Les jours de Philippot au FN sont-ils comptés ?

Photo : REUTERS/Vincent Kessler

Florian Philippot va-t-il servir de fusible ? Ce mardi matin chez Jean-Jacques Bourdin, le vice-président du FN démentait l’existence de “divergences” au sein du parti de Marine Le Pen. Pourtant, trois jours après un score aux législatives qualifié de “déception” par le secrétaire général, Florian Philippot semble de plus en plus fragilisé au sein du FN. Alors qu’un bureau politique se tient à Nanterre ce mardi, l’avenir du vice-président au sein du parti est de plus en plus incertain.

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Débâcle aux législatives

Comment en est-on arrivé là ? Retour au soir des résultats des législatives. Dimanche, la défaite a été doublement amère pour Florian Philippot. Seuls huit députés frontistes font leur entrée dans l’Hémicycle, un chiffre certes historique mais bien inférieur aux attentes initiales, qui visaient entre trente et cinquante députés. “On a été victimes, nous aussi, de la vague Macron“, concède le soir-même le numéro 2 sur BFM.

Mais pour lui, la douche est encore plus froide. Aucun tenant de la ligne philippotiste ne passe les portes de l’Assemblée. Florian est largement battu à Forbach (42%), idem pour son frère Damien dans l’Aisne (43,7%). Les trois vice-présidents de son association “Les Patriotes” sont éliminés, de même que Jean Messiha, proche et coordinateur du programme présidentiel de Marine Le Pen – qui ne digère visiblement pas sa défaite.

La ligne anti-euro durement contestée

Le soir-même, la débâcle du camp Philippot délie les langues de ses opposants au sein du parti. Nicolas Bay, secrétaire général et candidat malheureux en Seine-Maritime, met en cause dans Le Parisien la ligne anti-euro prônée par le vice-président : “L’euro fait effectivement partie des sujets très dissuasifs pour une partie de notre électorat“. Au lendemain du premier tour, il avait déjà dégainé à mots couverts contre le vice-président, dénonçant les “voix discordantes“.

Cadres et militants du parti sont nombreux à pointer du doigt les effets délétères de la ligne souverainiste, anti-euro de Philippot. “J’aimerais qu’on m’explique comment on est passé d’une perspective de victoire au marasme, à l’échec qui nous est arrivé [dimanche] soir“, se demandait dans L’Express Pascal Gannat, membre du bureau politique et président du groupe FN au conseil régional des Pays de la Loire, avant de lâcher : “C’est la ligne de Florian Philippot qui est une absurdité.” Sur Twitter, le député européen frontiste Gilles Lebreton tire lui aussi à boulets rouges sur la ligne du vice-président :

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Après la double sanction de la présidentielle et des législatives, la politique souverainiste du numéro 2 du FN est plus que jamais au cœur des mécontentements. Et pour cause. Durant l’entre-deux tours, les hésitations de la candidate Le Pen sur le retour au franc avaient largement contribué à la décrédibiliser, laissant entrevoir une fracture interne profonde sur la question européenne.

“La ligne de Philippot était très bonne pour les élections européennes de 2014 mais il n’était pas rationnel de vouloir la conserver ensuite, analyse l’historien spécialiste de l’extrême droite Nicolas Lebourg. Le FN a confondu une bonne stratégie à un moment avec une stratégie définitive Car le problème de cette ligne, c’est qu’elle fait gagner au premier tour mais fait perdre au second.”

Médiatique mais pas “bon camarade”

Autre point d’accroche autour de Philippot : la création de son association Les Patriotes, au début de la campagne pour les législatives. Destinée à défendre sa sensibilité au sein du parti, la structure est en rupture avec la tradition et les statuts frontistes, qui interdisent l’adhésion à une autre formation politique. Une prise d’autonomie mal digérée, d’autant que Marion Maréchal-Le Pen avait été interdite de faire de même. “Florian Philippot s’est placé de lui-même hors du FN“, estimait ainsi Jean-Richard Sulzer, conseiller régional FN des Hauts-de-France au Figaro.

Contesté sur sa ligne et ses méthodes, Florian Philippot l’est aussi sur sa personnalité : “Il parle pour tuer, ce qui n’est pas acceptable en démocratie“, lâchait en janvier dernier Gilbert Collard. Pas franchement “bon camarade“, le très médiatique Florian Philippot cristallise les mécontentements. Or, le vice-président ne pourra pas compter sur l’élection de ses proches dans l’Hémicycle pour rétablir sa légitimité perdue. Il pourrait donc bien faire les frais des prochaines réorganisations du parti. Dans les prochains mois, un congrès doit remettre le parti sur pied après les débâcles électorales. Le numéro 2 du FN servira-t-il de fusible ?

Malgré les mécontentements des cadres et militants, le doute reste toutefois permis, selon Nicolas Lebourg : “pour l’instant, Marine Le Pen l’a plutôt protégé et ne l’a jamais considéré comme un fusible“, rappelle le chercheur, qui met en garde : “L’homme a du talent, du réseau, il n’est pas vieux… Florian Philippot n’est sans doute pas à enterrer trop vite !

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