a réagi avec force à la polémique dans une tribune publiée sur Fortune : “Que dirait-on si on remplaçait le mot “femme” dans le mot mémo par celui d’un autre groupe ? Que se passerait-il si le mémo disait que les différences biologiques des Noirs, des hispaniques, ou des employés LGBT expliquaient leur sous-représentation dans la tech et dans les postes de leadership ? Y aurait-il encore des personnes qui discuterait le mérite de ce mémo ou y aurait il un appel général à une action rapide contre son auteur ?”.

L’affaire James Damore intervient dans un contexte tendu pour Google. L’entreprise qui a viré l’ingénieur pour sexisme est sous le coup d’une investigation du département américain du Travail pour discrimination salariale. L’écart de salaire entre hommes et femme est jugé “extrême” par les services du ministère. Ironique, n’est-ce pas ?

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