La force du collectif

© Hugo Marie/EPA/MAXPPP

Dimanche 9 juillet, il était à peu près minuit aux Eurockéennes de Belfort lorsque Arcade Fire au grand complet a posé le pied sur la grande scène. La journée avait été très humide, et la plupart des festivaliers avaient – c’est peu de le dire – pris l’eau. Les mines étaient déconfites et les pieds vraiment mouillés, je vous le jure.

Puis, il y a eu les premières mesures d’Everything Now, qui ont retenti comme un message fulgurant. Sur scène, aux côtés du groupe, on reconnaissait Patrick Bebey, fils du regretté démiurge camerounais Francis Bebey, qui joua à la flûte pygmée la ritournelle de The Coffee Cola Song de son père, titre de 1982 qu’Arcade Fire a repris pour construire le hook de ce premier single envoyé en éclaireur d’un album attendu pour fin juillet.

Un spectacle brut et fascinant

On le sait, les concerts d’Arcade Fire sont réputés offrir quelques années d’espérance de vie supplémentaires. Mais ce que nous avons vu ce soir-là à Belfort nous a semble-t-il emmenés, nous comme Arcade Fire, encore un peu plus loin.

Ce qu’il y a eu au cœur de ce concert forcément fondateur, c’est la démonstration évidente que le collectif est une valeur indémodable. Façon Ajax des années 1970, il fallait voir les Montréalais s’échanger les instruments et les rôles, comme à la parade, passant du chant à la batterie et de la guitare au clavier avec une aisance rare.

Il n’y a pas de postes définis chez Arcade Fire, pas de règles, pas d’ambition autre que celle de faire avancer plusieurs personnes dans le même sens, en toute humilité.

Ce que nous avons vu ce soir-là, c’est un groupe qui, là où d’autres formations ont choisi de céder au confort moderne et au barnum (comme U2 le fit juste après The Joshua Tree, dont Michka Assayas nous fait l’amitié de raconter la passionante story cette semaine), a choisi, lui, de livrer sur scène le spectacle brut et fascinant d’une intimité artistique magnifiée, livrée avec la parcimonie qu’il faut.

Le triomphe d’Arcade Fire à Belfort, c’est celui d’une bande qui n’a pas bougé d’un pouce, qui joue encore chaque concert comme si c’était le dernier, sans ironie, sans arrière-pensées, accumulant les tubes au fur et à mesure des albums et des années.

Près de deux heures de musique jouée sans interruption, avec une passion intacte, qui ont littéralement transcendé le public des Eurocks : on le voyait dans les yeux des spectateurs tout au long de la version étendue de Wake up qui s’est conclue sur un feu d’artifice – au sens propre – et un chant a capella collectif extrêmement prometteur et rassurant.

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