Bob Dylan a-t-il plagié son discours au Prix Nobel ?

Bob Dylan (Xavier Badosa / Flickr)

C’est un article de l’écrivain Ben Greenman, publié sur son blog Occasional Things, qui a mis la puce à l’oreille. L’auteur révèle que l’une des citations attribuées par Bob Dylan au roman Moby Dick d’Herman Melville, lors de son discours pour le prix Nobel de littérature, serait en réalité … une “fake quote”. Coïncidence ?

Un article de Slate rédigé par le journaliste Andrea Pitzer a mené l’enquête en juxtaposant les textes de Dylan et du site étudiant SparkNotes, réputé pour fournir des fiches de littérature très détaillées. Il explique démontre que le “fake quote” de Dylan reprend curieusement une fiche du site.

A Quaker pacifist priest, who is actually a bloodthirsty businessman, tells Flask, ‘Some men who receive injuries are led to God, others are led to bitterness.

(“Un prêtre du Pacifique, qui est en réalité un businessman assoiffé de sang, dit à Flask, ‘Quelques hommes se réfugient auprès de Dieu lorsqu’ils se blessent, d’autres se noient dans l’amertume.”)

Capture d’écran de Spark Notes

L’article déniche au moins une vingtaine de phrases où l’inspiration est trop manifeste pour laisser planer le doute. Quelques exemples …

Dylan : “The ship’s crew is made up of men of different races.” (L’équipage du bateau était composé d’hommes de différentes races)

Capture d’écran du site SparkNotes

Dylan : “Finally, Ahab spots Moby. Boats are lowered. Moby attacks Ahab’s boat and destroys it. Next day, he sights Moby again. Boats are lowered again. Moby attacks Ahab’s boat again.” (Finalement, Achab repère Moby. Les canots sont descendus. Moby attaque le canot d’Achab et le détruit. Le jour suivant, il repère Moby à nouveau. Les canots sont descendus une nouvelle fois. Moby attaque le canot d’Achab une nouvelle fois.”)

Capture d’écran du site Spark Notes

Plagiat ou inspiration ?

Le journaliste de Slate a interrogé plusieurs universitaires et leurs avis ne sont pas unanimes. Le professeur Dan Moshenberg enseigne l’anglais à l’université de George Washington et il admet ne pas s’alarmer devant les similitudes entre le discours du chanteur et la fiche SparkNotes. À noter toutefois qu’il se revendique fan de Bob Dylan depuis de nombreuses années. Au contraire, Juan Martinez, professeur de littérature à l’université Northwestern ne laisse rien passer. “Si Dylan était l’un de mes élèves et qu’il me rendait un devoir avec de telles phrases plagiées, je le recalerais.

De nombreux fans se sont résignés devant ce léger manque d’authenticité en exprimant leur tristesse ou leur indignation. Tandis que d’autres refusent catégoriquement d’y croire.

Accusé de plagiat … Triste

//platform.twitter.com/widgets.js

Quel tas de conneries. Bob Dylan est une légende.

//platform.twitter.com/widgets.js

Donc Bob Dylan sort un disque avec plein de reprises de Sinatra et c’est un hommage. Mais si moi je publie Les Raisins de la colère sous mon nom, c’est du plagiat. #PASJUSTE

//platform.twitter.com/widgets.js

Entre plagiat, inspiration et inter-textualité, les frontières sont parfois floues. Dans son article pour The New Yorker, Jon Pareles estime qu’il existe une certaine incompréhension autour du concept de propriété artistique et de son évolution. “Cette incompréhension s’étend au fur et à mesure que l’humanité passe des traditions orales à internet.” Mais pour lui, les oeuvres ne sont pas figées. Au contraire, elles se répondent sans cesse les unes aux autres. De là à reprendre sa source au mot près sans la citer…

La polémique est relancée

Bob Dylan est un récidiviste. Plusieurs chansons de son album Love and Theft font écho à des textes littéraires. “High Water (for Charley Patton)” rend ouvertement hommage à sa source d’inspiration, tandis que les paroles de la chanson “Floater” ressemblent au roman Mémoires d’un Yakuza de Junichi Saga.

Dylan a également suscité la controverse à propos de son exposition Série d’Asie présentée à la Galerie Gagosien. Plusieurs de ses tableaux reprennent ouvertement des oeuvres d’art célèbres, comme par un cliché d’Henri Cartier-Bresson (1948) ou un tableau de Léon Busy(1915).

En 2010, Joni Mitchell avait d’ailleurs incendié son contemporain dans une interview pour le LA Times

Bob n’est pas du tout authentique. C’est un plagieur, sa voix et son nom sont faux. Tout est supercherie chez lui.

Interrogée lors d’une interview, Joni a accusé le journaliste d’avoir détourné ses propos. Elle s’est reprise en expliquant : “L’inspiration accompagne rarement les artistes toute leur vie. C’est très bref, et soudain vous êtes dans le game et vous devez continuer à produire quelque chose.

 

 

from Les Inrocks – Actualité http://ift.tt/2sjaZZ6
via IFTTT

Publicités