Visée par la Corée du Nord, quelle est l’histoire de l’île de Guam ?

Base militaire de l’île de Guam, Pacifique (Dave / Pixabay)

Depuis l’adoption par les Nations-Unies de nouvelles sanctions envers la Corée du Nord, les menaces verbales fusent entre Donald Trump et Kim Jong-un. Au coeur des démonstrations de force et des tensions politiques se distingue un enjeu, une cible : l’île de Guam.

Guam Beach, île de Guam (Burati / Wikimedia Commons)

Guam Beach, île de Guam (Burati / Wikimedia Commons)

Appartenant à l’archipel des îles Mariannes, Guam constitue un territoire des Etats-Unis, situé au beau milieu de l’océan Pacifique. Un coin paradisiaque à la position stratégique, où s’est installée en 1944 l’une des principales bases militaires américaines établies à l’étranger. Elle comprend notamment la base aérienne Andersen et une base navale qui abrite plusieurs unités de la Septième flotte des Etats-Unis (United States 7th Fleet) et de la Flotte du Pacifique.

Guam, île prise pour cible

Méconnu du grand public, le nom de Guam surgit généralement lors des heurts diplomatiques entre les Etats-Unis et ses voisins du Pacifique : l’île présente une position paradoxalement double. Extension de l’armée américaine, c’est un “pivot maritime stratégique des Etats-Unis dans la région“, selon Annick Cizel, maître de conférence à la Sorbonne Nouvelle Paris 3 et spécialiste de la politique étrangère des Etats-Unis. Pourtant, placée dans le viseur de la Corée du Nord, l’île pourrait tout autant constituer son talon d’Achille.

Tirer quatre missiles à portée balistique sur Guam. C’est la dernière menace du régime nord-coréen, riposte à la promesse de “feu et fureur comme le monde n’a jamais vu” formulée par Trump le 8 août. Ce n’est pas la première fois que l’île est prise pour cible. La Corée du Nord conduit régulièrement des tests de capacité nucléaire dans le Pacifique tandis qu’elle avait explicitement déclaré considérer Guam à portée de ses tirs en mars 2013.

“Les Américains peuvent dormir tranquille”

Située à 3 370 kilomètres de la péninsule coréenne, “la présence de différentes bases militaires sur le territoire de Guam constitue de facto une menace pour la population“, explique Annick Cizel qui assure que l’île est bien préparée depuis longtemps. Ainsi, “Pyongyang ne présente pas de menace imminente, a tempéré le secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Rex Tillerson. Les Américains peuvent dormir tranquille.”

Selon la porte-parole du Conseil de Sécurité à Guam, Jenna Gaminde, interrogée par le Pacific Daily News“Un missile envoyé par la Corée du Nord pourrait atteindre l’île en 14 minutes“. Les résidents en seraient immédiatement avertis, ajoute-t-elle en précisant que 15 systèmes d’alarmes déclencheraient des sirènes qui retentiraient sur toute l’île. “Si vous entendez les sirènes, informez-vous auprès du média local – la radio, la presse, la télévision – pour plus d’informations.”

Territoire non-incorporé des Etats-Unis depuis 1898

De petite taille, l’île de Guam recouvre une superficie de 541,3 kilomètres carrés où 160 000 civils cohabitent avec les 6 000 membres de l’armée américaine. En raison du statut particulier de l’île, ses citoyens américains ne jouissent pas de la totalité de leurs droits. Ils élisent un(e) délégué(e) à la Chambre des Représentants, en l’occurrence Madeleine Bordallo, mais ne sont pas représentés au Congrès et ne participent pas aux élections présidentielles.

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Tout comme les Philippines, l’histoire de Guam est marquée par la présence américaine dans le Pacifique. Depuis “leur ‘libération’ [vis-à-vis de l’empire espagnol, ndlr] par les Etats-Unis à l’occasion de la guerre hispano-américaine de 1898″, précise Annick Cizel, jusqu’à leur occupation par les japonais pendant la seconde guerre mondiale. Anciennes colonies espagnoles, les Philippines ont obtenu leur indépendance en 1946. En revanche, Guam est devenu un territoire non-incorporé des Etats-Unis, à distinguer des Etat, protectorats ou Etats associés à l’instar de Porto-Rico.

Une position stratégique dans le Pacifique

Si ce territoire a été conservé par les Etats-Unis, ce sont pour des raisons stratégiques”, explique Annick Cizel. Seconde Guerre mondiale, Guerre du Vietnam, libération du Bangladesh, guerres du Golfe … Les exemples d’interventions de la flotte américaine du Pacifique se multiplient. Or plusieurs de ses unités sont précisément basées à Guam.

Et sa position est décisive pour l’ensemble de la région. Face aux menaces nucléaires proférées par Kim Jong-un, la Corée du Sud a accepté d’accueillir le déploiement d’un bouclier anti-missiles américain (THAAD), rappelle Annick Cizel. L’île de Guam est en réalité le vaisseau d’une présence américaine solidement établie dans l’ensemble de la région.

Des parallèles historiques intentionnels ?

C’est pourquoi les menaces à son encontre n’en sont pas moins anodines, tout particulièrement d’un point de vue historique.

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Voisine de l’île Tinian d’où ont été lancées les deux bombes nucléaires en 1945, Guam présente plusieurs parallèles historiques. “Selon une lecture nord-coréenne, le timing semble particulièrement approprié“, explique Annick Cizel.

“Ce n’est pas un hasard si les menaces nord-coréennes ont été prononcées alors que le Japon vient de commémorer le 6 puis le 9 août les deux attaques de 1945, Hiroshima puis Nagasaki.”

La spécialiste de la politique étrangère des Etats-Unis pousse la comparaison jusqu’à évoquer l’attaque de la base américaine Pearl Harbor par les Japonais le 7 décembre 1941. “Il y a une similitude, qui ne repose pas uniquement sur la proximité géographique” entre l’île de Guam et le territoire américain d’Hawai.

“Il y a une volonté de frapper un appendice et non le continent lui-même. Avec la prise d’otage de la population en envoyant un missle dans les eaux territoriales des Etats-Unis, il existe un parallèle historique flagrant avec l’attaque japonaise sur Pearl Harbor.”

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